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les oiseaux dans le bocal

ou comment les poissons rouges ont pris la clé des champs

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extraits de vy

Reportage inopiné

Je devais rester au sol. Mon mari m’avait dit : « tu pourras te balader, prendre des photos de trains, j’en ai pas pour longtemps ». C’était sur le chemin, alors j’avais répondu : « d’accord, j’aime les trains, je vais faire de super photos ».

D’abord on m’a mis un casque sur la tête qui ballotait désagréablement , ensuite un gilet orange. Bien. Et puis on m’a demandé mon sac à main parce qu’on ne peut pas monter avec un sac à main. « Monter ? »

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Cube 2 – L’oeuf

L’intime, cocon de soi, là où la paix développe l’âme et le coeur… yin et yang en harmonie pour une complétude en gestation permanente.

Ma dernière petite création.

cubeoeuf1116pfpeinture acrylique et aquarelle sur papier multi-techinques

Leur histoire

C’est parce qu’ils ont pris de l’importance pour moi depuis une dizaine d’années que j’ai envie de faire un article sur eux. Ils sont devenus omniprésents dans beaucoup de mes dessins composés. Que je les appelle mes Bonomes, diables ou lutins, connaitrai-je jamais leur véritable nom, ils fourmillent, rien ne les touche que le bonheur d’être, de se mouvoir, de danser, leur monde est déliquescent mais ils y sont sereins ignorant l’entropie, sans cesse renaissant, s’entraidant toujours dans la proximité, s’ignorant dans le lointain, ne se cherchant pas, ne se battant jamais. Qui sont-ils ? De quelle entité déchargée des notions du bien ou du mal émanent-ils ? Lire la suite

De la légèreté

vyenfant09J’ai retrouvé un vieux film que mon père avait fait de moi à neuf ans (merci à ma fille de l’avoir mis sur cd). C’était les vacances, une location à Thésée dans le Loir et Cher avec mes parents, mon cousin plus âgé que moi, ses parents, mon grand-père. Je me croyais invulnérable comme tous les enfants et j’avais beaucoup de mal à comprendre les effets des lois gravitationnelles. Je faisais facilement le pitre quand l’occasion m’était donnée et ce jour-là j’avais choisi le rebord de la fenêtre où je donnais un numéro de voltige, voir simultanément mon cousin rire et ma mère s’affoler ne manquait pas d’exciter le petit diable que je portais en moi. Je me souviens encore du visage et des cris de ma mère qui m’intimait de descendre… je me souviens des encouragements et des applaudissements de mon cousin… je suis descendue, certes, mais pas du bon côté, ma pauvre mère a longtemps parlé de la vision traumatisante de mes pieds qui basculaient dans le vide… ce qui me valut une fessée très méritée lorsqu’elle constata que j’étais toujours vivante, et une clavicule cassée, un évanouissement de ma tante, une dispute entre mes parents qui se renvoyaient ma désobéissance à la tête, et quelques gentillesses de la part de mon cousin qui avait reçu sa dose de reproches. Autant vous dire que je ne suis jamais remontée sur le bord d’une fenêtre… juste un peu sur les toits. Je vous rassure, je me suis beaucoup assagie depuis, un jour la peur est entrée dans ma vie et me l’a sûrement sauvée. Sur ces images de gif, je suis « dans » la cabane que je m’étais construite à l’aide de trois bâtons qui tenaient par compassion pour la gamine adorable que forcément j’étais et de quelques fougères pour faire le toit. Ma cabane, mon refuge… je me souviens combien j’étais satisfaite de ce toit éphémère. J’ai le sourire en écrivant ces mots parce que le lendemain j’affolais encore ma mère lorsqu’elle vit son éclopée de fille flottant dans un canot pneumatique au gonflement très incertain au milieu de la rivière qui nous emportait moi et mon cousin qui non seulement ne savait pas nager mais entrait en panique lorsqu’il était plongé dans l’eau.

