0514_072rtulipePuisque la flamme devait être éternelle, un an après je me souviens. Comment oublier ces formidables semaines.

 Il y a un an le Palais de Tokyo confiait à Thomas Hirshhorn un espace de 2000 m² pour une performance culturelle colossale. Durant 52 jours, 200 philosophes, écrivains, poètes se succédaient pour partager leur travail, leur pensée. Durant 52 jours, l’espace allait être offert au public qui allait se l’approprier, en faire un endroit de liberté créative. Six jours sur sept, de midi à minuit. On y trouvait une bibliothèque, une vidéothèque, des postes internet, un workshop, un bar, ainsi qu’une publication gratuite produite chaque jour sur place. Tout cela à disposition du public qui venait, revenait autant qu’il le souhaitait sans passer par la case « Caisse ». Gratuité oblige.
Je me souviens des gigantesques montagnes de pneus qui nous surprenaient dès l’arrivée, et cloisonnaient les espaces.
Je me souviens du brouhaha, des paroles mélangées qui résonnaient, nous appelaient à trouver l’agora ou le petit recoin d’où venaient ces voix. Des débats intimes ou plus vastes, des lectures.
Je me souviens du jour du vernissage, des énormes blocs de polystyrène encore entiers, des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, qui s’attelaient, telles des créatures soudain déchainées, à sculpter, dessiner, couper… armés de bombes de peinture, de scies, des marteaux, de tournevis, de colle, de rubans adhésifs. Je me régalais à prendre des photos. Je revois cette femme en tailleur bleu, armée d’une scie, je la revois s’acharner à trancher dans le matériau blanc, en disant : « Ah, ça fait du bien, ça fait du bien ! » Oh oui, ça faisait du bien de voir ces scènes de déverrouillage des convenances, ces actes de créations fugitives.
Etre dans l’oeuvre, la modeler de l’intérieur, ouvrir ses yeux et ses oreilles, je me souviens de l’enthousiasme qui me prenait dès que je pénétrais dans les lieux à la recherche des changements.
Hirschhorn2014
agrandissez la photo pour mieux voir l’ambiance
Les pneus furent vite recouverts par les impressions que chacun sortait sur les imprimantes reliées aux ordinateurs. Participer d’une manière ou d’une autre. Certains s’activaient, d’autres écoutaient ou débattaient, d’autres encore dormaient sur les canapés ou encore lisaient. Je voulais tout emporter dans ma boîte à lumière.
Et puis, j’ai eu un petit moment de grâce, un jour j’imprimais une photo que j’avais prise le premier jour, j’en ai scotché plusieurs exemplaires sur une colonne de pneus. Quelques jours plus tard, j’ai eu la surprise de voir ma photo en première et dernière pages du journal Flamme Eternelle. Un moment qui restera un précieux souvenir.
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Je me souviens des derniers jours, puisqu’il faut que ça finisse. C’était devenu un joyeux chaos.
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Aujourd’hui, j’en redemande des performances de cette dimension. Merci, Thomas Hirschhorn, pour tous ces moments riches en émotions, en surprises, en partages.
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