C’était le titre d’un projet. Quelques ébauches, numérique, aquarelle, acrylique.

J’ai eu un chat, je l’ai gardé 20 ans. On ne sort pas d’une histoire de 20 années sans quelques douces séquelles. Je me désolais parce qu’il refusait de voir son image dans le miroir détournant la tête systématiquement malgré mes efforts « regarde c’est toi, regarde regarde ». Lui, c’était un fonceur, il était habile, débrouillard, vif, voleur, fugueur, un chat. Nous nous aimions, chacun à notre manière. Lui en chat et moi en évitant de faire trop d’anthropomorphisme. Et nous faisions de fabuleuses parties de boxe féline. J’étais le “maitre”, il le savait, et je savais le faire gagner. La partie s’arrêtait avant que le minet-doudou se transforme en fauve-Hulk. Alors il soupirait profondément, la patte posée sur ma main qui avait abandonné le combat. Fffrrron Je l’entends encore comme s’il était à côté de moi. Il nous arrivait de nous regarder longuement, nos questions s’entrechoquaient sans jamais se donner de réponse. Le soir, nous sombrions dans l’endormissement, truffe contre nez, puis je me retournais et il allait se coucher à mes pieds. Rituel de la nuit.. Mon chat voyait des fantômes, il en avait terriblement peur. Nous nous amusions à nous prendre en photos, enfin surtout moi, mais comme c’était l’époque où je faisais pas mal d’autoportraits, et qu’il était curieux, il s’immisçait entre l’appareil et moi, je finissais par le prendre comme sujet. Je crois que ça l’énervais un peu, il bougeait tout le temps. Mais ça m’allait, j’étais en pleine période de photos floue. L’instant n’existe pas dans une photo floue. Le mouvement y est perpétuel.

IP-28-clio

Je ne sais plus si mon obsession pour le chat de Schrödinger, une histoire affreuse comme chacun sait, date d’avant ou après sa mort. Bien avant d’avoir un chat, je crois. Mais ce qui est récent, c’est que depuis que je dessine, j’enferme des chats dans des boites. Dans mes dessins, bien sûr. Et c’est là qu’entre en scène le livre de Philippe Forest dont je voulais vous parler, Le chat de Schrödinger, un roman bien tourné autour d’un chat qui survient dans le jardin d’une maison. Une histoire propice à une méditation sur l’existence.
chatduo
A mettre les chats dans des boites, chaque fois c’est moi qui me fait prendre. Le chat s’amuse à être mort/vivant et j’ajoute des boites, encore des boites, je découvre qu’il y a toujours une boite autour de la boite et même j’imagine la boite autour de moi hors du dessin. Morte ici, vivante là-bas. Mon vieux chat qui n’est plus là rirait bien de me voir me perdre au milieu des boites qu’il aimait tant. D’accord, il ne savait pas rire, j’ai pourtant bien essayer de lui apprendre, mais il a toujours gardé son air sérieux. Maintenant, j’ai construit un labyrinthe de boites. Les chats devraient adorer.

MLlechatetlesboitespf

(peintures acrylique sur cartons entoilés et peinture numérique)

Publicités