Aujourd’hui, voilà que je me retrouve avec un autre toit « à moi ». « Ma » maison… il faudra que je m’habitue à ce pronom possessif qui risque de mmaison5553e posséder plus que je ne sais posséder les choses. Et j’ai la sensation qu’une page se tourne. Et que je me retrouve devant un cahier vierge. Une forêt intime à déflorer. Quelque chose qui m’a toujours échappée par décalage. Ma maison des feuilles… le coeur de mon labyrinthe… l’antre du Minotaure… tous mes essentiels, me restera à caser les miroirs, je ne me fais pas de soucis, ils se trouvent toujours une place pour me faire tanguer d’un côté ou de l’autre. Fichtre, je me passerais bien d’Ariane mais l’arachnide fileuse risque d’être difficile à déloger. En ce moment, je la trouve magnifique ma maison, un peu inhabitable, mais elle est sans contrainte, encore modelable, pleine de promesses, tout en lumière… elle est un peu ma fiancée secrète, mon nouvel amour… enfin, faut voir comment ira notre relation. J’ai l’impression de tenir une page en équilibre, je sais bien qu’elle va finir par tomber sur la gauche et que je vais voir ce qui se cache derrière. Le grand blanc à noircir, l’alpha et l’oméga, ma possibilité. Mon nouveau départ – il était déjà le sujet de ma nouvelle, L’îlot, toujours à lire en haut du blog, je devais emménager dans un studio au coeur d’une ville de bord de mer, à côté de ce drôle de voisin que j’avais croisé une fois et dont on m’avait dit qu’il était bizarre, j’avais aussitôt lu notre avenir possible dans les lignes de quelques cahiers volubiles. Tout est dans le possible. Je me traine un bagage d’amour d’une puissance inaltérable. Alors je sais que tout m’est possible. Peut-être ma maison est-elle un vaisseau… elle l’est. Aujourd’hui, je ne me sens pas différente d’hier si ce n’est que j’ai la sensation d’avoir égaré le mot rêve comme s’il m’était devenu inutile puisque dorénavant j’ai la sensation d’avoir atteint la réalité. Je vais la toucher, je vais l’explorer, je vais faire un pont entre l’enfant et l’adulte, une conversation infinie, ouvrir notre monde, le temps est une succession d’instants éternels passés et à venir et dans lesquels nous pouvons puiser infiniment. Je sens mes peurs s’envoler, et si, parce que je n’y vois plus d’intérêt, je ne monte plus sur les rebords de fenêtres, je ne monte plus aux arbres… il y a une force nouvelle qui s’éveille en moi. Je n’ai jamais autant eu l’impression de tenir mon avenir entre mes mains, et s’il me reste un rêve dans ma boîte pandoresque c’est que cette autre que j’envisage sache utiliser le je et m’étonne, ne cesse de m’étonner…

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Comme un rêve secret

« Il y a dans mon coeur une forêt inoubliable où monsieur rossignol chante avec ses amis… » qu’est-ce que je l’ai écoutée et chantée cette chanson quand j’étais grande comme trois pommes, le narrateur de l’histoire c’était Jean Rochefort, je n’ai jamais oublié… c’était il y a très longtemps mais aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir rejoint la petite histoire du livre. Est-ce ce qu’on appellerait un rêve ? un rêve secret, alors, parce que je ne crois pas avoir jamais eu de rêve à réaliser. Je prends les choses comme elles viennent, mais la vie me les offre parfois. Là, je crois qu’elle a fait fort.

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nettoyage de printemps

 

mon jardin (presque) idéal... connaissez-vous le crachat de lune ?
mon jardin (presque) idéal… connaissez-vous le crachat de lune ?

 

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la Centaure bicéphale, majestueuse, vous ne trouvez pas ?

