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les oiseaux dans le bocal

ou comment les poissons rouges ont pris la clé des champs

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extraits de vy

Débauche de vie au paradis

B-P1090337Ensuite, en suite… ce serait un début, pas une fin, un peu quand même, tu t’y vois… sans les musées… sans le bitume… sans le métro… sans la promiscuité autre que celle des arbres… dis, tu t’y vois ? le paradis… Géricault a peint Le radeau de la méduse, tu te souviens qu’il s’était enfermé des semaines avec des cadavres pour en capter le vif, être au plus près de l’histoire vraie, Delacroix, lui, il t’a montré Dante et Virgile debout dedans leur barque voguant sur l’Archéon dans leur traversée des Enfers…  tu t’y vois au paradis, dis ? Ton corps bouffé par le manque et l’esprit s’accrochant à la main du destin… chut ma voix, chut… ton cerveau est en phase de réaménagement, ça formate, ça nettoie les cookies d’addiction, installe de nouveaux programmes, toute une merveilleuse chimie opère, tu es la reine de la manipulation synaptique, tu t’fais une nouvelle ‘vy. Et puis la mer est là tu te dis, tu l’entends faire frire les galets roulés, sa puissance enivrante, ce pourrait bien être toi entre ses mains de jardinière labourant la surface de la réalité… tu t’y vois… le Paradis… non… juste le paradis, sans majuscule, sinon, je me débine, tu penses… Et puis tu te dis, rien n’est fait encore, encore faut-il tremper ta plume dans le sang nouveau pour que l’ami Pierrot t’ouvre les portes. Monsieur Saint-Pierre, il te la baille belle avec ses clés en suspension au-dessus de ton âme et sa main tendue.  Ton âme, justement, t’y mets une condition suspensive, jamais tu ne te risquerais au paradis sans tes amis démons, bien plus sympa que toute la bande des anges & co. Encore que, faut voir, mais tu n’oublies pas la blessure que ceux-ci peuvent infliger alors que les démons, ma foi, resteront à jamais la preuve de ton humanité en équilibre précaire sur le fil de tes errances. Bohémienne, les arbres t’aimeront. On te l’a assuré. Pourquoi m’aimeraient-ils ? Parce que l’amour. En attendant, ce n’est ni enfer ni paradis, juste des harmonies ou des désaccords stimulants. Un lâcher-prise qui t’étonne, ton coeur a cessé de battre la chamade, l’oeil du cyclone ? tu guettes, tu épies le moindre frémissement qui peut ruer en toi avant de déferler et d’emporter toutes tes résolutions d’humilité, d’abnégation, d’oubli de ta nature contre une autre nature que tu ne connais pas encore, tu ne vois que pétales fragiles face à la tempête qui pourrait t’enflammer. cise-vagueredUn claquement de doigts, un simple claquement de doigts suffirait pour allumer la mèche, imploser en toi le calme, la paix, la joie. Mais qui claquerait des doigts pour te réveiller, alors que ceci n’est pas un rêve. Tu te dis qu’il a déjà hurlé ce NON en toi, tu penses que tu es arrivée à un point de non retour et que tu as modelé ton esprit et que jamais il ne reviendra sur la question. La question… on l’utilisait antan pour pilonner les diables innocents de fautes imaginaires. C’était ça l’enfer. Aussi ça. Là, ce n’est qu’un sommeil, une attente, un petit purgatoire. Tu attends sagement dans un hall de gare romanesque qu’on écrive la suite de ton histoire, que la page se tourne, que le livre brûle du désir de faire de toi son héroïne. Fille de papier mâché, tu attends le moment pour t’emparer du crayon et n’en faire qu’à ta guise. Tais-toi, ma voix, tais-toi… Du moment qu’on ne te promet pas l’éternité,  tout rêve en toi s’oublie et glisse sur les parois lisses de ton insouciance éveillée. N’oublie pas, le paradis serait proche de l’enfer si tu te mettais à bayer aux anges et croire que tout s’arrête ici. Rien ne se ferme, jamais, tout se rassemble. Tu pourrais bien un jour te trainer à leurs pieds avec la pancarte « heureuse débauchée » et tu les ferais danser les anges. Justement, parce que l’amour.

