Ici d’habitude le monde s’écrase, se faufile, se dispute, se rit de la fraternité, ici, le quotidien veut que l’homme ne soit plus qu’un objet mis en boite, ici, c’est à 18h20 le flux et le reflux à la fois, ici, Strasbourg Saint-Denis jusqu’à la gare du Nord, entrer dans la rame est toujours un challenge, un compactage, une déshumanisation, une absurdité. Ici hier le vide ou presque on entre sans se presser on pourrait même s’asseoir il y a de la place suffirait d’y penser, mais ce sont les visages… les visages où les pensées se puisent.  Je regarde leurs gestes remaniés au ralenti comme une immensité à conquérir. L’air d’un rien, aux abords de nos corps, le souffle de la vie, un don de vous à moi. Une amplitude, une écriture du temps. En moi, vous êtes, infiniment. Vous êtes ma solitude colorée des rivages de l’autre, le souvenir d’un “je vous aime”, un instantané capturé sur l’extase d’une rencontre. Un murmure, vos gestes, un murmure de l’enchantement suspendu au bord de mes dérives. Je ne bouge pas, que le coeur, que le sang. Je vous bois, je vous goûte, je vous croque à dessein de vous aimer encore. Dans les confins de vous, je nous mélange. Vous êtes ce mouvement, la source de mon souffle… J’ai cueilli des regards, vos visages étaient beaux. J’aurais pu dire sans mot, sans maux aurais-je préféré. La nuit parfois nous illumine.

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