B-P1090337Ensuite, en suite… ce serait un début, pas une fin, un peu quand même, tu t’y vois… sans les musées… sans le bitume… sans le métro… sans la promiscuité autre que celle des arbres… dis, tu t’y vois ? le paradis… Géricault a peint Le radeau de la méduse, tu te souviens qu’il s’était enfermé des semaines avec des cadavres pour en capter le vif, être au plus près de l’histoire vraie, Delacroix, lui, il t’a montré Dante et Virgile debout dedans leur barque voguant sur l’Archéon dans leur traversée des Enfers…  tu t’y vois au paradis, dis ? Ton corps bouffé par le manque et l’esprit s’accrochant à la main du destin… chut ma voix, chut… ton cerveau est en phase de réaménagement, ça formate, ça nettoie les cookies d’addiction, installe de nouveaux programmes, toute une merveilleuse chimie opère, tu es la reine de la manipulation synaptique, tu t’fais une nouvelle ‘vy. Et puis la mer est là tu te dis, tu l’entends faire frire les galets roulés, sa puissance enivrante, ce pourrait bien être toi entre ses mains de jardinière labourant la surface de la réalité… tu t’y vois… le Paradis… non… juste le paradis, sans majuscule, sinon, je me débine, tu penses… Et puis tu te dis, rien n’est fait encore, encore faut-il tremper ta plume dans le sang nouveau pour que l’ami Pierrot t’ouvre les portes. Monsieur Saint-Pierre, il te la baille belle avec ses clés en suspension au-dessus de ton âme et sa main tendue.  Ton âme, justement, t’y mets une condition suspensive, jamais tu ne te risquerais au paradis sans tes amis démons, bien plus sympa que toute la bande des anges & co. Encore que, faut voir, mais tu n’oublies pas la blessure que ceux-ci peuvent infliger alors que les démons, ma foi, resteront à jamais la preuve de ton humanité en équilibre précaire sur le fil de tes errances. Bohémienne, les arbres t’aimeront. On te l’a assuré. Pourquoi m’aimeraient-ils ? Parce que l’amour. En attendant, ce n’est ni enfer ni paradis, juste des harmonies ou des désaccords stimulants. Un lâcher-prise qui t’étonne, ton coeur a cessé de battre la chamade, l’oeil du cyclone ? tu guettes, tu épies le moindre frémissement qui peut ruer en toi avant de déferler et d’emporter toutes tes résolutions d’humilité, d’abnégation, d’oubli de ta nature contre une autre nature que tu ne connais pas encore, tu ne vois que pétales fragiles face à la tempête qui pourrait t’enflammer. cise-vagueredUn claquement de doigts, un simple claquement de doigts suffirait pour allumer la mèche, imploser en toi le calme, la paix, la joie. Mais qui claquerait des doigts pour te réveiller, alors que ceci n’est pas un rêve. Tu te dis qu’il a déjà hurlé ce NON en toi, tu penses que tu es arrivée à un point de non retour et que tu as modelé ton esprit et que jamais il ne reviendra sur la question. La question… on l’utilisait antan pour pilonner les diables innocents de fautes imaginaires. C’était ça l’enfer. Aussi ça. Là, ce n’est qu’un sommeil, une attente, un petit purgatoire. Tu attends sagement dans un hall de gare romanesque qu’on écrive la suite de ton histoire, que la page se tourne, que le livre brûle du désir de faire de toi son héroïne. Fille de papier mâché, tu attends le moment pour t’emparer du crayon et n’en faire qu’à ta guise. Tais-toi, ma voix, tais-toi… Du moment qu’on ne te promet pas l’éternité,  tout rêve en toi s’oublie et glisse sur les parois lisses de ton insouciance éveillée. N’oublie pas, le paradis serait proche de l’enfer si tu te mettais à bayer aux anges et croire que tout s’arrête ici. Rien ne se ferme, jamais, tout se rassemble. Tu pourrais bien un jour te trainer à leurs pieds avec la pancarte « heureuse débauchée » et tu les ferais danser les anges. Justement, parce que l’amour.

Je les ferais danser… le paradis n’est pas la mort. La mer me sépare de l’enfer et je me sentirais pousser une queue avant que de devenir un ange. Entre les écailles et les plumes, l’apnée ou l’envol, je créerai une terre de vie. Je le ferai, tu verras. Le parafer, il est sur terre. Et je m’y vois…

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