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les oiseaux dans le bocal

ou comment les poissons rouges ont pris la clé des champs

Mois

août 2015

The forbidden room – La chambre interdite

En feuilletant la brochure du Centre Pompidou pour le programme expos-conférences-cinés-rencontres des mois à venir, mes yeux sont attirés par deux noms : Guy Maddin et Mathieu Amalric.

Guy Maddin, réalisateur canadien, dont je suis la carrière depuis un bout de temps. Il fait des films souvent en noir et blanc aux images rayées qui sautent, tressautent, sursautent, aux ambiances mystérieuses, lancinantes, dans lesquels son intérêt pour le surréalisme gothique se mêle à une imagination débordante. J’ai eu la chance de voir quelques uns de ses films au cinéma, d’autres en dvd, j’essaie d’en acheter de temps à autre. Par exemple My Winnipeg vu au cinéma et revu lors de l’exposition My Winnipeg, à la Maison Rouge, ou encore Des trous dans la tête (avec Isabella Rossellini. Une île mystérieuse, des orphelins, un phare, la mère dominatrice et tyrannique de Guy Maddin,  son père, scientifique, qui fait des trous dans la tête des enfants, une enquête), ou Ulysse, souviens-toi, (une maison hantée, des secrets partout). Son film, Dracula, pages tirées du journal d’une vierge, est un film ballet interprété par les danseurs du Royal Winnipeg Ballet.

Mathieu Amalric, un de mes acteurs préférés. Lui aussi est un peu lancinant – quelque chose d’obsédant chez lui, son regard, son jeu, les rôles dans lesquels je l’ai vu. J’aime son rythme posé qui le rend troublant. Et, je l’ai découvert très récemment en tant que réalisateur dans La chambre bleue, un thriller adultérin d’après un roman de Simenon. J’ai carrément été emballée par les cadrages et images superbement photographiques du film. M’a presque fait penser à Andrei Tarkovski, dont j’ai revus quelques films cet été.  J’ai vu et entendu Mathieu Amalric dans une interview à propos de ce film, La chambre bleue, dont il est aussi co-scénariste avec Stéphanie Cléau (également actrice dans le film), il n’avait plus rien de lancinant, au contraire. J’adore.

Guy Maddin et Mathieu Amalric sur la même affiche, je savoure d’avance ! Je cherche depuis quelque temps un déclic pour retourner au cinéma (suite à une overdose de films (souvent bons, par ailleurs), j’arrive plus à entrer dans une salle obscure, même si l’envie renait doucement parfois). Le voilà mon déclic, le film de la dernière chance en quelque sorte (excessive ? moui, un peu, peut-être, on va dire ça). Ce film, The forbidden room (rien que le titre…), qui doit sortir… bientôt, je suppose, puisque le Centre Pompidou le projette en avant-première le 28 novembre. Je ne sais pas si je pourrai le voir à cette occasion, « séance semi-publique » c’est écrit, mais même si j’ai un abonnement au Centre, pas dit que. Pas grave, de toute façon, je le verrai sur grand écran, c’est sûr, à moins que le ciel me tombe sur la tête.

forbiddenRoomLe film : The forbidden room – La chambre interdite, réalisation Guy Maddin et Ewan Johnson. classé aventure/fantastique.

Synopsis : Guy Maddin est parti à la recherche de 31 films perdus, de leurs personnages et histoires imaginés par Hitchcock, Lubitsch, Ozu, Stroheim et autres grands maîtres. Les acteurs se sont littéralement laissés posséder par l’âme de ces oeuvres au cours d’un tournage où chaque journée commençait par une véritable séance de spiritisme invoquant l’esprit de ces films.

Très prometteur !

C’est bien la première fois que je parle d’un film avant de l’avoir vu. Evidemment, j’y reviendrai.