Je cultive mon jardin (premier contact)

0316jardin5304Mettez-moi un sécateur entre les mains, vous verrez le résultat. Je traite le jardin abandonné comme une tignasse hirsute. Pour certains, c’est la première gorgée de bière qui leur procure un indéfinissable plaisir, pour moi c’est le premier coup de coupe. J’étais simplement partie à tailler ces trois pauvres rosiers qui s’effilochaient comme un sauve qui peut en débandade dans le petit bout de terre que je viens d’acquérir. Des rosiers sauvages, j’en ai connus quand j’étais petiote et que je partais à l’aventure dans un jardin abandonné près de ma cité. Ma bande de copains et moi, on entrait par un trou dans le grillage, on fouillait et on montait partout, et puis, je cueillais des roses délicatement odorantes (l’époque où les roses sentaient, où les tomates avaient du goût), c’était pour ma grand-mère pour me faire pardonner mes excentricités de gamine trop garçon manqué. Un jour par un étroit sillon dans le sol qui menait à une fosse on a vu un squelette, vrai de vrai, je m’en souviens comme si c’était hier, une vision qui ne s’oublie pas même si je n’avais que neuf ans, en fait il ne s’agissait que de la colonne vertébrale d’un homme… ou d’une femme (tiens, on n’a jamais pensé que ce pouvait être une femme). Cette découverte nous avait un peu effrayés, mais surtout très excités. On s’était dispersés, rentrés dans nos demeures HLM et promis de nous revoir le lendemain après l’école. Ma grand-mère est morte dans la nuit. Je ne me souviens plus que du trou qu’il y eut dans ma vie durant quelque temps. Quand je suis repassée devant le jardin, il n’existait plus, des engins de chantier l’avaient remplacé. Là, une petite chanson s’impose : « C’était un petit jardin qui sentait bon le bassin parisien… de grâce, monsieur le promoteur… ne coupez pas mes fleurs »… cette chanson, forcément elle me parle, elle me chante… Je n’aurais jamais pensé un jour avoir un jardin, et me voilà avec le sécateur à la main, nourrie de conseils internet. Car je m’étais renseignée pour ne pas faire du saccage sur la taille des rosiers, les remontants, les pas remontants, etc… ceux-là, c’étaient des dispersants, ils partaient dans tous les sens, je pensais y aller doucement, ne pas oser, bien que j’avais les images de coupes en tête…  ma main comme sur les têtes aimées auxquelles je coupe les cheveux, ma main, plus sûre d’elle que moi de moi, se positionne au plus court, et ch’ting ! ch’ting ! (suis pas très douée pour le bruitage, on le sait déjà). Et zut, l’un d’eux avait un tronc trop gros, je m’y suis reprise à deux fois comme une misère sans force pour trancher, sortir la lame engagée et recommencer… est-ce que les plantes souffrent ? Et voilà que je parle au rosier, que je lui dis que je suis désolée (on ne se moque pas, je rappelle que je n’ai jamais eu de jardin)… Je me suis rappelée ce que ma mère m’avait raconté de mon grand-père, quand il était encore vaillant avant que je le connaisse, il tuait net ses lapins de la main avec un coup derrière la tête, puis un jour il est allé trouver ma grand-mère tout désolé-penaud qu’il était : « Mélie (elle s’appelait Emilie), c’est fini je ne tuerai plus de lapins, je n’ai plus la force, il m’a fallu deux coups pour celui-là ». Terminé ! En même temps les rosiers je ne les ai pas tués, au contraire, les trois rosiers se retrouvent fort rafraichis juste au dessus du troisième oeil, coupe orientée pour qu’ils se développent harmonieusement. Ensuite… ensuite, toujours le sécateur à la main lorgnant ce jardin impénétrable où orties et mauvaises herbes se sont faits la part belle, j’ai coupé, arraché tiges mortes et envahissantes, pas touché aux orties, libéré les jonquilles… quant au petit plan d’eau tout recouvert de brindilles longues et mortes, j’ai commencé à arracher pour voir si je retrouvais la petite grenouille que j’y avais vu sauter il y a un an et demi lorsque nous avions visité les lieux. Pensez donc, elle avait dû repartir, j’arrachais donc et ça venait facilement, quand soudain j’entendis un gros coassement grave et interrogateur… si si interrogateur, je l’ai bien entendu ce point d’interrogation batracien. Alors je me mets à causer à cet être invisible enfoui sous le foisonnement végétal chaotique. Je commence par un « N’ai pas peur petit crapaud, je cherchais justement un prince charmant »… Arrête ton cirque ‘vy, tu as déjà un prince et un arbre totem, tu ne vas pas ajouter un crapaud à ta liste, et puis c’est peut-être la grenouille… c’est vrai, je reprends donc : « Tu as raison, reste dans ta peur des hommes, on sait jamais ce qui leur passe par la tête. Même de moi méfie-toi, monsieur Croapaud, t’sais la nature des hommes est parfois insaisissablement poreuse » J’ai pourtant l’intention d’en prendre soin de mon crapaud-grenouille. Peut-être qu’à force de me sentir, d’entendre ma voix si je fais bien le « coa » « coa », il finira par m’accorder une petite séance photo. En tout cas, il/elle est là et je me réjouis de la présence de Candide ou Cunégonde, l’histoire le dira peut-être.

