0915_910HeyIIIa HEY ! est d’abord une revue d’art publiée depuis cinq ans et dont le succès va croissant. La Halle Saint Pierre, spécialisée dans les expositions d’art brut et singulier ou encore outsider nous permet d’être confrontés aux oeuvres dans leur réalité, ce qui change à peu près tout de la manière dont on les perçoit. Cette troisième session présente une soixantaine d’artistes. Et me semble meilleure que les deux précédentes.

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Gabriel Grun – couverture HEY! numéro 20

Anne et Julien, créateurs de la revue et commissaires de l’exposition sont deux passionnés des territoires affranchis de la norme, leur but étant d’offrir une alternative à la vision d’une culture unilatérale où l’imaginaire est omniprésent et démontre ainsi une résistance par l’imaginaire : « faire appel et confiance à l’imaginaire pour résister aux modes, aux normes, aux attentes, aux catégories et à l’institutionnel, au poids des choses et du temps. »

Nous pénétrons d’abord dans la grande salle du bas où le visiteur se déplace dans l’ombre alors que par la grâce de l’éclairage chaque oeuvre s’exprime comme dans un théâtre de l’intime où s’accumule un « capharnaüm d’étrange et de merveilleux qui célèbre l’imaginaire en tant que valeur refuge. » Des histoires se racontent, nous éblouissent ou nous mettent mal à l’aise.

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poupée – Ludovic Levasseur

Alors on se laisse porter par son propre imaginaire, Tant de douceur poétique, d’innocence et de pureté mêlées à une expression de tristesse et de gravité dans les yeux des enfants des tableaux de Mark Ryden, tant de malaise face aux poupées momifiées horrifiques de Ludovic Levasseur constituées d’éléments de taxidermie, de peau, de cheveux, de dents humaines qu’il récupère chez les dentistes, etc. Je n’ai pu m’empêcher de les détailler, impossible de ne pas penser à ces films d’horreur où s’animent des poupées diaboliques. Les poupées sont, pour moi, souvent métaphore d’un monde intérieur secret dans lequel elles peuvent nous attirer au moindre désir de notre part, merveilleuses ou vilaines, je ne peux les imaginer que dangereuses et ensorceleuses et tellement attirantes. Elles peuvent nous faire nous confronter à tous nos contraires en même temps.

On trouvera beaucoup de références à la mort ou à la sexualité, ainsi les tableaux de Gabriel Grun qui contiennent un personnage central. Le peintre explore le domaine de la sexualité avec beaucoup de fantaisie. Il traite les corps comme des symboles dont le but est de perturber l’esprit (voir plus haut la couverture de HEY! n°20)

Choi Xooang, certainement l’artiste qui m’a le plus touchée (j’avais déjà été sensible à ses oeuvres lors d’une précédente exposition). « Il sculpte des corps en cherchant à démonter la vérité de chacun à travers le nu. Pour lui, la perfection n’existe pas. Pire, elle est mensonge. » Réflexion est une sculpture reflet d’une femme et de son double inversée et flou. Cette dualité réflective sans paroi est fascinante car le monde du miroir semble aussi accessible que le monde réel. Plus de protection, nous sommes d’un côté et de l’autre. Laquelle des deux est la vraie ? Laquelle des deux questionne ? Laquelle des deux possède les réponses ?0915_915HeyIIIc2Bien d’autres oeuvres m’ont intéressée. D’autres sont très étonnantes, ainsi, les femmes aux formes plantureuses et voluptueuses de Namio Harukawa,0915_911HeyIIIb peu ou non vêtues dont la domination s’exerce sur des hommes masochistes.

Ou encore des artistes exposés à La Fabuloserie qui est un lieu (130 km au sud de Paris) imaginé et conçu par l’architecte Alain Bourbonnais pour abriter sa collection “art hors-les-normes” et que j’espère visiter un jour.

Et aussi tout un panneau sur l’art des tranchées pratiqué par les soldats sur le front ou de réserve ou encore dans les camps de prisonniers, à partir de matériaux de fortune tels que douilles de balles, têtes d’obus, gamelles, boutons….

Pour en savoir plus sur La Halle Saint Pierre.

HEY! ActIII, exposition jusqu’au 13 03 2016 – à voir et revoir

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Puisqu’il est totalement interdit de prendre des photos à la Halle st Pierre, (sauf vues de l’extérieur) j’ai récupéré une image dans le dossier de presse, et deux images du catalogue d’exposition.

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