Pour un aperçu des films de Guy Maddin, cliquez sur les liens ci-dessous pour voir les bandes annonces des films :

Des trous dans la tête

Ulysse, souviens-toi

Princesse charmante

Parc du Marquenterre, il était un jour. Alors que tous les regards environnants étaient levés vers les oiseaux de passage je fouillais le marais à la recherche de quelque prince à me glisser sous la dent quand je la vis, jolie princesse tout de vert vêtue conciliabul(l)ant dans l’humidité suintante et tiède de son logis. Petite rainette, pourrais-tu orienter mes désirs vers quelque baveux crapaud que je changerais en affriolant coquin ? Elle me répondit que de crapaud, il n’en restait guère, ajoutant : « les princes charmants ne sont plus ce qu’ils étaient, mais si tu veux me donner un baiser, je comblerai avec grâce et vertus tes souhaits de mes contes les plus divins ». Ce faisant, elle déploya d’une lichette de vivacité ses petites cuisses et me sauta dans le creux de la main. Un baiser et le tour était joué. Je suivais ma princesse dans son petit nid vaseux. Quoi ? coa !

grenouille

Par delà…

…comme un écho d’éternité

Brume falaise Dieppe

Les expos de la rentrée 2015 – pense-bête

Le programme nouveau est arrivé et il y a du bon. Je ne parlerai que des expos que je peux aller voir, donc à Paris, avec possibilité de vadrouille à Lille (y a intérêt), une ville qui mise beaucoup sur la culture. Donc, voici ce dont vous risquez d’entendre causer sur mon blog dans les prochains mois. Liste conçue d’après Beaux Arts magazine, de septembre.

Paris :

  • Caio Reisewitz, à la Maison Européenne de la Photographie (9 septembre au 31 octobre) – Je ne connais pas, mais comme je ne rate aucune exposition de la MEP, je verrai.
  • Fragonard amoureux, au musée du Luxembourg (16 septembre au 24 janvier). Je vais rarement au musée du Luxembourg, trop cher. Mais là, je ne vais pas rater le peintre libertin du XVIII ème siècle.
  • Lucien Clergue, au Grand Palais (14 novembre au 15 février) – rétrospective de l’oeuvre du photographe.
  • Warhol Unlimited, au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris – Pas trop ma tasse de thé, Andy Warhol – mais j’irai tout de même.
  • Anselm Kiefer, Centre Pompidou (16 décembre au 18 avril) – Là, je n’attends que ça. Anselm Kieffer fait partie de mes artistes préférés. Heureusement, j’ai un abonnement à Beaubourg, je crois que je vais squatter là-bas.
  • Ugo Rondinone – I love John Giorno, au Palais de Tokyo (21 octobre au 10 janvier) – A voir… Je ne raterais certainement pas une exposition au Palais de Tokyo. Rendez-vous au vernissage, normalement.
  • Une brève histoire de l’avenir, au musée du Louvre (24 septembre au 4 janvier) – un dialogue entre des oeuvres du passé et des créations contemporaines. Il y a bien longtemps que je ne suis pas retournée au Louvre, ce n’est plus trop un lieu que je hante. Mais, peut-être…
  • Les démons de l’estampe, au Petit Palais (1er octobre au 17 janvier) – Goya, Doré, Redon, Delacroix… j’aime bien tous ces artistes du XIXème… et s’ils me parlent de cauchemars, alors slurp, j’y cours.
  • Dominique Gonzalez-Foerster, au Centre Pompidou (23 septembre au 1er février) – je ne connais pas. Il s’agit d’une rétrospective pour un voyage dans le temps, si j’ai bien compris puisque les dates vont de 1887 à 2058. « Parfois scènes, terrains de jeu ou récits introspectifs, les chambres, les films et les « apparitions » de Dominique Gonzalez-Foerster font exister, à la manière d’un opéra ou d’une comédie musicale, toutes sortes d’apparitions cinématographiques, littéraires et scientifiques. » Ben oui, je vais pas rater ça. Et en plus, c’est dans mon cher Beaubourg.
  • Hey ! Act III, à la Halle Saint-Pierre (18 septembre au 13 mars) – encore un lieu que je fréquente à chaque nouvelle exposition. La Halle Saint-Pierre – tout près du Sacré Coeur, les marches en moins – propose souvent des expositions d’art brut (un art que j’apprécie depuis longtemps (et qui devient très à la mode, ce qui va bientôt faire flamber les prix, et ça m’énerve ce commerce avec l’art qui devient du placement d’argent, surtout celui-là, c’est un art tellement intime, tellement sincère, qu’est-ce que le fric vient faire là-dedans ? grrrr (voilà, c’est bon, j’ai râlé))), suis même allée jusqu’à Lausanne pour visiter le musée de la collection d’Art brut.   Pour cette expo, là,  Hey ! dont c’est le troisième volet, il s’agit de Moderne Art et Pop Culture, je n’aime pas tout, mais de toute façon, j’y vais.
  • La collection Artur Walther, Après Eden, à la Maison Rouge (17 octobre au 17 janvier) – 500 oeuvres photographiques d’une cinquantaine d’artistes.

