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les oiseaux dans le bocal

ou comment les poissons rouges ont pris la clé des champs

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élucubrations

Murakami, Calle, Toguo, une fin de journée particulière

Hier soir j’étais invitée par le Centre Pompidou à une visite guidée de l’exposition de Jean-Luc Moulène (dont je doutais que je serais follement intéressée mais sait-on jamais). Et comme je voulais absolument voir l’exposition Takashi Murakami à la galerie Perrotin et celle consacrée à Gregory Crewdson à la galerie Templon (le tout se tenant presque dans un mouchoir de poche autour du Centre Pompidou), j’avais prévu de faire d’une pierre trois coups.  Mais le hasard (que je l’aime celui-là) avec beaucoup d’humour et de bonté allait un peu changer mon emploi du temps. Lire la suite

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Comme un avion – un film, comme une grâce

CommeunavionUne fois n’est pas coutume. Je parle rarement de cinéma sur ce blog et je pensais ne jamais en reparler. Mais là, j’ai envie de laisser fleurir la spontanéité, j’ai envie de vous donner envie d’aller voir ce film dans une salle si ce n’est déjà fait. Aujourd’hui, j’ai profité du festival cinéma Télérama… un pass, 3,50 euros la place pendant une semaine dans certains cinémas de quartier.

Vous parler de ce film parce que je le classerais dans les comédies utiles et nécessaires.  C’est un hymne à la liberté, un film d’amours, un trou dans l’espace-temps, j’y ai été heureuse, émerveillée… on peut dire ça, même si quand ça vous touche comme ça, tout devient tellement subjectif qu’il vaut mieux garder ses impressions pour soi. Voilà ce que je me disais, en dedans de moi, à moi-même, jusqu’à une quarantaine de minutes après la fin du film, alors que je me retrouvais en train de patienter dans une file d’attente devant le même cinéma où les gens se gelaient grave, essayant de se réchauffer avec des mots, des plaisanteries qui se figeaient sur les visages avant d’avoir atteint la zone cérébrale de la compréhension. Comment en suis-je venu à clamer haut et fort que ce film était un pur bonheur ? J’ai essayé malgré tout de doser mes mots. Un monsieur devant moi a objecté, « C’est très exagéré, Télérama en fait l’éloge mais c’est juste bien, sans plus, c’est un film sur les petits moments de bonheur… ». Ah mais est-ce que j’ai une tête de Télérama ? je n’ai même pas lu la critique. Je n’ai jamais raté une mayonnaise alors quand quelque chose me plait, ça monte en moi, ça monte en amour et faut que ça déferle. Je parle à l’homme de poésie, de liberté… « ce film, il m’a fait frissonner tout de même ». Frissonner, voilà un mot qui n’agit pas à la légère, l’homme baisse la garde, il tente de m’embarquer sur l’histoire du Champo (cinéma devant lequel nous nous trouvons). Mais c’est trop tard, je le tiens, je mords, j’en rajoute. Il me dit alors l’avoir vu en dvd. Ah bien voilà que j’lui assure, fallait pas le voir sur un petit écran, ce film il mérite d’être vu en grand. La femme derrière moi, me dit timidement en me désignant l’homme de la tête d’un air de reproche « et puis les goûts et les couleurs, heureusement qu’il en faut pour tout le monde ». « Vous l’avez vu ? » je lui demande. « Euh, non… mais si c’est si bien… »

Il y a tant de bonheur à prendre dans les rapports entre les personnages, dans les regards, dans les attitudes, les paroles, dans les silences, les prises de vues, les couleurs, à suivre la rivière sous les arbres, la vie y semble si bonne, si simple, un idéal, certes… j’ai frissonné et c’était si bon…

Evidemment, ce n’est que mon avis, parfois des livres, des films, des chansons semblent être faits pour vous. Voilà, ce film il est fait pour moi. Et vous ? L’avez-vous vu ? Fredonniez-vous en sortant « comme un avion sans ailes » de Charlelie Couture ? Aviez-vous des rêves joyeux dans la tête, vos rêves joyeux en vous envolant un peu ?

 

Je vous confie la bande annonce, même si elle est loin d’être représentative de ce que j’ai ressenti…

 

 

 

 

Fondue déchainée

Je passais pas loin de l’Orangerie du Sénat au Jardin du Luxembourg. Les portes étaient ouvertes sur une exposition réunissant plusieurs artistes. D’emblée je fus séduite par le bronze de plus de deux mètres de haut qui accueille le public : Thésée et l’Amazone, sculpture monumentale de Christophe Charbonnel. Et puis qui dit Thésée dit un peu labyrinthe, là, je craque… surtout que qui dit Minotaure… dit que je vous suggère la lecture de L’enfant bleu d’Henry Bauchau… et mieux encore Oedipe sur la route et sa suite Antigone (à lire absolument), du même excellent monsieur Bauchau. Et en parlant d’Oedipe, je ne saurais trop vous conseiller les tableaux de Gustave Moreau et surtout si vous en avez l’occasion de visiter son musée à Paris…. sinon Freud… non, je suis plus jungienne que freudienne. Bon, d’accord, j’arrête mes digressions. 0715_591theseeAmazone

