1015b_005rmaisonRougeLa nouvelle exposition de la maison rouge est la treizième collection privée présentée ici. Il s’agit de la collection Walther, une des plus importantes collection de photographies au monde.

Pas de photo, hormis celle de l’entrée de la maison rouge, ci-contre, les deux autres en série étant tirés du site Culture Box. Faute d’image on voudrait exalter les mots, même si les mots qui suivent n’ont pas la valeur des images. A l’entrée, les premières photos, nombreuses, montrent des gros plans de végétaux en noir et blanc. Puisqu’il faut en passer par là.  On devinera que ça ne m’emballe pas.

Ce que je vais vite apprécier c’est le classement par thème qui permet de jeter un regard plus attentif aux photos exposées, surtout lorsque celles-ci ne retiennent pas votre attention.

On y rencontre des paysages comme autoportraits de la présence de l’homme qui construit qui détruit. On cherche alors sur les photos les traces, les stigmates. Ici j’aurais cru à l’invalidation humaine lorsque le paysage s’évade comme un désert mais en s’approchant de ce diptyque on y voit l’insidieux, le petit détail au loin là dans un coin tentant de se fondre dans le décor.

Et puis vient l’identité avec l’art du portrait qui doit saisir le « je », la singularité, et le « nous », la pluralité qui existe en chacun. Séduite par les portraits de Guy Tillim (que l’on peut voir en cliquant sur le nom de l’artiste), réalisant qu’il s’agit d’une milice d’enfants prêts à partir pour le combat, le regard devient autre. Ces visages interrogent et les réponses se perdent dans un cafouillis incompréhensif. D’autres portraits colorés de vie leur font face, les débordent et entrainent le visiteur apaisé sur la suite du parcours.

La ville, une belle présentation sur des écrans suspendus tout le long d’un mur dans la pénombre, un défilé d’images citadines. Mais ce sont les photographies d’un photographe non identifié qui attirent mon attention, et surtout la reconstitution d’une sorte d’immense bâtiment composé de 70 photos, Lotus Block, oeuvre de Luo Yongjin. C’est comme un puzzle fragmenté qui ne se raccorde pas tout à fait mais dont l’ensemble donne une sensation d’entièreté onirique.

Le corps. là, on approche de ce quMRAppelte j’aime le plus en photo. Cette merveilleuse machine qu’est le corps humain, avec ses grâces et ses disgrâces, peu importe tant qu’il y a matière, et c’est à la photo que revient le tâche de la subjuguer. Ici, on a des séries de photos qui pourraient faire un film. Ce sont des autoportraits. Song Dong  et son impression sur l’eau.

Ci-dessus, Dieter Appelt et La tache que laisse le souffle sur le miroirMRzhangHuan.

Et Peau, une série de 20 autoportraits de Zhang Huan –  (photos source Culture Box).

Quant à Ma Liuming, il marche nu sur la Grande muraille de Chine. Voir ici, la série des photos.

Au détour du chemin qui présente le thème des masques que chacun porte en soi, j’aperçois mon visage dans un miroir. Je suis toujours surprise par mon visage, je l’oublie tout le temps. Il y a quelques jours il m’a offert un regard que je n’oublierai jamais, je ne devrais plus avoir à me regarder dorénavant car jamais plus je n’y verrai l’ailleurs que j’y ai perçu. Peut-être cela vous est-il déjà arrivé ?

Au sous-sol, le thème du Voyeur donne une définition intéressante : « Nous entrons dans le domaine de l’intime, dans cet espace secret où sont transgressés les tabous et les normes sociales. Le voyeur est une figure éminemment ambiguë : pénétrant par le regard dans l’intimité des autres sans leur consentement, il tire du plaisir de cette intrusion, plaisir augmenté par le caractère moralement condamnable qu’il prête à ce qu’il voit. En extrapolant, ne retrouve-t-on pas aussi ce double jeu dans l’attitude du visiteur d’une exposition ? A l’abri de notre position de regardeur, nous pouvons à moindre frais et exemptés de toute responsabilité, goûté au fruit défendu. »

En enfilade dans deux salles, une série de (trop) petits formats d’un des photographes que j’apprécie beaucoup pour la sensualité et l’érotisme de ses photos, Nobuyoshi Araki :101 oeuvres  pour Robert Franck. On y voit des femmes nues libres ou attachées, habillées, pudiques dans le bain ou d’une impudeur troublante, des couples, des natures mortes, des enfants allant à l’école, un chat, la ville, la population ou la solitude, l’intimité. Toutes photos en noir et blanc.Et une très belle photo du photographe sur le modèle. Pour ceux qui ne connaissent pas et n’ont pas de préjugés à jouer les « voyeurs » au risque de devenir admirateurs, voyez ici, personnellement j’y vois le grand art de l’émotion sensuelle.

Voilà ce que j’en retiens ici. Il s’agit au premier abord d’une exposition pour les férus de photographies, mais le parcours proposé est assez varié et peut largement intéresser les curieux de l’humain.

La maison rouge – Après Eden, la collection Walther – jusqu’au 17 janvier 2016

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