Lille :

  • Joie de vivre, au Palais des Beaux-Arts (26 septembre au 17 janvier) – cent vingt oeuvres d’artistes aussi divers que : Brueghel, Niki de Saint Phalle, Takashi Murakami….
  • Renaissance – Lille 3000 (26 septembre au 17 janvier), une dizaine d’expositions prévues dans la ville (sur le thème de la ville). Au Tri Postal, gare Saint-Sauveur, les Maisons Folie... Je me souviens de Lille Fantastic en 2012, plusieurs lieux d’exposition sur la ville et environs, c’était géant, je n’avais jamais vu ça. Un pur régal.

Et on verra pour le reste.

Où il est question de Crash-test, roman de Claro

Claro – auteur – traducteur. Une écriture, un style.

Claro, je l’ai découvert, en 2002, parce qu’il était le traducteur de La maison des feuilles, un roman de Mark Z. Danielewski. Un livre dans lequel j’ai adoré me perdre (dans sa forme originale et pas en format poche (?)). Plus que ça, même, puisque ce livre (horrifique) reste omniprésent en mon esprit, d’une façon ou d’une autre. Ce livre, cet objet, cette oeuvre, m’a pour la première fois interpelée sur le travail du traducteur. Lire ici, sur son blog, ce que Claro écrit de la traduction. Ensuite, j’ai enchaîné avec Vollmann, Pynchon… et je me suis aperçue que je cherchais les romans traduits par Claro.

Et puis il y eut l’écrivain. Je n’ai pas accédé aisément à son écriture, je peux même dire que je me suis battue avec. Pas mon genre de lecture ? Madman Bovary n’est pas passé. J’ai persévéré. Avec CosmoZ, ça commençait à aller beaucoup mieux, mais ce n’était pas encore tout à fait ça, je l’ai lu oui, et j’écoutais parfois en boucle Somewhere over the rainbow,  j’ai même revu Le magicien d’Oz, j’avais besoin de bases pour lire le roman, et mes pensées souvent erraient d’une Dorothy à l’autre, CosmoZ avait pourtant toujours un côté qui me faisait mal. Normal, aussi, normal.

Le temps a passé, j’ai continué à lire le blog de Claro mais plus ses livres. Jusqu’à ce que je m’aperçoive récemment que CosmoZ avait laissé des traces en moi. J’ai racheté le livre que je n’avais plus pour relire ici ou là, me replonger dedans. Et puis, j’ai attendu (im)patiemment que Crash-test sorte en librairie. Et je l’ai lu tout d’un coup.

Crash-testQuatrième de couverture de Crash-test (éditions Actes Sud) : Au commencement était l’accident. Il faut donc procéder à des crash-tests, mettre un mort à la place du mort, étudier la destruction et ses lois. Un homme s’y emploie, jour après jour, jusqu’à la fêlure.
Au commencement était l’accident – puis aussitôt : le sexe. C’est ce qu’elle pense, à chaque fois qu’elle s’avance sur scène, c’est cette pensée qui marche avec elle quand débute son numéro de strip-tease et qu’elle affronte la tribu des pornographes.
La jouissance ? Laquelle ? Il n’en connaît qu’une, pour l’instant : celle qu’il invente dans sa chambre d’ado, à grand renfort de bandes dessinées pour adultes, tandis que dans le salon de famille l’alcool dicte sa loi.
 
