bnf1115_0064rDécouvrir le travail d’Anselm Kiefer à la Monumenta de 2007 a été une révélation. Je me suis sentie immédiatement immergée dans l’oeuvre avec une sensation de désir intense de me laisser envahir par la matière. Depuis, j’essaie de voir les expositions qui proposent ses tableaux-sculptures, ses objets… Inutile de vous dire avec quel enthousiasme j’ai accueilli l’annonce d’une exposition au Centre Pompidou en décembre prochain. En attendant, la BNF nous permet de découvrir les livres qu’il crée depuis une quarantaine d’années.

Alors j’ai glissé mon appareil photo dans mon sac à dos et la musique dans mes oreilles et j’y suis partie, en écoutant Judy me chanter l’au- delà de l’arc-en-ciel et les oiseaux bleus. Ce qu’elle fit souvent durant le trajet puisque j’avais mis très peu de choix dans ma sélection musicale qui tournait en boucle aléatoire. (question incongrue qui me passait par la tête : Dorothy serait-elle une adepte de twitter, aujourd’hui ?).
Ce que je vois en pénétrant dans la salle d’exposition : une suite de vitrines horizontales dans lesquelles de grands livres sont exposés ouverts ou fermés, des étagères garnies de livres parfois immenses couchés ou debout. Je m’approche, comme j’aurais envie de les ouvrir, ou ne serait-ce que les toucher avec les mains mais seuls les yeux ont cette faveur. Ses livres, je les observe, j’en détaille la matière, la manière. Les livres de Kiefer sont en cartons, en plomb, en plâtre. Ils font référence à la mythologie, l’histoire, la philosophie. Anseilm Kiefer dit que le livre “est un répertoire de formes et une manière de matérialiser le temps qui passe. […] chaque livre recèle une onde qui se déploie, formant une vague que je donne à voir lorsque je tourne les pages ou que je les mets en scène. […] Certains sont de véritables sculptures, plus grands que la taille humaine.”
Certaines installations me sont familières, comme cette tour de livres entourée de verres brisés que j’avais vu à la Monumenta, et aussi ces femmes livres m’en rappelle une autre (Phryne) que j’avais vue au Tri Postal à Lille.
Aux deux murs extrêmes de la salle deux grands tableaux se font face.
Je fais plusieurs fois le tour de l’exposition, j’ai du mal à sortir, j’entends une femme déçue de ce qu’elle voit “Je pensais qu’il s’agissait de ses livres… enfin, pas ça, des vrais livres”… J’observe un homme qui ne bouge pas depuis un moment, totalement absorbé dans un des deux grands tableaux, j’essaie d’accompagner son regard, je cherche à le suivre mais c’est moi qui suis happée par la matière.
Je regrette un peu que les oeuvres aient été mises comme dans des cases un peu étroites me semble-t-il, enfermées sur trois côtés. Un bon point toutefois, on peut tourner autour de celles qui le permettent, j’aurais aimé me rapprocher des femmes-poètes, en faire le tour, mais une corde l’interdisait, certainement trop fragiles.
Avant de vous laisser voir quelques photos accompagnées d’indications, je copie une phrase du livre de l’artiste, L’alchimie du livre : « l’oeuvre de Kiefer est certes traversée par les motifs de la mélancolie et de la ruine, de la chute et de la catastrophe ultime, mais elle est aussi, et tout autant, gorgée de désir et de jouissance, « joyeuse » au sens profond où Spinoza a pu entendre ce mot ».

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Et pour terminer, une vue un peu personnelle de la BNF, où a lieu l’exposition (crée à partir de trois photos, prises en 2007).

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