Je les ferais danser… le paradis n’est pas la mort. La mer me sépare de l’enfer et je me sentirais pousser une queue avant que de devenir un ange. Entre les écailles et les plumes, l’apnée ou l’envol, je créerai une terre de vie. Je le ferai, tu verras. Le parafer, il est sur terre. Et je m’y vois…

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Cet article peut -être relié à Ma dernière logeuse

7 pleasures – de la sexualité

(appuyez sur ‘play’ ci-dessus pour entendre le son)

J’étais arrivée à l’avance pour être au plus près de la scène. La file d’attente s’allongeait. Lorsque nous sommes entrés dans la grande salle de spectacle du Centre Pompidou, le rythme du tambour s’est emparé de nos peaux.

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Le Centre Pompidou s’est paré d’une grande affiche illustrée au titre de Liberté j’écris ton nom.

Je me suis assise au deuxième rang, à seulement quelques mètres de la scène. Le rythme de la percussion s’accélère au fur et à mesure que la salle se remplit.

Soudain une femme se lève au premier rang, elle se déshabille,  l’homme derrière moi, laisse ses vêtements sur son siège, ils sont bientôt douze, sept femmes, cinq hommes à s’extraire du public et entrer sur scène.  L’une d’entre eux se couche sur un fauteuil, les autres forment un amas de corps pyramidal souple et moelleux au fond de la scène.  Les corps sont indissociables les uns des autres.

Les percussions s’arrêtent, silence et immobilité.

La masse charnelle proche de l’animal se déplace comme une sorte d’entité rampante et voluptueuse roulant sur elle-même très lentement et va rejoindre la partie manquante épandue sur le fauteuil.  Les obstacles sur son parcours (canapé, table) sont comme absorbés par la forme qui continue sa progression toujours avec la même lenteur, la même extraordinaire souplesse. Extrême ralenti, c’est beau, humide, sensuel. On dirait une vague charnelle, ça n’a plus rien d’humain, ce déplacement dans le silence est juste magnifique.
Pendant une heure trente, les danseurs conduits par la chorégraphe danoise Mette Ingvartsen, vont nous transporter dans un continuum dédié à la sexualité.

Subitement un des danscène du spectacle seurs s’agite,  son corps est secoué de toute part, violemment, les percussions reprennent,  les autres corps vont suivre, se mettre dans un état vibratoire intense. Est-ce moi ou les autres spectateurs sont-ils possédés eux aussi ? Ça bouge, je me sens emportée, j’ai du mal à ne pas me secouer moi aussi, je sens le bas de mon corps vibrer, le tambour, les danseurs, ils m’entraînent, longuement, la scène se prolonge, c’est douloureux, c’est jouissif, et ça ne s’arrête pas, ils sont en transe, entrainant le spectateur dans leur jeu…je jette un oeil à mon voisin… impossible que je sois la seule a ressentir ces effets. Et ça dure, ça dure… on veut que ça s’arrête et que ça continue, se remplir encore de la vision des corps que nous assimilons au notre par quelque pouvoir hypnotique. Ils sont en nous.

Des scènes très fortes, d’autres plus interrogatives se succèdent. Il y aura des moments sans équivoque de plaisir, de jouissance heureuse, de découverte, de domination, d’humiliation,  on essaie de s’y retrouver, de donner un sens à ce qu’on voit, et puis on lâche tout et on se laisse simplement emporter.

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aquarelle faite d’après photo spectacle Mette Ingvartsen

La scène finale est très puissante aussi. Elle commence sur un canapé, des corps nus de dos ont été placés par des corps rhabillés. Un bruit de gorge se fait entendre, suivi par un autre alors que la percussion reprend,  puis toutes les gorges vont exprimer un son en rythme, en décalage, bouches ouvertes, bouches fermés, des cris. De l’animal rampant du début, il ne reste rien, les danseurs sont debout à quelques mètres de nous, ils nous défient du regard, ils s’avancent plus près encore, enjambent les sièges,  grimpent parmi le public lui lançant leurs multitude sonore comme une provocation, ou un encouragement, allez savoir ce que vous ressentez face a l’animalité que vous absorbez avec jubilation. Car c’est à la fois insoutenable et délectable.
Noir.
Ils furent puissamment applaudis par un public rayonnant d’enthousiasme, ces corps ruisselant de sueurs, ces visages parfois décomposés par la  fatigue de nous avoir tant donné.