Pris dans les feux croisés d’une violence sociale, ces trois isolés forment un trio aux liens instables mais fiévreux. À travers eux, un combat est livré, et peut-être aussi délivré : comment chanter la résistance des corps, leur incandescence ?
Le nouveau roman de Claro explore et bouscule des mondes apparemment distincts – l’industrie automobile, le strip-tease, le porno naissant des années 1970, marqué par le film Gorge profonde, les bandes dessinées pour adultes, la cellule familiale, la domination masculine… Rythmique et intense, inventif et pugnace, obéissant à une partition implacable, Crash-test donne voix et vertige aux chairs contrariées et à leur nécessaire insurrection – et tout le reste est poésie.

Je cherchais comment parler de ce livre que j’ai traversé en suivant le cap donné par l’auteur dans un langage accidenté par la vie de ses personnages. Ça fait mal encore, mais autre chose aussi, quelque chose de plus profond qui parle à chacun de nous.

Voilà, comme je n’en parlerai pas aussi bien que Thelema,  et que je suis en tout point en phase avec ce qui est écrit dans son article, je vous conseille d’aller le lire sur son blog Autoroutes et réverbères.

Composition 1 – sans nom

Il y avait Bonomeville, dont se souviendront ceux qui m’ont connue dans une autre ‘vy. C’était une sorte de grande fresque que je faisais à l’époque où j’utilisais la tablette numérique.

J’ai, depuis, abandonné tablette et stylet pour me rabattre sur le papier et crayon.

Nous voici ci-dessous dans un monde dérivé, avant après dedans, peu importe, c’est pareil. Seul le nom m’échappe encore.

Toujours est-il que j’ai envie de retourner dans ce monde depuis un petit bout de temps. Alors, c’est décidé, je m’y remets crayon en main sur feuille de papier technique ou bristol (pour la blancheur et pour le côté lisse, glissant et rigide).

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dessin au crayon et encre – août 2014 – 29,7 x 42

Miroir, dis-lui qu’elle est la plus belle

Si la rose n’est pas ma fleur préférée, je lui reconnais un certain talent pour l’exhibitionnisme… le perfectionnisme, veux-je dire. Elle aime se faire photographier, se dévoiler, se donner sans réserve. Tendez-lui un miroir et vous verrez comme elle s’en empare, inlassable poseuse.

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Elle déploie ses atouts devant l’objectif, vous offre un feuilleté de monts et merveilles illimité.

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Cette beauté à la peau veloutée affectionne les poses lascives et vous dépose entre ses mille et un tours de piste au coeur d’une perfection sans égal dont vous ne verrez jamais le point d’ancrage sans la déflorer dans sa totalité. Une mise à nue dans la mise à mort déjà programmée que je ne vous infligerai pas.

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Mmhm, n’en mangerait-on pas quand elle nous la joue petite meringue framboise vanille citron goûteuse ?

Pour finalement vous faire douter en quel côté du miroir s’énonce votre réalité. Une énigme heureusement insoluble.

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Je vous laisse agrandir les images, une fleur le mérite toujours.

Le tourbillon

                        le regard assoupi je voguais à travers les espaces indolents lorsque tu me surpris par delà les pudeurs à faire danser ma robe trop légère       la possibilité de l’ébauche d’un geste s’infirma d’elle-même en guise d’acquiescement aux félines caresses de tes doigts éoliens se jouant sur ma peau              encore osai-je l’esquisse sur mon visage ouvert d’un sourire mutin lorsque je te sentis remonter au gré de mes audaces        mhmmm         au souffle divin d’un tendre écart du temps que la clôture des portes subitement brisa                    je rajustais ma robe prenais une sainte pose devant la pupille sévère de la femme banquise qui me faisait face         la rame s’ébranla  je refermai les yeux rêvant te retrouver dans une station prochaine mon joyeux courant d’air
*
*
*
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De Walser aux frères Quay