Bon, je veux bien vous la mettre celle du flagrant délit de taille de rosier.0316bdcvy

La centaure bicéphale

Nous marchions tranquillement lorsque je l’ai vue de loin agiter ses grands bras, « Mais qu’elle est belle ! » ai-je murmuré. J’ai essayé de tenir mon coeur afin de l’empêcher de trop creuser ma poitrine à pleines pelletées d’exaltation, je me devais de la rejoindre, et te laisser un peu. Toi, tu m’attendrais et quand nous nous retrouverions tu me demanderais ce qui m’avait mise sous cet état d’urgence.  J’ai voulu détourner la femme centaure, j’ai cru qu’elle se prêtait à mon désir de la photographier, de toucher sa peau chaude et pleine, une robe un peu fripée enfilée par dessus les années ! Sensuelle, belle et fière, élégante, majestueuse, déesse à la croupe arrogante, concubine du ciel et de la terre. La rejoindre quitte à m’enfoncer les pieds dans la tourbe, à laisser les ronces déchirer mes vêtements et mes chairs en dessous que je sentais piquer,  brûler,  s’extasier. La caresser, sculpture en ronde-bosse de quelque artiste brut, danseuse du ventre, Salomé dénudée de ses six premiers voiles, incantatrice des hauts lieux, je la voulais sous toutes ses formes. Ouverte dans un appel aux dieux, elle faisait naitre en moi l’envie de danser quelque tango céleste… mais je ne suis qu’un homme, une femme, une création d’un jour, une passante éphémère que la grâce émerveille, une intruse fortement dissuadée par les attaques chaotiques des archers ronciers. C’est qu’ils me tirent dessus à bout portant, ces drôles ! Me voilà bien mal arrimée, je tire, je titube, je me sens tiraillée de droite de gauche, jusqu’au coup de traitrise, les chevilles enlacées et le haut du corps subitement libéré, la perte d’équilibre annoncée. Quitte à tomber autant le faire au mieux, accepter et concevoir la chute au ralenti. Toutefois, je me cramponne dans un dernier reflex inné et superflu à mon appareil photo. Me voilà en dérive de gauche, de droite, et bien tu l’as ton tango anarchique. Je tombe. Mais subitement et contre toute attente les lianes me relâchent,  pied tordu, corps vrillé, rien ne va plus encore en maladresse, mais l’espace se redresse, le temps m’immobilise à quelques centimètres du haut tronc dur et impassible. L’arbre centaure aux regards incertains, racines bien ancrées, me défie dans ce jeu ridicule où le premier qui bouge perd. J’ai perdu, je m’incline, offrant encore aux ronces mes déchirants adieux. C’est ainsi dépouillée d’une tenue correcte que j’ai marché vers toi mon amour.  Tu aurais pu me demander ce qui m’étais arrivé,  pourquoi cet état piteux déchiré échevelé, mais quand je suis entrée dans la voiture pour me glisser auprès de toi, que j’ai voulu te montrer les photos que je venais de faire,  tu m’as dit que toi aussi tu avais pris des photos, des photos de moi, comme des photos témoins, prise en flagrant délire au milieu de mes extravagantes liaisons. Toi, tu m’aimes encore trop, je t’ai dit, et j’ai vu dans tes yeux combien j’étais belle encore. Je t’ai dit que je serai bien ici. Et toi aussi avec toutes celles que je suis. Je n’avais pas envie de rentrer ni toi non plus je crois, alors nous nous sommes aimés comme deux amants affranchis du temps en errance sur les rives de notre nouveau monde. Au loin, je la voyais les bras levés priant les dieux peut-être de lui donner l’amour.

