Je devais rester au sol. Mon mari m’avait dit : « tu pourras te balader, prendre des photos de trains, j’en ai pas pour longtemps ». C’était sur le chemin, alors j’avais répondu : « d’accord, j’aime les trains, je vais faire de super photos ».

D’abord on m’a mis un casque sur la tête qui ballotait désagréablement , ensuite un gilet orange. Bien. Et puis on m’a demandé mon sac à main parce qu’on ne peut pas monter avec un sac à main. « Monter ? »

Je regarde le château d’eau qui se dresse fièrement sous le bleu du ciel. Monter. Je serre mon appareil photo dans ma main. Avec lui je ne risque rien, pas le moindre vertige, pas d’appréhension, il me tient fermement par le désir de la découverte… je sens même se glisser en moi une sensation gourmande en pensant aux images à venir. Une occasion comme ça, on ne la rate pas. Fin prête, mon capitaine… euh, monsieur le plombier puisque c’est lui qui ouvre le chemin…

… mais je pensais que c’était comme un phare, une tour, un beffroi, qu’il y avait un escalier intérieur. Que ce serait des marches à gravir qui tourneraient juste un peu le coeur par manque de souffle. Que nenni ! Moulte échelles tu grimperas, et par trappes étroites te faufileras. Le casque te protégera. Le dos souple tu adopteras, et des mains te cramponneras, jambes alertes il te faudra. Tout s’enchaine à merveille. Ainsi, le labyrinthe ascensionnel nous conduit vers le sommet où le vent, joyeusement puissant joue au maître des lieux,  Eole, mon cher ami, a les doigts vigoureux à cette altitude. Mais que peut le vent contre le plaisir de shooter tout ce qui se trouve autour de moi, de l’horizon ferroviaire aux hommes, en passant par les échafaudages, j’aspire à ne rien rater.

La descente se fera librement, sans les hommes qui, penchés au dessus du grand puits, délibèrent sur les travaux faits et à venir. Retrouver le chemin de trappe en trappe, prendre encore quelques photos, et fouler de nouveau le plancher des vaches n’est pas sans un certain plaisir. Deux jours de bonnes courbatures, c’est fort peu payé pour des sensations inattendues.

1116chateaudeaupf

Publicités