Mon appétit commence à être rudement mis à l’épreuve. Bientôt la rentrée littéraire. Ce n’est pas un évènement qui m’intéresse en soi, oh que non, mais j’attends quelques livres des auteurs que j’apprécie. Je crois que c’est demain que sort le Crash-test de Claro. On commencera donc par celui-là. Mais en attendant, puisque je suis tombée ce matin sur un tout petit livre qui avait dû s’envoler de ma bibliothèque pour se placer sur mon chemin (les livres sont très libres chez moi), je remonte un peu le temps. On commence par aller dans la salle obscure.
Novembre 2007, cela faisait une dizaine de mois (depuis que j’avais lu le livre) que j’étais à l’affût des programmes cinéma de Paris. Enfin, le film passait dans une petite salle du mk2 Beaubourg.
L’institut Benjamenta, film britanique de Timothy et Stephen Quay – Des frères Quay j’avais « vu » L’accordeur de tremblements de terre, film que j’aimerais revoir, en vrai et pas seulement dans ma tête… c’est que je m’étais un peu endormie ce jour-là, ce qui fait que j’ai un peu refait le film à ma façon comme chaque fois que je m’endors pendant un film qui me plait. Je m’y sens tellement bien que je pars et je vogue d’image en image du film en y ajoutant mes propres scènes. Ne surtout pas confondre avec un film qui m’ennuie. Dans ce dernier cas, je quitte le film.
*
Ce jour de novembre, j’allais voir L’institut Benjamenta, d’après le petit roman de Robert Walser avec la mise en scène et les images très spéciales de frères Quay, et j’étais ravie..
*
«Ce rêve qu’on appelle la vie humaine»

*

L’institut Benjamenta, le film. L’atmosphère étrange et absurde du roman de Walser est ici décuplée. Mais laissons le roman, tout ne peut y être. D’ailleurs le film est un conte de fée. Il faut lâcher prise, se laisser emporter dans l’univers fantasmagoriques des frères Quay (dont c’était le premier long métrage). L’image en noir et blanc est onirique, flottante, absorbante, poétique, de petit format, crachouillante comme dans les vieux films. Peu de paroles, de la musique, des chorégraphies. Des contrastes poussés, des douceurs, des jeux de lumières mobiles. Des miroirs au tain abîmé. De la neige (univers de Walser). Aucun extérieur à l’Institut, sinon un dehors irréel enneigé vu comme à travers une optique chimérisante. L’image est belle, surprenante, aimant les gros plans, les détails, les cadrages insolites. L’institut est un labyrinthe, on traverse des endroits indéfinissables. Le film est une potion magique. Fin.
Lumière.
Nous étions peu dans la salle. Du temps où j’allais beaucoup au cinéma, j’ai toujours apprécié d’avoir beaucoup de place autour de moi, histoire d’étendre les petites ombres qui m’accompagnent (espace vital). Mais j’ai remarqué que parfois, les femmes en particulier, viennent se mettre à côté de moi, même s’il y a de la place autour (je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi parfois des hommes font de même. Ils ont peur de quoi ? du noir ? Un jour… non, c’est pas le sujet du jour). Ce jour-là, ce fut une cerise sur le gâteau (le film, le gâteau). Une jeune femme était venue se placer à côté de moi. A la fin de la séance nos regards, hallucinés, se croisèrent, et elle s’exclama : «C’était bien» en appuyant fort sur le bien.  Alors nous avons parlé un peu de Walser (l’auteur du livre), elle ne connaissait pas, je lui conseillais donc sa lecture. Nous avons parlé aussi des réalisateurs, les frères Quay, de leur dernier film à l’époque, L’accordeur de tremblements de terre dans lequel on trouvait le même onirisme poétique. Ce fut une rencontre éphémère, comme je les aime. «Bonne journée». Extérieur, Paris flottait un peu dans mes yeux pas encore tout à fait revenus de là-bas.
*
L’auteur du livre, Robert Walser. Je l’ai découvert en janvier 2007 dans une émission radio au cours de laquelle une intervenante disait que c’était « l’écrivain de la jubilation ». Ce Robert Walser, poète des petites choses, était souvent déprimé, il a terminé sa vie en hôpital psychiatrique (il tentait trop de mettre fin à ses jours), c’était un infatigable promeneur, qui par son écriture créait un lien à l’autre :