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Vous trouverez sur le même thème trois autres de mes textes : La nature de l’amour, Débauche de vie au paradis ou Ma dernière logeuse

La nature de l’amour

Une légende 230216filarbrepf2raconte qu’un arbre et une femme se sont aimés d’amour fou. Chaque nuit la femme sortait de sa maison telle une somnambule quittant son tendre amour pour s’en aller retrouver son amant lignifié, un grand charme bien âgé néanmoins vigoureux. Un lierre ami et complice qui protégeait le vieil enraciné des froidures de l’hiver s’enroulait délicatement mais non moins fermement autour de l’ampleur charnelle de l’audacieuse femelle, lui élaguant le corps des tissus synthétiques et l’offrant ainsi desquamée à son ami le charme. Part à deux dans les yeux de la belle qui emplissait ses sens de leurs profonds soupirs. Mais bien vite le lierre prit du recul quand il sentit entre l’arbre et la femme naitre une attirance fébrile. Chaque nuit elle dansait tant et tant pour son charme qu’au petit matin, on avait bien du mal à les dissocier. Le lierre débrouillait la chevelure de l’une et rendait à l’autre, l’ami très mâle à point, l’écorce dont celui-ci avait tendance à consteller la sylphide ondoyante. Cette ronde d’amour dura près d’un siècle jusqu’au jour où le lierre lassé de leurs ébats ne les sépara point mais au contraire laissa aller sa nature à les lier à jamais consacrant ainsi les amants de la forêt dans un cocktail de sang et de sève pour une nuit d’amour éternelle résonnant des murmures des lianes, feuilles, herbacées de passage qui laissaient volontiers se répandre en l’âme de la forêt de vibrantes rumeurs.

Un jour, déjà adulte, j’ai croisé dans ma ville un arbre vêtu de l’obscurité lisse des fins de vie, très tortueux, tout mort un peu. Cet arbre m’a subitement ramenée à l’enfance, il ressemblait aux dessins que je passais mon temps à détailler jusqu’à en user les traits dans le livret-disque de mon histoire préférée, le petit chaperon rouge. Le dessinateur avait donné au loup famélique une ressemblance avec l’arbre mis à nu de l’hiver (pas comme mon loup ci-contre, qui a revêtu sa peau de gentlewolf). En grandissant,02164373chaperonrougepf trainant mes frasques de velours de cages d’escalier en caniveaux où ne poussait rien d’autre que nous-mêmes, gamins des cités, un peu cheftaine de bande, jouant davantage du bitume que de la chlorophylle, sauf à mâcher, j’avais laissé derrière moi loup et chaperon rouge,  jusqu’à ce fameux jour où l’arbre a capturé mon regard près d’une station service. Durant des années, il a trainé sa mort paisible ouvrant grand les portes sur mes douceurs enfantines. Chaque fois que je passais devant lui, nous nous faisions un signe invisible et nous remontions le temps d’une chaleur antérieure. Jusqu’à ce que l’homme voie en lui un objet à détruire. Mon loup, mon arbre, mon enfance furent tailladés à la tronçonneuse et jetés en pâture à l’oubli déjectable. Si aujourd’hui je me souviens, c’est que d’ici quelques heures, je vais, d’une sève exaltée, ancrer mon accord, et semer au plus fertile de mes labyrinthes oniriques. D’ici peu mes fantômes me rejoindront pour que je leur conte des histoires comme lorsque j’étais déjà grande enfant, que je nous faisais peur la nuit en orchestrant les grands frissons sur les rives de nos mondes dont les murs s’effaçaient devant l’innommable et que nous nous retrouvions à la merci de bien pire que les loups. Un love crash sidéral. Nous qui avons vécu cela… alors, oui, je m’en irai vivre la forêt, me délestant de toute empreinte de prédation, afin de ne pas effrayer loups, arbres ou écureuils. Petit lierre m’accompagne… Loin de moi l’idée de vivre un fol amour avec l’arbre de mes rêves, puisque le tendre m’accomplit et que je ne suis ni un être de légende ni une sorcière en mal de sabbat, mais une personne très réfléchie, réfléchie… réfléchie… alors nous chercherons celui dont le coeur s’accordera au notre, et quand nous le trouverons ou qu’il me désignera, nous veillerons en notre approche un peu friponne à lui demander humblement l’autorisation, avant de faire méli-mélo de nos essences respectives.