Avant de reprendre le métro, nous finissons la soirée dans une crêperie devant la fontaine Stravinski, il fait encore bon ce soir à Paris, les terrasses que nous longeons sont joyeusement sonores. C’est bon la vie.

*

Je me suis essayée à faire des aquarelles d’après une photo d’un des spectacles de Mette Ingvartsen – j’ai utilisé différents papiers, dans la première j’utilise de l’aquarelle en tube (avec plus d’eau), dans la seconde de la peinture en godets. Je ne maitrise pas bien les techniques, je tâtonne, je fais des essais. Pour la photo, elle est ici : https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-54b65a7f86a1396e345bf98e24cd280&param.idSource=FR_E-54b65a7f86a1396e345bf98e24cd280

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Les visages

Ici d’habitude le monde s’écrase, se faufile, se dispute, se rit de la fraternité, ici, le quotidien veut que l’homme ne soit plus qu’un objet mis en boite, ici, c’est à 18h20 le flux et le reflux à la fois, ici, Strasbourg Saint-Denis jusqu’à la gare du Nord, entrer dans la rame est toujours un challenge, un compactage, une déshumanisation, une absurdité. Ici hier le vide ou presque on entre sans se presser on pourrait même s’asseoir il y a de la place suffirait d’y penser, mais ce sont les visages… les visages où les pensées se puisent.  Je regarde leurs gestes remaniés au ralenti comme une immensité à conquérir. L’air d’un rien, aux abords de nos corps, le souffle de la vie, un don de vous à moi. Une amplitude, une écriture du temps. En moi, vous êtes, infiniment. Vous êtes ma solitude colorée des rivages de l’autre, le souvenir d’un “je vous aime”, un instantané capturé sur l’extase d’une rencontre. Un murmure, vos gestes, un murmure de l’enchantement suspendu au bord de mes dérives. Je ne bouge pas, que le coeur, que le sang. Je vous bois, je vous goûte, je vous croque à dessein de vous aimer encore. Dans les confins de vous, je nous mélange. Vous êtes ce mouvement, la source de mon souffle… J’ai cueilli des regards, vos visages étaient beaux. J’aurais pu dire sans mot, sans maux aurais-je préféré. La nuit parfois nous illumine.

T’as mangé quoi, à midi ?

SD181115b14h, je fais un nouvel essai. Cette fois, la voie est libre. Libre. Je remonte, je prends ma carte d’identité, mon téléphone, et je pars reprendre possession de ma ville. Besoin de marcher, de sortir, de me sentir là.

Des hommes sortent aussi, mais peu de femmes. Je veux simplement marcher pour desserrer l’en-moi. constater que tout est comme avant. Entendre l’écho de la ville.

On se croirait un dimanche après-midi quand la ville dort.

Au loin, je vois un flot humain descendre vers moi. Des journalistes. Je bifurque et remonte à contre-courant jusqu’à « la rue ». Attroupement, je ne fais en général pas partie des curieux, mais là… étrange sensation d’absence d’agressivité autour de moi, je sors mon vieux téléphone et je…  On vit avec un point d’interrogation qui nous regarde autant qu’on essaie d’en faire le tour.

Mon immeuble était un espace de silence. Tout le monde devait être à bord, mais rien ne le laissait supposer. Je suis sortie, personne, j’ai descendu le grand escalier, personne. J’ai regardé dans les rues, un homme en uniforme intimait à un automobiliste de retourner au garage. Il ne m’a pas vue. J’ai fait marche arrière, j’ai regardé autour de moi, c’est là que soudain, le vertige du vide m’a surprise. Alors je suis remontée, l’attente m’a embrassée, ficelée, injecté son sérum de passivité.