Dans la même expo, j’ai aimé la série des Alice de l’artiste peintre Ixia, pour le sujet (Alice au pays des merveilles me fait rêver depuis toujours, pas vous ?… par contre je m’étais un peu ennuyée avec le film de Tim Burton, même si j’aime son monde imaginaire, ses dessins, ses personnages (je crois que Johnny Depp m’énerve un peu, ça tombe mal puisque je vois tous les films de Tim), il y a d’ailleurs eu une superbe exposition à la cinémathèque de Paris sur Burton, si vous ne l’avez pas vue vous pouvez regretter… ça me fait penser que l’expo sur Pasolini était super intéressante aussi… je me souviens être allée dans un tout petit cinéma à Paris pour voir Carnet de notes pour une Orestie africaine, de Pasolini, un documentaire sur des repérages pour un film qui n’a jamais été tourné. A ce propos je ne sais pas pourquoi mais Pasolini me fait toujours penser au Caravage, en fait je crois que je sais pourquoi), aussi pour le dessin géométrique et le traitement de la couleur.

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Pour ceux qui seront en balade dans le coin ce week-end, cette exposition est ouverte jusqu’au 9 août.

Et en passante cette fois, puisque le ton sur ton dans la vitre attirait mon objectif, voici un autoportrait rouge sur rouge.

Avec une petite pensée pour deux autres autoportraitistes de vitres du moment Caroline et malyloup. 0715_603autopEcran

Livre y es-tu ? (petite récréation)

– Qu’on me donne un roman qui ne me tombe pas des mains. En ce moment, la fiction m’ennuie terrrriblement. Et pourtant, j’aimerais trouver un bon roman, renouer avec la littérature.

– Et puis, c’est l’été. La vadrouille. On selle sa monture et on enfourche les mots. Et au petit trot….

– Tu parles, c’est une affaire difficile, et il faut qu’elle le soit. L’usage n’est pas au farniente mais de s’armer d’une patience absolue pour traverser les premiers chapitres. Ils devront résister à mes assauts, ne pas décevoir, sous peine de me voir sauter d’un âne sur un autre.

– C’est la chaleur qui te fait bouillir la cervelle ?

– Je veux me battre, me faire cogner, rudoyer, griffer. Voilà ce que j’entends par lecture du roman. Régine Detambel a bien raison quand elle écrit dans son livre Les livres prennent soin de nous « … l’essentiel est tout de même d’être réveillé par un livre. » Et de citer Kafka : « On ne devrait lire que les livres qui nous mordent et nous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? […] un livre doit être la hache pour la mer gelée en nous. »

– Dis donc, si je compte le nombre de romans que tu as lus cette année, ce n’est plus d’une hache dont tu as besoin mais d’un brise-glace. Parce qu’à part des polars…

– C’est le calme plat, mer létale, les vents se sont perdus, on n’y vit plus. C’est désespérant. Où sont donc passés ces livres qui s’enroulaient comme des lianes autour mon imagination, me collaient tellement aux basques que j’avais envie de leur écrire dessus. Ça suintait tout partout là-dedans, je me sentais limoneuse, ensemencée, y avait un monde qui papotait. Tu vois, je voudrais un bon bouquin qui me transperce de part en part, qui prenne le risque d’être jeté contre le mur, avant que je le reprenne parce que je ne peux pas m’en passer. En ce moment, ceux que j’ouvre ne sont qu’ennui et ligature d’esprit. Est-ce que ça vient de moi ? J’en veux un qui me creusera, avec lequel je lutterai jusqu’au bout, un livre qui me fasse croire qu’il a été écrit pour moi.

– Un combat comme celui de l’ange avec Jacob ? Un crochet du droit, une estafilade, suant sang et eau. Par Saint-Sulpice, c’est le combat du siècle.

– « un amoncellement de millions de chocs », dixit Thomas Bernhard parlant de ses livres. Tout à fait ça. Une blessure non divine mais bien humaine, que je porterai comme une aube fertile où pousseront les fleurs de l’abondance.

– Manigance. Prudence. Extravagance. Effervescence et divergence. « Caniculance »

– Mon sang mêlé à l’encre, les phrases labourant ma chair dominée par l’espoir de tenir jusqu’à cet autre point du jour où la vie perlera portant les reflets de terres inexplorées.