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Une magnifique photo illustre fort bien la légende de la femme et de l’arbre en amour, à voir sur La vibration des dissonances.

Cet écrit est à mettre en parallèle avec deux autres de mes textes : Débauche de vie au paradis ou encore Ma dernière logeuse

Et une petite info : histoire d’y voir un peu plus clair dans l’imbroglio du blog, j’ai mis en ligne une page où vous retrouverez tous les articles que j’ai commis ici sur les expositions que j’ai visitées. C’est sous le titre du blog : EXPOSITIONS au fil des mois.

Explosion de la rate

Les yeux fermés, il aurait mieux valu que je garde les yeux fermés. Il aurait carrément mieux valu que YueM1j’évite la méditation ce jour-là. J’essayais de me concentrer dans cette méditation à deux, chakra du coeur, ouverture, silence densité d’en l’autre percevoir donner… mais à part une douleur dans le bras qui fatigue d’être levé, et dans les côtes où l’autre,  justement, appuie trop fort, je sentais mon temporel en dispersion, l’instant présent s’abandonnant oisivement à l’instant futur (restaurant, musées), et je croyais me soulager lorsque l’exercice me parut arriver à son terme. Mais nous n’en étions qu’à la moitié car deux mains nous avons, « aujourd’hui, puisque c’est le dernier jour avant les vacances, ça va être du plaisir » avait dit le prof. J’ai le plaisir en goguette, et j’avais beau y mettre une certaine volonté, que nenni, passons sur la fatigue, passons sur la douleur mais si tu pouvais juste appuyer un peu moins fort… Lorsqu’enfin l’exercice prit fin, et qu’il nous fallut ouvrir les yeux et plonger son regard dans celui qui nous faisait face, juste l’infime instant qui précéda l’ouverture des paupières,  je l’ai senti monter, irrésistiblement, j’ai évoqué l’idée de le maitriser, de me cramponner à mon air le plus sérieux derrière le voile détendu de mon visage, il montait tel un magma dans la cheminée du volcan, et aucun froncement des sourcils, aucune crispation des mâchoires ne pouvaient plus colmater la ferveur du puissant jaillissement… toute peine perdue, dès que nos yeux se sont croisés les vannes ont lâché et je suis partie dans un fou rire irrépressible. Pire, je sentais l’éclat de rire monter, de l’art et la manière de crever l’écran méditatif qui s’était déposé dans notre maitrise du calme. Du cercle rompu je suis l’initiatrice. Le souffle m’abandonnait, je pouffais, je couinais, je n’arrivais pas le moins du monde à enrayer ces bruits de retenues inefficaces. Et mon binôme en face qui me souriait tant et plus mais sans toutefois succomber au mal qui me secouait, de me voir en ses yeux amusés m’excitait de plus belle les zygomatiques.  J’étais dans l’épreuve de la solitude du rieur abscons. Et le calme des autres, cette plénitude que je perturbais me donnaient toujours plus envie de rire. Je me faisais martyr dans l’éternité d’une dilatation de la rate jusqu’à ce que le prof nous libère…  et que mon rire ne trouve plus de quoi s’alimenter. Je m’excusais auprès de A., « non, t’étais marrante, ça arrive » et de me rassurer en me prenant dans ses bras, et le prof qui nous dit « mais oui, faites vous des câlins, c’est bien, ça ». Ah, c’est bien la méditation, on nous apprend : si vous entendez un bruit, ne vous y accrochez pas, laissez-le passer. Peut-être que personne…
Toutefois je crains que ça recommence une fois prochaine, je pourrais alors refuser catégoriquement d’ouvrir les yeux… ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre… garder les sens a l’intérieur comme gardien du serial rieur… Non mais sérieusement, est-ce que l’un d’entre vous connait un truc pour enrayer ce fou rire qui submerge toute volonté.