Je n’ai rien entendu que des explosions et des tirs et les voix de mes proches qui me téléphonaient et les cliquetis du clavier qui donnaient des nouvelles aux amies. Et le soleil qui brillait. Je me souviens m’être levée ce matin, avoir pris une douche en me disant qu’il faudra peut-être partir et qu’il fallait se tenir prêt, mais ensuite, j’ai un doute, peut-être que rien n’est vrai dans tout cela ? Alors j’ai pris des photos. Toute ressemblance avec des faits ou des personnes ne serait que pure coïncidence…

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Vision panoramique

Après avoir longuement hésité, de peur qu’il me prenne pour une follette, je lui dis, « j’ai vu de la lumière, comme une radio de ton coeur, des fulgurances lumineuses, plusieurs fois ». Il me répond en acquiesçant, « Je t’ai scannée, j’ai scanné ton corps entièrement, pour voir comment tu vas. » Un ange passe. Il me regarde avec un sourire généreux. « Et alors, comment ça va là-dedans ? », je lui demande. Il éclate de rire devant mon air hésitant (craintif ? dubitatif ?) : « Tout va très bien ». Ouf !

Lui, c’est mon prof de méditation. Chaque jeudi je me félicite d’avoir choisi son cours, il nous donne tellement. Une heure trente de bonheur, de découverte, d’approfondissement, d’étonnement… Il nous parle, hier, beaucoup, de l’être à l’écoute du monde qui nous entoure, c’est passionnant. L’ouverture, l’empathie.

La méditation se faisait à deux, hier. « Aujourd’hui, on va faire des tests », nous a-t-il dit.  Je m’étais d’abord retrouvée avec une jeune femme. Assises en tailleur, genoux contre genoux, mains dans les mains, les yeux fermés, concentrées sur le coeur de l’autre. J’avais les mains très chaudes, elle très froides. « Tu vas me réchauffer », m’a-t-elle dit. A la fin du cours, elle reviendra vers moi toute souriante : « il faut quand même que je te dise, pendant qu’on méditait toutes les deux, d’un coup, tu m’as donné un grand sourire, je l’ai senti monter, ça m’a fait beaucoup de bien, je voulais que tu le saches ». Moi, j’étais contente de sa confidence, parce que j’avais ressenti la lumière avec mon prof, et un peu avec elle (comme une approche, un étonnement) et rien du tout avec deux autres femmes.

Il m’a scannée… je lui dis que je pratique parfois une sorte de vision panoramique, depuis très longtemps, c’est inné chez moi, tout voir sans fixer le regard sur rien, je me laisse pénétrer par ce qui m’entoure, mais comme ça, pour m’amuser. Je lui dis aussi que parfois je trouve tous les gens très beaux dans le métro. Nous parlons encore… Il me dit aussi de faire attention, que je ne dois pas me sentir responsable des souffrances que les autres portent. Que lit-il en moi ?

J’aime ce cours, et que nous ne soyons qu’en novembre, tous ces cours encore où je vais tant apprendre. Il nous dit qu’au début on médite pour soi, mais qu’avec la pratique, on finit par ne plus méditer pour soi-même mais pour les autres. C’est la même chose. Alors, l’ouverture est totale. J’y arriverai, j’en suis certaine, rien d’autre ne me tient plus à coeur, et ce depuis longtemps, et depuis quatre ans que je pratique le qi gong ou les arts martiaux internes comme le tai chi, la méditation me semble un aboutissement.

Ce matin, je me suis mise en vision panoramique dans la rue, comme mon prof nous l’a appris. Au début, j’ai cru tout voir, mais à force d’avancer, je me suis rendue compte que c’était les mouvements que je voyais, le monde en mouvement comme une houle, alors que je regardais le sol, tout ce qui était immobile n’était que décor que ma vision ne prenait pas en compte ou très peu. Mais aussi, et ça mon prof n’en a pas parlé, c’est que les sons m’arrivaient différemment, et de loin et de tous côtés, mais surtout que j’entendais chaque son distinctement et non plus fondu dans un brouhaha. C’est d’ailleurs le son qui m’a prévenu qu’une voiture arrivait à vive allure alors que je m’apprêtais à traverser la route. Ce que mon prof n’a pas dit non plus, c’est la sensation de nausée que j’ai senti monter. Faudra que je lui en parle, en attendant je vais continuer mes essais..

Ce cours, c’est du pur bonheur.

Chut sur les mots, le dessin rapplique.

