La Maison Européenne de la Photographie présente ce mois-ci six expositions. Je cherchais quel titre mettre à cet article, j’ai finalement choisi le nom de l’artiste qui m’a touchée et dont je parlerai à la fin.

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L’indifférence. C’est peut-être ce qu’il y a de pire. En toute chose. L’art doit susciter des émotions, et quand celles-ci restent muettes, il y a frustration. Je ne vois pas l’intérêt de faire un article négatif, sauf que là, il s’agit de la Maison Européenne de la Photographie, qui m’a rarement laissée cette sensation de platitude.

Tout n’est pas négatif bien évidemment. Il y a les mots, si prometteurs, qui mettent l’eau à la bouche et tant pis si le regard reste sec. John Edward Heaton expose son travail sur la Guatemala, “Il n’existe pas de lieu plus beau, plus dramatique et  plein de vie et de mort que le Guatemala.  C’est une tentatrice hautaine, intimidante, ardente et traitresse […] Un pays où les extrêmes sont coude à coude, à la fois la Belle et la Bête […] Toute la réalité du Guatemala : dure, crue, ensorcelante et sans merci.” écrit-il sur le panneau de présentation. Quelques portraits, beaux oui, mais rien d’exceptionnel. Je garde en mémoire deux photos (trois, allez), le reste n’a pas évoqué grand chose en moi. L’une des photos intitulée Les fiancés cadre serrés deux pieds, l’un masculin botté, l’autre féminin inséré dans une chaussure qui laisse apparaitre des orteils encrassés par le quotidien. Cette photo déborde aussitôt dans l’imagination qui se jette dans le hors cadre remontant le longs des deux jambes qu’on songe l’une contre l’autre, les corps peut-être s’embrassant, picorant la vie bonne du moment, regardant dans la même direction ou simplement s’alanguissant dans un futur incertain. Je mets cette photographie au centre de la pièce. A elle seule elle dit beaucoup et suffisamment peut-être. Bon, allez, pourquoi en demander davantage ?

Le deuxième niveau est entièrement occupé par Alber Elbaz, directeur artistique de la maison Lanvin, qui plonge le visiteur dans l’intimité des essayages. La scénographie est attrayante. On se faufile entre de grands panneaux lumineux posés sur le sol présentant des photos de mannequins. Poudre aux yeux du monumental pour meubler l’espace. Je ne suis pas contre. Dans la seconde salle ce sont des photos de confections de vêtements, des croquis, des gestes. Oui oui, bien, mais… Dans la dernière salle, la matière, une dizaine de mannequins d’ateliers sont pré-habillés avec des tissus précieux, il s’agit de mettre en lumière le savoir-faire des petites mains qui travaillent dans l’ombre des défilés. Bien bien mais… Je reste perplexe, il est certes intéressant de déranger les choses, comme mettre de la matière tactile dans un lieu de photographies, Mais peut-être est-ce le fait que je m’intéresse peu à la mode, excuse improbable, mon intérêt ne décolle pas plus que ça. Je passe…

Deux photographes se partagent le troisième niveau. Le premier : Caio Reisewitz, photographe brésilien qui expose pour la première fois à la MEP. De très grandes photographies qui sont ce que je n’aime pas en photographie, trop glacées, trop lisses, trop confuses, trop… fades ? Je glisse sans m’arrêter d’un cadre monumental à un autre, j’en oublie presque de regarder les petites photos qui me paraissent pourtant bien plus intéressantes. Mais décidément les grandes photos tuent mon désir, je passe…

Les autres salles du troisième étage sont occupées par des photos de Pierre Reimer plus étonnantes, plus attirantes, c’est la sensation première que j’ai au sortir de la salle précédente.  Les mots là encore : « quotidien trouble souvent déroutant. » Moui… pas de trouble ni de déroute à l’horizon, je commence à croire que ma sensibilité est en berne. Je demande à mon mari : « ça te plait aujourd’hui ? » « Pas terrible » me rassure-t-il. On passe…

Je redescends, direction sous-sol pour tenter de rattraper ce sentiment d’insuffisance qui m’habite. Ah, voilà, dans l’escalier une première photo qui me plait carrément. Mon espoir repart à la hausse.

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Jean-Pierre Laffont présente sa Tumultueuse Amérique. Le sous-sol est bien utilisé, trois salles un couloir et une vidéo. Un titre L’Amérique comme je l’ai vécue, soit une trentaine d’années de photographies qui s’étalent sous nos yeux mêlant photos noir et blanc aux planches contact, le tout sous fond sonore musical ou parlé. Ce qui explosent ici directement sous nos yeux, c’est la vie dans l’image. Bingo ! On y est enfin. Et je cite Jean Pierre Laffont : “Lorsque je regarde, une à une, ces photos prises pendant ce quart 
de siècle, elles semblent au premier abord décrire un état de chaos, émeutes, protestations, désintégration et conflit. Mais prises dans leur ensemble, ces images montrent la naissance houleuse, parfois douloureuse, de l’Amérique du XXIe siècle — une nation où un président noir, des mariages homosexuels et des femmes chefs d’entreprises 
sont la norme plutôt que l’exception. Elles accomplissent ce que les photos font de mieux, figeant dans le temps des moments décisifs pour un examen futur. Elles forment un portrait personnel et historique d’un pays que j’ai toujours observé de manière critique, mais avec affection, et pour lequel j’ai une énorme reconnaissance. »

Aaaah enfin, je suis comblée et rassurée sur ma capacité à m’émouvoir. Je retournerai sans doute voir cette unique exposition qui mérite à elle seule le déplacement.

N’hésitez pas à me faire part de ce que vous pensez du zigouigoui rectangulaire qui gigote en haut de la page et montre un échantillon de photos de la MEP. Enervant ou/et utile ?

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