– L’indiana Jones de la page retrouvée. Avec tous les livres que tu achètes, tu n’as que l’embarras du choix. Tu peux faire une liste de lect…

– Sûrement pas de liste ! Je ne les respecte jamais. Ce que je voudrais c’est choisir trois romans et voir si l’un d’entre eux… par affinité, faire un bout de chemin… Je n’arrive pas à choisir.

– D’accord, laisse-moi faire : Thomas Pynchon, tu connais déjà, c’est du bon et ça chante dans les pages. Tu avais aimé Contre-jour. Voilà V. M’étonnerait qu’il te déçoive celui-là. Ensuite… non pas celui-ci, on le garde pour plus tard.  Il y a quelques années que tu n’as pas lu Orhan Pamuk, tu dis toujours que tu vas y revenir, c’est le moment, tu n’as jamais ouvert Mon nom est Rouge. Et puis… et puis et puis… tiens, Sentinelles, de Cécile Wajsbrot, tu l’avais commencé, égaré sous d’autres livres.

– Il ne m’avait pas manqué.

– Il n’est pas gros, le sujet te va comme un gant. Recommence et termine-le. Tu as tes trois romans. Maintenant si tu veux des essais, garde ceux que tu as prévu de lire : Un été avec Baudelaire, d’Antoine Compagnon, Entre parenthèses, de ton cher Roberto Bolaño, et Gustave Flaubert, de Pierre-Marc de Biasi.

– Et on ajoute celui-là ! Du mariage considéré comme un des beaux-arts.

– Evidemment, Sollers !

– Non, Kristeva. Pour une fois que les deux sont réunis dans un même livre. Ah, et puis, celui-ci, Le dernier journal, d’Henri Bauchau, pour tout ce que le souvenir des livres de ce monsieur représente dans ma vie. Lui, c’est comme un ami qu’on visite…

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Ça, c’est ma bibliothèque, la nuit.

Schrödinger’s cat

C’était le titre d’un projet. Quelques ébauches, numérique, aquarelle, acrylique.

J’ai eu un chat, je l’ai gardé 20 ans. On ne sort pas d’une histoire de 20 années sans quelques douces séquelles. Je me désolais parce qu’il refusait de voir son image dans le miroir détournant la tête systématiquement malgré mes efforts « regarde c’est toi, regarde regarde ». Lui, c’était un fonceur, il était habile, débrouillard, vif, voleur, fugueur, un chat. Nous nous aimions, chacun à notre manière. Lui en chat et moi en évitant de faire trop d’anthropomorphisme. Et nous faisions de fabuleuses parties de boxe féline. J’étais le “maitre”, il le savait, et je savais le faire gagner. La partie s’arrêtait avant que le minet-doudou se transforme en fauve-Hulk. Alors il soupirait profondément, la patte posée sur ma main qui avait abandonné le combat. Fffrrron Je l’entends encore comme s’il était à côté de moi. Il nous arrivait de nous regarder longuement, nos questions s’entrechoquaient sans jamais se donner de réponse. Le soir, nous sombrions dans l’endormissement, truffe contre nez, puis je me retournais et il allait se coucher à mes pieds. Rituel de la nuit.. Mon chat voyait des fantômes, il en avait terriblement peur. Nous nous amusions à nous prendre en photos, enfin surtout moi, mais comme c’était l’époque où je faisais pas mal d’autoportraits, et qu’il était curieux, il s’immisçait entre l’appareil et moi, je finissais par le prendre comme sujet. Je crois que ça l’énervais un peu, il bougeait tout le temps. Mais ça m’allait, j’étais en pleine période de photos floues. L’instant n’existe pas dans une photo floue. Le mouvement y est perpétuel.

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Je ne sais plus si mon obsession pour le chat de Schrödinger, une histoire affreuse comme chacun sait, date d’avant ou après sa mort. Bien avant d’avoir un chat, je crois. Mais ce qui est récent, c’est que depuis que je dessine, j’enferme des chats dans des boites. Dans mes dessins, bien sûr. Et c’est là qu’entre en scène le livre de Philippe Forest dont je voulais vous parler, Le chat de Schrödinger, un roman bien tourné autour d’un chat qui survient dans le jardin d’une maison. Une histoire propice à une méditation sur l’existence.
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A mettre les chats dans des boites, chaque fois c’est moi qui me fait prendre. Le chat s’amuse à être mort/vivant et j’ajoute des boites, encore des boites, je découvre qu’il y a toujours une boite autour de la boite et même j’imagine la boite autour de moi hors du dessin. Morte ici, vivante là-bas. Mon vieux chat qui n’est plus là rirait bien de me voir me perdre au milieu des boites qu’il aimait tant. D’accord, il ne savait pas rire, j’ai pourtant bien essayer de lui apprendre, mais il a toujours gardé son air sérieux. Maintenant, j’ai construit un labyrinthe de boites. Les chats devraient adorer.

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(peintures acrylique sur cartons entoilés et peinture numérique)

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