Un projet se dessine la nuit dans ma tête et m’empêche dormir. J’essaie de graver les images qui m’apparaissent et qui défient ma mémoire. J’ai certainement l’air très bête dans ma nuit, n’osant pas bouger de peur de faire fuir les images. Même prendre un crayon pour les noter ou les dessiner peut me faire basculer dans la brume. Alors, je respire à peine, et j’essaie de fixer mes idées, les répétant inlassablement, ce qui en fait naitre d’autres que j’essaie d’ajouter aux premières qui deviennent un peu floues. Je reprends en me concentrant comme mon prof de méditation nous le fait faire, on imite les mouvements du prof qui nous désigne tour à tour pour dire le prénom des personnes qui nous entourent et que nous ne connaissions pas en entrant dans le cours, et ce dans un ordre différent de la personne qui est passée avant nous. Oh que je n’aime pas ces exercices de mémoire, mais je me surprends à n’être pas mauvaise et deux semaines plus tard avec un seul exercice, j’ai retenu presque tous les prénoms qui correspondant aux visages.

Et voilà, je parle, je parle, alors que je veux laisser moins de place aux mots afin qu’ils ne viennent pas gêner mon projet.

Je voudrais développer une série de dessins, croquis, puis passer à l’aquarelle (depuis le temps que j’ai envie), et peut-être aux techniques mixtes (ça, j’ai déjà essayé… j’aime travailler la matière, mais le résultat n’est pas toujours ce que j’imaginais au début). Le but c’est surtout d’avancer et de prendre du plaisir.

Voilà l’idée. Normalement publier devrait m’engager à continuer… Rien n’est jamais sûre avec moi, mais je voudrais bien cette fois développer graphiquement ce que j’appelle mon labyrinthe. Voilà le premier croquis. A suivre, j’espère…NJ1

Livre-objet, une passion très intime

Je préparais doucement un article sur ces petits objets de papier que je compose depuis quelques années, parce qu’ils comptent autant pour moi que mes photos ou que mes textes. Y avait rien de pressé, je pensais bientôt en fabriquer un autre, peut-être y ranger les meilleurs pages de mon blog dedans… quelque chose de très sage… mais là, ce que je viens de voir tout à l’heure et qui m’a rendu toute frétillante d’enthousiasme ne me laisse plus le choix. Demain ou après-demain, je vous ferai part de ce qui va encore développer un élan de mégalo en moi. Et d’amour, forcément d’amour, peut-on bien faire sans amour ? C’te question ! Mais chaque chose en son temps.

Voilà donc mes livres-objets, livres-mémoire, livres-témoins. J’y mets mes photos d’expo et de vie, mes dessins, quelques desseins aussi, les livres les films que je dévorais comme des fraises tagada, mes mots très peu fictionnels (là, il faut quand même reconnaitre qu’une correspondance email quotidienne ou presque durant plusieurs années aide à retenir les confidences, les moindres rigolades, les découvertes digne d’Archimède, les projets, rêves et papotages divers. Je remercie mon ami B. au passage sans qui ces livres ne seraient que des livres d’images puisque je suis incapable d’écrire un journal intime, mes mots de vie n’existant que s’ils ricochent sur d’autres mots, on verra bien si tu lis mon blog, tiens, tu me diras ça vendredi.).

J’avais beaucoup de matière à y glisser dans ces livres et j’en ai encore, ce qui m’a un peu fait oublier l’originalité que je voulais leur donner. Bien sûr, on y trouve quelques fenêtres quelques surprises, mais il n’y a guère que le pavé à plat sur la table, première photo du second rang, qui se déploie sur toute la surface de la table tel un labyrinthe comme le montre les trois premières photos. Je vous dis pas la dextérité qu’il faut acquérir pour le remettre sous sa forme cubique. Des idées c’est pas ce qui manque, ………….. oh mais quand je vous montrerai ce que j’ai vu aujourd’hui, vous comprendrez que j’ai été touchée de plein fouet par un désir de…

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Danseuse de la vie

M’est souvenir de cette femme dont le charme irradiait, le regard enivré de vie, le corps un peu fragile mais pourtant si présent. Je la voyais danseuse. Et si sa peau était parcheminée  des caresses douces ou âpres des temps dépassés, elle habillait son être d’un épuré de grâce et de beauté. Combien de douleurs combien de joies derrière ce masque de la vie ? Combien de pages avaient-elle détournées pour s’émarger des heures dévastatrices ? Rien ne transparaissait de cet intime pudiquement voilé,  rien que les traces du temps généreux et féroce à la fois. La tête haute elle dominait l’à venir d’un sourire effronté.  Je la revois fascinante fraicheur de sérénité aboutie à jamais tendresse gravée en filigrane de mes ondes de vie. Et lorsque mon coeur s’inonde des crues du désarroi, que les images sombrent et que les mots s’égarent en un chaos diffus, je repense à ces apparitions enchantant mon chemin, ces illuminations comme un don du destin.