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Yue Minjun (Paris Art Fair)

Insomnie logorrhéique

J’ai commencé à faire de l’haïku sur image il y a quelques jours, n’ayant pas vraiment d’inspiration, j’ai laissé reposer. Et puis, cette nuit, le sommeil terrassé par un très vulgaire rhume, voilà que les mots se mettent à tourner, et ils parlent, ils contestent, il me lancent des souvenirs que je veux ignorer. On pourrait presque s’écrire une histoire, une cage un lit une femme un homme… stop ! mes délires sont un peu glauques parfois quand je suis en manque de souffle. J’allume, et je vois trois petits mots qui me sortent de la peau, ils me tirent, « viens on va s’amuser », je veux dormir, moi. Ne jamais céder aux mots, ils ne savent pas s’arrêter. J’essaie de m’endormir, kss kss, hein ? d’accord je note, pas de papier, un livre fera l’affaire, j’éteins, tss tss blabla, ça cause, ça n’arrête pas de causer… j’allume, je cherche mon crayon, je corrige, je tousse, j’enfièvre, je trépense… le matin finira par arriver… quelques photos déjà prises et d’autres fraiches du matin, mots et images trouvent un arrangement. Je partage et je m’en vais remettre mes idées à l’endroit. Vous me direz ?

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Comme un avion – un film, comme une grâce

CommeunavionUne fois n’est pas coutume. Je parle rarement de cinéma sur ce blog et je pensais ne jamais en reparler. Mais là, j’ai envie de laisser fleurir la spontanéité, j’ai envie de vous donner envie d’aller voir ce film dans une salle si ce n’est déjà fait. Aujourd’hui, j’ai profité du festival cinéma Télérama… un pass, 3,50 euros la place pendant une semaine dans certains cinémas de quartier.

Vous parler de ce film parce que je le classerais dans les comédies utiles et nécessaires.  C’est un hymne à la liberté, un film d’amours, un trou dans l’espace-temps, j’y ai été heureuse, émerveillée… on peut dire ça, même si quand ça vous touche comme ça, tout devient tellement subjectif qu’il vaut mieux garder ses impressions pour soi. Voilà ce que je me disais, en dedans de moi, à moi-même, jusqu’à une quarantaine de minutes après la fin du film, alors que je me retrouvais en train de patienter dans une file d’attente devant le même cinéma où les gens se gelaient grave, essayant de se réchauffer avec des mots, des plaisanteries qui se figeaient sur les visages avant d’avoir atteint la zone cérébrale de la compréhension. Comment en suis-je venu à clamer haut et fort que ce film était un pur bonheur ? J’ai essayé malgré tout de doser mes mots. Un monsieur devant moi a objecté, « C’est très exagéré, Télérama en fait l’éloge mais c’est juste bien, sans plus, c’est un film sur les petits moments de bonheur… ». Ah mais est-ce que j’ai une tête de Télérama ? je n’ai même pas lu la critique. Je n’ai jamais raté une mayonnaise alors quand quelque chose me plait, ça monte en moi, ça monte en amour et faut que ça déferle. Je parle à l’homme de poésie, de liberté… « ce film, il m’a fait frissonner tout de même ». Frissonner, voilà un mot qui n’agit pas à la légère, l’homme baisse la garde, il tente de m’embarquer sur l’histoire du Champo (cinéma devant lequel nous nous trouvons). Mais c’est trop tard, je le tiens, je mords, j’en rajoute. Il me dit alors l’avoir vu en dvd. Ah bien voilà que j’lui assure, fallait pas le voir sur un petit écran, ce film il mérite d’être vu en grand. La femme derrière moi, me dit timidement en me désignant l’homme de la tête d’un air de reproche « et puis les goûts et les couleurs, heureusement qu’il en faut pour tout le monde ». « Vous l’avez vu ? » je lui demande. « Euh, non… mais si c’est si bien… »

Il y a tant de bonheur à prendre dans les rapports entre les personnages, dans les regards, dans les attitudes, les paroles, dans les silences, les prises de vues, les couleurs, à suivre la rivière sous les arbres, la vie y semble si bonne, si simple, un idéal, certes… j’ai frissonné et c’était si bon…

Evidemment, ce n’est que mon avis, parfois des livres, des films, des chansons semblent être faits pour vous. Voilà, ce film il est fait pour moi. Et vous ? L’avez-vous vu ? Fredonniez-vous en sortant « comme un avion sans ailes » de Charlelie Couture ? Aviez-vous des rêves joyeux dans la tête, vos rêves joyeux en vous envolant un peu ?