«S’il ne tenait qu’à moi, je serais chargé d’ans et de fatigue. Mais par égard pour le monde, j’ai vu qu’il était trop tôt pour vieillir. Vous fatiguer ne serait pas aimable et je suis donc infatigable. J’ai mimé la jeunesse et je suis resté jeune, et tout cela pour l’amour des autres et de moi-même. Aimant lever les yeux vers la divinité, je l’ai laissé me rabrouer pour la joie de mon coeur dévoué. Fou, bien sûr, celui qui ose aimer, mais il en sort toujours quelque chose.» Robert Walser

Un jour de Noël 1956, il partira dans la nuit pour une dernière promenade, on le retrouvera mort d’épuisement.
J’avais commencé par son Retour dans la neige (le livre qui est revenu se mettre dans mes jambes), des petits textes qui parurent dans des journaux de 1899 à 1919. Son écriture descriptive porte en elle une lumière, c’est sans doute pour cela, en partie, l’explication d’un certain charme qu’elle opère sur le lecteur. Elle ruisselle, s’écoule et nous en suivons volontiers le cours d’eau. Elle est aussi reposante. Et puis parfois plus grave.

Méandres

Et puisque aujourd’hui c’est farniente… dormons voulez-vous ?
 *
– Excusez-moi vous marchez sur vos mots. Tenez, je vous les rends.
– Vous les avez lus ? Vous n’aviez pas le droit.
– Vous êtes un peu chez moi, vous savez.
– Je ne sais pas où je suis.
– Chez moi.
– Il fait tout noir chez vous. Et puis un peu froid.
– Vous n’êtes pas très aimable.
– Et pourquoi je serais aimable ? On se connait ? Vous me piquez des mots qui ne vous sont pas destinés et je devrais être aimable.
– Vous souhaitiez l’être davantage lors de notre dernière rencontre.
– Vous êtes qui ?
– Qui êtes-vous, vous ?
– Hé, attendez, vous avez raison, je suis qui ?
– Vous ne vous rappelez pas ? Nous nous sommes cognés l’un à l’autre dans le métro, c’était sur la ligne 4… vous m’avez aidée à me relever, j’ai ramassé votre lettre et j’ai oublié de vous la rendre.
– Et elle dit quoi cette lettre ?
– Figurez-vous que je ne l’ai pas très bien lue. Vous n’en avez pas une petite idée ? C’est vous qui l’avez écrite.
– Il fait sombre chez vous. Je n’arrive pas à éclaircir mes idées. Vous ne pourriez pas allumer ?
– Si vous voulez.
– Mais… je suis nu !
– Totalement.
– Comment avez-vous osé me déshabiller ?
– En général quand on pénètre mes rêves on arrive sans vêtement.
– Vos rêves ? Un cauchemar, oui.
– A qui la faute ?
– C’est quoi cette histoire de rêve ?
– Peu importe.
– La lettre… vous l’avez lue n’est-ce pas ?
– Un peu, c’est vrai.
– Et ce que vous y avez lu vous casse un peu l’atmosphère.
– Vous vous êtes imposé et en plus vous m’ennuyez. J’en baillerais si je ne dormais déjà.
– Vous aussi vous m’ennuyez. Réveillez-vous, je sortirai de votre vie.
– Si c’était si simple. Il faut attendre que le réveil sonne.
– Ce sera long ?
– Vous savez le temps dans les rêves… ça peut durer une éternité. D’ailleurs peut-être me suis-je réveillée et que le rêve continue.
– Hum… vous êtes comment ?
– A votre goût certainement.
– Comment pouvez-vous en être sûre ?
– Vous n’avez pas arrêté de vous coller à moi dans le métro et de balader vos mains sur mes fesses. C’est en vous donnant un coup de pied que je suis tombée.
– Mais je vous ai aidée à vous relever.
– En me pelotant les seins.
– Alors qu’est-ce que je fais là si je suis si ignoble que vous semblez le dire.
– Si je savais. Les rêves nous mènent où ils veulent.
– Les rêves signifient toujours quelque chose. Avouez que ça vous a excitée, alors vous rêvez de moi.
– Attendez la suite avant de vous glorifier. Vous avez continué à me suivre. On s’est un peu battus. Et vous avez dégringolé les escaliers. Vous êtes un peu mort depuis.
– Quoi ?
– Maintenant si vous voulez sortir de mon rêve, je peux vous rendre à votre corps.
– Vous voulez dire que si je sors d’ici, c’en est fini de moi ?
– C’est bien possible. A moins que quelqu’un d’autre rêve de vous.
– Qui ? Je n’ai aucun souvenir…
– Normal, ici vos souvenirs ne serviraient à rien.
– Je… vous pourriez me garder un peu ? Juste le temps que de me retourner. Dans le fond, sans mes souvenirs, je suis quelqu’un d’autre, et pas le sale type que vous avez tué.
– Je ne vous ai pas tué. C’était un accident.
– Vous êtes un peu responsable.
– C’est trop facile. Et si je me réveille et que je ne vous retrouve pas à mon retour.
– Pensez à moi. Je finirai bien par réapparaître.
– Comme vous y allez. Vous êtes devenu une obsession depuis l’accident, je pense tout le temps à vous. Je n’avais pas l’intention de vous tuer.
– Ah vous voyez, vous le dites, vous m’avez tué. Votre petite conscience a du mal à encaisser…. Qu’est-ce que c’est ?
– Le réveil.
– S’il vous plait… me lâche pas, pense à m………..
 *
– Héloïse… HéloÏse, réveille-toi. Allez…. Comment vas-tu ce matin ? Au moins, tu as dormi, tu as l’air reposée.
– J’ai rêvé de Mathieu.
– Tu m’étonnes, tu as encore lu sa lettre cette nuit. Ecoute, tout était fini entre vous, tu n’as rien à te reprocher.
– Il est mort.
– Pas toi. Allez ma vieille, lève-toi. La vie continue.
– …
– Héloïse, te rendors pas.
– Juste un peu, le temps de prendre un rendez-vous.