*

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mouettes au jardin des Tuileries – octobre 2015

La goûteuse hédoniste

1015_398boutAu restaurant, c’est moi qui goûte le vin. Mon mari y tient, tout comme il tient à ce que je demande et règle l’addition à la fin du repas (je précise que nous avons un compte commun). Je remarque qu’avant, les serveurs ou sommeliers faisaient presque systématiquement goûter à monsieur, maintenant il y a le plus souvent cette question légitime « Qui goûte ? ». Longtemps, j’étais embêtée, quand mon mari répondait « Madame », la bouteille qui s’était déjà avancée vers son verre opérait un virage et venait se placer au-dessus du mien, je pensais qu’il s’agissait là d’une tache redoutable et puis surtout j’étais un peu dépassée par cette question : comment goûter le vin ? Le première chose que je fais rapidement c’est de le respirer, le humer, le sentir, je pense même que je pourrais m’arrêter là, l’arôme me plait ou pas. Mais il y a ces autres considérations qui vont de la tenue du verre à la façon d’en emplir ma bouche ni trop ni trop peu, le gober en quelque sorte, et de garder le nectar en contact de ma chair intime le temps nécessaire avant de l’avaler. Avec le temps, non seulement j’ai pris de l’assurance mais je fais davantage confiance à mon palais en ce qui concerne le vin qu’à celui de mon mari. Et puis, j’aime cet infime moment, somme toute privilégié, où je suis responsable de cet essentiel qui accompagnera notre repas. Inutile de vous dire qu’à la maison c’est moi qui choisis le vin.

Bien sûr j’essaie de progresser, j’ai beaucoup observé comment mes voisins de tables tenaient leur verre, regardé ici ou là ce qui pouvait m’apprendre à amplifier mes sensations. J1015_400verree ne connais guère les règles, mais j’essaie de faire en sorte que le geste soit beau, gracieux, car là commence le plaisir du vin. Ce qui m’embête, je peux même carrément dire que j’en suis frustrée c’est lorsque nous sortons avec des connaissances, en général, c’est l’homme qui goûte, même si je vois bien mon mari avoir un petit élan de la tête pour que j’exige de tenir mon rôle de goûteuse, mais je ne me permets pas d’intervenir. Ce que j’aime aussi c’est servir le vin. Chez les autres, je suis carrément capable de demander si je peux et m’emparer de la bouteille afin de remplir les verres qui restent désespérément vides.

N’allez pas croire que je bois beaucoup, deux verres et quelques gouttes tout au plus, et ils me rendent déjà bien pompette, si j’en crois mon entourage. Je n’ai pas l’alcool triste, plutôt amusant tendance un peu lubrique. Là encore, j’ai appris à me retenir car au-delà de deux verres (un verre c’est encore trop pour maman, dira ma fille), je perds un peu le sens des convenances. Dès la première gorgée, je sens les liens qui lâchent, les mots qui déboulent dans ma bouche comme une horde de chevaux ivres de liberté et il me faut faire preuve d’une volonté farouche pour ne pas céder à la pulsion de les accompagner dans leur course folle. Combien de romans perdus ?

