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les oiseaux dans le bocal

ou comment les poissons rouges ont pris la clé des champs

Date

4 novembre 2015

Anselm Kiefer – l’alchimie du livre (exposition à la BNF)

bnf1115_0064rDécouvrir le travail d’Anselm Kiefer à la Monumenta de 2007 a été une révélation. Je me suis sentie immédiatement immergée dans l’oeuvre avec une sensation de désir intense de me laisser envahir par la matière. Depuis, j’essaie de voir les expositions qui proposent ses tableaux-sculptures, ses objets… Inutile de vous dire avec quel enthousiasme j’ai accueilli l’annonce d’une exposition au Centre Pompidou en décembre prochain. En attendant, la BNF nous permet de découvrir les livres qu’il crée depuis une quarantaine d’années.

Alors j’ai glissé mon appareil photo dans mon sac à dos et la musique dans mes oreilles et j’y suis partie, en écoutant Judy me chanter l’au- delà de l’arc-en-ciel et les oiseaux bleus. Ce qu’elle fit souvent durant le trajet puisque j’avais mis très peu de choix dans ma sélection musicale qui tournait en boucle aléatoire. (question incongrue qui me passait par la tête : Dorothy serait-elle une adepte de twitter, aujourd’hui ?).
Ce que je vois en pénétrant dans la salle d’exposition : une suite de vitrines horizontales dans lesquelles de grands livres sont exposés ouverts ou fermés, des étagères garnies de livres parfois immenses couchés ou debout. Je m’approche, comme j’aurais envie de les ouvrir, ou ne serait-ce que les toucher avec les mains mais seuls les yeux ont cette faveur. Ses livres, je les observe, j’en détaille la matière, la manière. Les livres de Kiefer sont en cartons, en plomb, en plâtre. Ils font référence à la mythologie, l’histoire, la philosophie. Anseilm Kiefer dit que le livre “est un répertoire de formes et une manière de matérialiser le temps qui passe. […] chaque livre recèle une onde qui se déploie, formant une vague que je donne à voir lorsque je tourne les pages ou que je les mets en scène. […] Certains sont de véritables sculptures, plus grands que la taille humaine.”
Certaines installations me sont familières, comme cette tour de livres entourée de verres brisés que j’avais vu à la Monumenta, et aussi ces femmes livres m’en rappelle une autre (Phryne) que j’avais vue au Tri Postal à Lille.
Aux deux murs extrêmes de la salle deux grands tableaux se font face.
Je fais plusieurs fois le tour de l’exposition, j’ai du mal à sortir, j’entends une femme déçue de ce qu’elle voit “Je pensais qu’il s’agissait de ses livres… enfin, pas ça, des vrais livres”… J’observe un homme qui ne bouge pas depuis un moment, totalement absorbé dans un des deux grands tableaux, j’essaie d’accompagner son regard, je cherche à le suivre mais c’est moi qui suis happée par la matière.
Je regrette un peu que les oeuvres aient été mises comme dans des cases un peu étroites me semble-t-il, enfermées sur trois côtés. Un bon point toutefois, on peut tourner autour de celles qui le permettent, j’aurais aimé me rapprocher des femmes-poètes, en faire le tour, mais une corde l’interdisait, certainement trop fragiles.
Avant de vous laisser voir quelques photos accompagnées d’indications, je copie une phrase du livre de l’artiste, L’alchimie du livre : « l’oeuvre de Kiefer est certes traversée par les motifs de la mélancolie et de la ruine, de la chute et de la catastrophe ultime, mais elle est aussi, et tout autant, gorgée de désir et de jouissance, « joyeuse » au sens profond où Spinoza a pu entendre ce mot ».

*

Et pour terminer, une vue un peu personnelle de la BNF, où a lieu l’exposition (crée à partir de trois photos, prises en 2007).

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Ma dernière logeuse

1015b_1035pfA l’évidence ce que je touche se fige comme du sang cailloté, seule l’entropie se la coule douce, ce qui est plutôt rassurant, convenez-en. Rien de telle qu’une petite perf de confusion de temps à autre pour vous fouetter les neurones engourdis. On verse ensuite dans le jeu de la tentation du grand nettoyage intime. Et me voilà acharnée à grattouiller mes rêves façon toilettage intensif pour en desquamer la peau tavelée, visiblement ils auront poussé dans un champ de mines déconfites hydratés aux acides rêvicides, les voilà écorchés, dépiautés, des rêves aux airs de méduse, gélifiés de la chair, flasques du contenu, si on n’y prenait garde ils injecteraient leur dégénérescence au sein de l’imagination. Passe pour les rêves, ils n’étaient plus qu’épaves échoués au milieu d’un océan d’incertitudes. Pas de quoi fouetter un chat.  La vie n’étant qu’un songe, il suffit de s’y abandonner pour devenir un rêve soi-même, ce que je fais très bien, ou très mal, chacun aura son opinion, du moins ce que je fais le mieux. Voyez plutôt.