jeu de mots…

chut… que la voix soit murmure… par ici venez ne faites pas de bruit ne clapotez pas… rassurez-vous je peux lire sur vos lèvres dans votre regard du bout de mes doigts… suivez-moi en silence ne la réveillez pas… entrez je vous en prie faufilez-vous par là… désembarrassez-vous donnez-moi votre langue que j’en suçote les mots… vous les reprendrez en sortant… effleurez-la de votre souffle… chuchotez-lui des il était une fois je les conjuguerai à l’intime soupir… votre main tremble son corps s’agite sous vos balbutiements… calmez-vous… palpitez tant que vous voulez mais ne faites pas de zèle… reprenons voulez-vous… à l’envi mettez-vous à votre aise… parcourez-la feuilletez-la jouez-la au temps que vous voudrez… croquez-là maintenant coulez-vous entre ses rêves je vous laisse elle s’éveille
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un dessin qui devait illustrer une histoire qui s’est perdue d’elle-même

L’amour offert

à l’âme de la forêt des miroirs

*

Et même si les traces sont à peine visibles la tentation est grande de partir et me fondre en cet air lointain
Je pourrais m’échapper redevenir spirale un vertige des sens au sein des corps aimés
Comme en ce jour de solitude vagabonde me mêlant à la ronde des dieux de la forêt
Je succombais aux troubles des légers frémissements d’un espace confus
Ce moment délicat où tu m’es apparu sur ta couche endormi délicieux Endymion rêvant à la Sélène
Cet instant effronté qui me vit dérobé ce baiser de fortune à ton sourire lunaire
Onirique gisant
Tes songes entrouverts m’offrirent de te suivre sur le fleuve aux étoiles où ils me racontèrent l’autre côté du monde
L’enchantement porté dans un oubli du temps ancra ce pur amour aux marges de mes vies
En abîme des hommes en moi tu as construit ce monde désormais refuge à mes sombres secrets ces territoires mon ange où germe silencieuse l’immuable quintessence qui poudroie chaque fois que je descends en toi et que je deviens rêve.
 le tourbillon
L’idéal eut été de croquer l’Endymion ou de le peinturlurer… j’y pense j’y pense…
Et finalement, le voici ici.

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