 

Je vous confie la bande annonce, même si elle est loin d’être représentative de ce que j’ai ressenti…

 

 

 

 

Attention, page bruyante !

bouilleOeil7Ce pourrait être après une chubouilleOeil-5te de mots, l’esprit dans l’escalier qui s’est laissé aller, par abandon ou volonté d’abstinence, une remise par niveau, un entrelacement de dérives qui peu à peu t’ont éloignée de ce qu’ils appellent la raison. Touchée-coulée, tu joues, tu jongles, tu dérapes et les mots balbutient leur incompétence avant de prendre la fuite. Casser l’image te parle. C’est pas que je l’aime pas la fille qui te sert de modèle pour mes expériences, mais je lui couperais bien le sifflet de temps à autre. J’ai la tête en déformation, tout s’égare, s’éparpille, les poissons vadrouillent, les oiseaux jettent du lest, le bocal perd de l’altitude. J’ai du bruit entre les lignes comme des petits grains de poussière jetés sur le revers des mots. Pourtant, je m’exercise,  je me vide de mes turbulences,  j’avale le silence et je crie simultanément. Gobant et m’envolant, parfois mon mutisme bocalise et je bulle de navritude… Oups ! j’vous dis, j’ai la tête à l’envers, mon langage s’époumone, l’ambiance est au silence pressurisant. Mais que l’image se taise !

bouillevy2Une effraction, un vol à la tire-moi de cet au-delà, et voilà qu’on s’espère encore à écrire comme pour ne pas tout arrêter, se faire croire qu’on s’y fait prendre sur le vif de dessiner le chemin pour ne pas le perdre. Les mots vidés de la substance qui devrait les relier aux pensées, les souvenirs se taisent pour ne plus faire ruisseler les émotions, buccale invective, le souffle cogne et ton âme chavire. Tu nous enrhumes avec tes courants d’air de fariboles. Je m’enroule, m’enrobe, me griottise à l’ivresse des rives à venir, je me dis qu’il restera toujours un petit orifice qui laissera passer les sons la lumière et les rêves. Mon charnel tailladé par tous ces bris de verre à l’entour comme des simulacres échoués de bouteilles à la mer lancées par le fragment d’un monde en étourdissement. Le conditionnel n’est pas de mise ici, il est inutile de se boucher les oreilles, tu sais que le son vient de l’intérieur. Il suffit d’un écart, il suffit d’un infime dérèglement pour briser une perception.

Le brouhaha des pensées est plus effrayant que le grincement des mots rouillés, fourvoyés, noyés par les suintements des doutebouillevysatures qui m’ensongent au gré des simulations.  L’horrible son tente de se frayer un chemin dans l’épave fracassée de nos réalités.  Il me suffirait pourtant d’en sortir un de cette absence que les autres aussitôt nous feraient lever l’ancre et repeindraient le décor en pays des merveilles. A un fragment de seconde près, l’histoire apparait différente. De l’ignorance ne nait aucun ailleurs où tu pourrais te réfugier, seulement des tentations. Tenteras-tu ? Essaie encore… Saisiras-tu les bords de la question avant de t’endormir dans les chimères de la tranquillité ?

Il suffirait d’un mot, un seul, un seuil, tu promets ce sera le dernier, le bon, le juste, celui qui crèvera l’écran d’opacité, qui remontera le fil à l’envers, te redressera, fera de la chute une ascension.

Mais qui parle au juste ? Qui agite le shaker des désirs ? Qui gagnera au jeu de la vérité du mot ou de l’image ?

…maintenant chut.

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