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les oiseaux dans le bocal

ou comment les poissons rouges ont pris la clé des champs

Mois

mai 2015

Dessein

Je voudrais composer comme Soulages peint, de mes étoiles obscures faire jaillir la lumière. Je voudrais peindre comme Peter Doigt, longer les rives de mes iles solitaires dans une barque dantesque apaisée par les couleurs sereines. Je voudrais dessiner allongée sur une page, mettre mes petits diables en mouvements insouciants dans des arbres de vie. Je voudrais sculpter l’eau, déferler la matière, libérer les embruns de ma mélancolie. Toucher la chair, le vif et la beauté, du bout d’une folie ouvrir cette caverne où les ombres s’épuisent. Je voudrais cette grâce dérobée au silence imparfait des heures inhabitées.

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(Les petits diables en liberté – dessin à l’encre sur papier bristol – mars 2014)

Insuffisance inspiratoire

Tu as posé le pot à longs pinceaux sur la table à côté du carton entoilé, les tubes acrylique noir, rouge, bleu, jaune, le blanc caché derrière la palette vierge, le mortier à disposition, quelques couteaux qui semblent n’avoir jamais servi tant tu les a nettoyés, le vieux torchon devenu chiffon bariolé, le pot à eau toujours inutile. Tout est là. Manque l’artiste.
Aujourd’hui, elle s’est perdue dans les hautes herbes de l’absurdie. Une plante comme une autre, un peu plus ou moins libre face au vent, au soleil, encrée dans la terre de ses mottes de mots raturés. Champ en noir et blanc d’où jaillit un coquelicot sur lequel une coccinelle prend la pose. C’est là que le temps devrait se dissoudre. Une brève vacuité. Là, que les pensées s’abstiendraient de violer ce petit néant si doux. L’horizon tremble un peu, trouble jeu de déroute, les chemins de traverse resteront invisibles.

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