Le roulement des mois, le temps d’une révolution, a tissé une incidence à partir d’une pelote emmêlée de oui de non et même si les amarres ont soudain lâché sous l’impulsion d’une lame de fond surgi d’un angle que l’on croyait mort, petit à petit la providence s’est remise au travail. Je ne peux nier les adhérences qui pendouillent autant à mon corps qu’ont damné les jeux du hasard que jamais un coup de dé n’abolira*, qu’à mon esprit rebelle. Je ne peux m’extraire d’un destin dont les lignes s’inscrivent dans le livre des futurs conjugués à l’impératif. Qu’il soit fait selon les caprices de la vie puisqu’on ne peut se défiler,  être ou enraciner dans le quoique je pense, quoique je fasse pour m’en extraire, pour tenter de détourner les flots poisseux et insidieux courant le long de mes jambes comme des lianes joueuses en mal d’arabesques. Et là, en pleine lumière, je n’ai pu me soustraire à la curiosité d’approcher mon museau de la cotonnade pansue et pendue comme un filet attire-matière. L’aurais-je tant émue ? me demandai-je, avant de comprendre qu’elle avait laissé négligemment trainer ses mues dans les cordages d’un vestibule peu enchanteur. Comme autant de linceuls qui promettent de s’ajuster à mon corps, ai-je pensé… pesé le pour le contre le point de fuite en ligne de mire. Tout vous ramène au centre, autant dire dans les marges de l’impensable. Et pourtant.  Je la devine, patiente, quelque part dans l’obscurité, elle m’observe, me voilà en pleine crise de paran1015b_1013o, vous dites-vous pour vous rassurer. Cependant qu’en elle s’échafaude le gibet, pointant l’inéluctable dard de Damoclès qui fait de moi la proie consentante et consternante d’un irrémédiable cheminement. Mais si elle croit que je lui fournirai la corde pour me pendre…

Cette maison sise en Cise près de l’allée des Rêves – ça ne s’invente pas -, les tisseuses y sont déesses de céan. Alors moi, m’incruster dans leur nuit ? Plutôt conter mes jours à la lune, les hurler à califourchon sur le dos d’un balai à moteur, ce ne seront qu’aberrations gravées là encore sur le fil tendu de mes divagations, irritations ? culbutations… fragmentation… extrême onction. Fi de toutes ces captations sauvages et frauduleuses, il ne sert à rien de vouloir retarder l’échéance. Vous ! oui, vous, choisissez ! une nuit ? un jour ?  une heure, peut-être, je baisserai la garde et je m’endormirai. Et c’est à peine si je sentirai le fil léger qui me liera à ses futures intentions en passant, repassant comme autant de liaisons infimes et non moins dangereuses qui peu à peu emmailloteront mon gisant de ses assemblages consciencieux de bourreau travailleur. Contemplative de la dextérité et ficelée par les oeuvres filées en advenir filiales, mon corps surpris dans les rais d’une féconde éternité s’ouvrira à l’ensemencement. C’est clair, c’est net, pas de faux-fuyant. En mon ultime lucidité1015b_0991rpf je penserai à Louise et à nos mères, avant d’officialiser ma chair comme une terre d’asile ouverte aux grâces d’une nouvelle genèse. Je me vois déjà en cocon incongru enfilé dans une incontinence luxuriante, mon moi accompli, suintance suprême d’un continent nouveau devenu terreau des engendrements infinis.          Fin.

Ce scénario est fort plausible et en vaut bien un autre. Ah ah, qui vivra verra. Et ce n’est pas parce que ces breloques pectiniques à pépins pendent comme un trophée ceint autour de ma taille, narguant le déluge, que je chavirerai de mon radeau de bois flotté. La dernière pluie n’aura pas ma naissance sur la conscience.
En étendant la fin des temps aux prémices d’une saison que la raison voudrait diluée dans la brume de celle qui s’annonce comme étant la dernière, je rends visite aux arbres, je m’attache à poursuivre en catimini la lumière caressante, enviant cette volupté léchée des offrandes automnales. J’en emporte des fragments au bord du coeur, l’émerveillement viendra à poindre lorsque j’entrouvrirai la faille sur le fil retenu d’une éventualité qui s’est mise en mode veille jusqu’à ce jour où je foulerai le paradis, et là, l’histoire commencera.
 *
En attendant, voici quelques photos du bois de Cise, celui-là même objet de mes débordements, sous le soleil du week-end dernier.
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* que Mallarmé m’excuse, je ne sais pas toujours résister..

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