J’étais descendue à Concorde pour rejoindre la Seine, direction Paris plages. Le matin de bonne heure, c’est le terrain des joggeurs et des photographes. J’étais partie avec une idée en tête : photographier du vide (je vous dirai peut-être pourquoi prochainement).
Arrivée sur le quai, je changeais d’avis subitement, je suivrais un homme et son chien. Je me suis dit que j’allais faire un truc comme Sophie Calle, suivre un inconnu dans la rue. Et bien, ça n’a pas duré longtemps. Mon inconnu a disparu sous une racine, je veux dire qu’il était là devant moi quand mon attention fut attirée par une racine qui soulevait des pavés un peu comme au cimetière du Père Lachaise les arbres soulèvent et ouvrent les tombes, et là le temps de prendre une photo, quand j’ai relevé la tête, y avait plus personne. Ni homme, ni chien. Envolés.
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Quelle piètre fileuse je fais. Qu’à cela ne tienne, je m’adonnais maintenant au papillonnage le long du quai de Seine, cueillant sous un pont un rayon de lumière, attrapant ailleurs le regard d’un oiseau, butinant là quelques sourires d’agents d’entretien des quais. Oui mais, à force de tourner dans tous les sens pour tout voir, j’ai bien vu que j’étais devenue l’inconnue qu’on suivait. Alors l’homme portant appareil photo s’est approché de moi. Je crois qu’il a attendu que je finisse de viser pour me parler, et nous voilà partis à discuter des photos que nous faisions. Nous nous racontions un peu nos expériences de Paris plages. Il voulait me montrer ses dernières photos, alors il a tendu son appareil devant nous mais avec le soleil je lui dis que je ne voyais rien. “Venez à l’ombre” me dit-il. Je le suis jusqu’à l’ombre. Il me montrait de nouveau l’écran de l’appareil, je n’y voyais toujours pas grand chose, c’était pas faute d’essayer, j’étais dans un équilibre des plus instables tellement je me penchais. Il me dit même que j’étais sur la photo mais qu’il ne fallait pas faire attention… j’y comprenais rien du tout, alors je lui ai parlé des panneaux d’interdiction de faire des photos qui fleurissent un peu partout cette année sur le trajet sablonneux. Ensuite, je ne me souviens plus trop si on s’est souhaité une bonne journée, je me suis remise à faire des photos, il est parti et a disparu, lui aussi.

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Je suis arrivée sous un pont, c’est là que j’ai vu danser la lumière. C’était si beau, on aurait dit un film projeté sur le pont-écran. Je suis restée longtemps à contempler et puis j’ai voulu attraper au vol tous les mouvements. Ça me soulevait le coeur tellement c’était joli. Je me suis penchée pour voir d’où venait cette effervescence, là encore c’était magnifique, des ondulations marquaient la surface de l’eau de mille empreintes.

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Je suis repartie parce qu’il le fallait bien, non sans avoir laissé des traces.

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et pour malyloup

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