En cette période estivale où pas grand chose ne se passe dans le bocal, pourquoi ne pas travailler l’écriture ?

Voici donc une nouvelle très librement inspirée de la réalité.

Toute ressemblance avec des lieux ou des personnes existants ne saurait être une coïncidence.

Vous pouvez retrouver l‘intégralité de la nouvelle ici

*

L’îlot

c’est l’été, le soleil brille sur radio bluettte… nous offrons une petite chanson à tous les amoureux… Je te promets que si tu recommences avec cette histoire, tu vas le regretter. …pour toiii mon amour... un infâme manipulateur, voilà ce que tu es. Monstre tentaculaire ! …délicieuse furiiiie ma Liliiiith.. Et tu oses soupirer. …si joliiiieuh.. C’est ahurissant. Pauvre innocent refoulé. …tu assouviiis ma soif inépuisable… ce que tu exiges de nous, …je t’aimeuh d’infiniiii… et sans aucun scrupule …si fouuuu d’amouuuur… tu me fais haïr ce que je suis de rester à tes côtés. …généreuse impulsiiiive… D’ailleurs, tu veux que je te dise ? …oui oui oh ouiiii... Tu te méprends, personne n’est avec toi, tout ça c’est du pipeau …aucune autre que toaaaa…. du toc ! De l’invraisemblance qui va t’exploser à la …crshhh…. Quoi que tu fasses, tu crèveras seul ! …combles tous mes désiiiiiiirs… Quant à moi, lamentable escroc, moi qui ne suis qu’un fragment de ta déliquescence, …mon si tendre supplice… une indigence, tu m’as réduite à une nausée de ta morbidité. …ton souriiire accueillant.. Que suis-je donc devenue pour toi ? …ta voix si ravissssssante... Démon ! Il t’en faut encore et encore …dis-moi encore que tu m’aimeuh… Avec moi tu disais avoir atteint la perfection ...chuiinte… un simulacre de perfection, oui. …amore mio… Et bien ton simulacre, s’il pouvait …mon lovelito... il te ficherait son poing dans ta petite gueule de dégénéré. ...tes mains me liiisent… Et tous ceux là, …en caresses divines… je les jetterai au feu ou mieux je les balancerai à la mer pour que rien n’en réchappe, pas la moindre poussière, je diluerai ton poison bleu ...je suis ivre de toa que j’aimeuh tant… je les noierai tous ...m’envoûtent tes coups de fouuudre… Sinistre personnage …siicccrhhhhcre...

… Je restais bouche bée, le regard levé vers le plafond. J’étais sidérée par la violence anarchique de ce que je venais d’entendre. Ensuite, un calme absolu s’était imposé comme un tapis de cendre sur une scène de chaos et emplissait l’espace de son enveloppe ouatée. Ce chahut venait du haut de l’escalier qui mène chez mon voisin du dessus. Ce n’était guère son genre, lui d’habitude si taiseux, silencieux, à peine une porte qui grince, quelques pas dans l’escalier. Il paraissait toujours seul là-haut. Jamais rien entendu que la même démarche régulière et lente dans l’escalier, ponctuée par quelques grincements du vieux bois. Jamais même perçu le son de sa voix. Un ami m’avait dit qu’il devait être sourd, car il ne répondait pas aux salutations. On le disait ours, bourru, solitaire. Tout ce que je pouvais dire c’est qu’il ne m’avait jamais dérangée. Nous vivions tous deux dans un petit immeuble de quatre étages dont les premiers niveaux étaient inhabités. Souvent j’ai pensé que ce qu’on disait de lui, on le disait de moi qui ne me liais pas facilement, bien que je distribue allègrement les bonjour-bonsoir d’usage. J’en avais fait une sorte de lien secret entre nous.

Alors que penser de cette coléreuse logorrhée ? A cette heure du soir. Et ce tapage musical ? J’essayais de capter un mouvement venant du haut. On aurait dit un orage qui avait cessé comme il avait commencé. Un coup de tonnerre. J’ouvrais doucement ma porte, aucune lumière dans les parties communes, pas le moindre bruit. Je décidais que cet éclat qui avait attiré ma curiosité ne justifiait en rien que je m’emmêle dans cette histoire, ce n’était pas mon affaire. La nuit passa comme à l’accoutumé, au réveil en repensant au chahut de la veille, je supposais que l’homme avait mis la télé ou la radio un peu fort. Vers huit heures j’entendais les pas habituels, pesants, descendant les escaliers.

On aura compris que je n’étais pas beaucoup moins sauvage que lui, j’étais passée d’une grande maison isolée au creux des bois à ce petit studio, situé au coeur d’une cité de bord de mer dont les habitants s’avéraient pour la plupart être des oiseaux. Notre immeuble était une sorte d’îlot habité par deux Robinson qui s’ignoraient de bonne grâce. J’avais bien quelques amis, mais ils n’étaient pas du coin, et l’étroitesse de mon appartement m’empêchait désormais de recevoir plus d’une nuit ou deux, plus d’une personne à la fois. Autant dire que ce n’était pas propice à entretenir des relations qui s’effeuillaient. De mon côté, je ne bougeais guère, absorbée par autre chose que les voyages. Je me sentais bien dans cet appartement qui nous avait parfaitement accueillis mes livres et moi. Pour le reste, j’avais mes jambes et mon imagination, cela me suffisait pour l’instant.

*

Le train du quotidien a bifurqué un jour qu’il pleuvait tant et tant qu’on n’y voyait pas à deux mètres dans la rue. J’avais un urgent besoin de papier pour un nouveau projet que j’avais en tête. Devant le mur de pluie, je restais figée sans oser franchir la porte d’entrée de l’immeuble. J’allais remonter, lorsque j’entendis les pas lourds descendre les marches lentement.

Troisième étage, il passait devant chez moi. Ce n’était pourtant pas son heure. Deuxième étage… Qu’avait-il besoin de sortir par ce temps ? Premier… il n’y avait pas moyen d’y échapper, mon voisin apparaitrait bientôt, et le couloir d’entrée, long tube qui menait à la sortie, était si étroit que je craignais de devoir l’y croiser. Cela nous était déjà arrivé et je m’étais effacée en ressortant dans la rue. Sous cette pluie, ce n’était pas envisageable. Lorsqu’il apparut, toujours très impressionnée par sa gigantesque carrure amplifiée par la petitesse des lieux, ne trouvant rien de pire à dire, je m’exclamais :

 

[vers l’îlot 2...]

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