Je me suis mise au vin et au café assez tard, je prends les choses quand elles viennent et je n’en finis pas de découvrir les plaisirs de la vie. Qu’est-ce qui un jour a tiré sur la chevillette et fait choir la bobinette m’ouvrant les portes des éden de Dionysos ? Toujours est-il que du jour au lendemain les crus se sont écoulés différemment sur ma langue, ont envahi ma bouche d’une sensualité surprenante, ont titillé mon palais le plongeant dans un émoustillant désir d’en vouloir davantage connaitre et surtout éprouvé mon esprit d’un divin cataclysme. Le plaisir avalé, je repose le verre et regarde mon interlocuteur dont les yeux brillent du reflet des miens qui s’amourachent de toutes les sensations intimes et ineffables. Je suis sage malgré les moues moqueuses que je vois se dessiner sur certains visages aimés. Mon organisme se charge de tout, au-delà de deux verres le plaisir disparait…

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Mina et le Traceur d’Univers – un conte pour petits et grands enfants

« Il était une fois à l’extrémité du monde, entre l’ailleurs et le nulle part, une petite maison dont on ne voyait que l’oeil grand ouvert sur la nuit. Dans cette maison qui ressemblait à un champignon, s’activait un traceur d’Univers. Sur les rayonnages qui l’entouraient, on voyait traîner sa pêche de la dernière nuit, des beignets stellaires et des tartes aux étoiles…  »

La petite Mina s’était assise dans un coin de la bibliothèque et dévorait de ses yeux verts le livre posé sur ses genoux, elle ne savait pas encore lire, mais connaissait l’histoire par coeur. Et cette fois elle l’avait pris pour elle toute seule, sa soeur ne risquait pas de venir y poser ses commentaires. C’est pour elle qu’il s’était ouvert. Il n’y avait que le livre et elle, et son regard étincelant.

Quelques éclats d’innocence tombèrent sur la main du traceur d’Univers qui somnolait dans le coin de la page dont l’écriture se brouilla. Il leva les yeux et vit l’enfant qui lui parut immense, mais si mignonne que sa surprise se transforma vite en un sourire presque aussi grand que la fillette.

Du flou des mots dilués dans la lumière, s’échappaient des lettres, légères et virevoltantes. Mina clignait des yeux lorsque les lettres volantes l’approchaient de trop près. Certaines venaient se poser sur son visage et disparaissaient après avoir scintillé sur sa peau. D’autres fondaient dans l’air. La fillette cédait aussi bien à la surprise qu’aux éclats de rire.  Mina avait lâché le livre pour tenter d’attraper les éphémères de cet autre monde.

Toutefois, il arriva qu’elle perdit l’équilibre et bascula. C’est alors qu’elle s’aperçut qu’elle n’était plus tout à fait dans la bibliothèque. Que celle-ci devenait lointaine, irréelle. Et Mina ne savait plus sur quoi elle reposait, ni surtout si elle reposait sur quelque chose. Elle ressentait monter en elle une sorte de vertige un peu nauséeux.

Insensiblement ses yeux se déplissèrent de leur sourire de bonheur et s’assombrirent, sa bouche ébauchait une moue de déplaisir et un terrible sentiment d’être perdue se mêlait à l’incompréhension dans l’esprit de l’enfant.

C’est alors qu’elle sentit la chaleur d’une main rassurante autour de sa menotte potelée. Elle savait sans vraiment encore le voir que la main l’attirait vers le sourire du Traceur d’Univers. Un soupir de soulagement laissa s’enfuir hors d’elle l’épais sanglot qui s’était amassé au fond de sa gorge.

Elle était maintenant assise sur un siège qui la secouait autant que ce garnement d’Arthur qui s’acharnait parfois sur les filles dans la cour de l’école. Sauf qu’Arthur était toujours interrompu par la maîtresse, alors que là, personne ne venait arrêter l’horrible vibration. Entre deux soubresauts elle tentait de se cramponner à quelque chose de solide pour ne pas tomber mais n’arrivait à rien atteindre, ses dents se cognaient les unes contre les autres, ses yeux ne pouvaient pas rester ouverts.

– Ar ré tez, hurla-t-elle de toutes ses forces.

– Tu peux ouvrir les yeux, bout de chou.

Tout était soudain tombé dans la plus sereine des quiétudes, la même que lorsqu’elle se lovait contre sa maman et que le sommeil venait l’emporter.

L’enfant ouvrit les yeux et regarda timidement autour d’elle. Elle reconnaissait les beignets stellaires et les tartes aux étoiles à portée de mains, et dans son regard, soudain apparut le visage du traceur d’Univers.

– Garde ouvert tes jolis yeux, Mina.

Mina n’avait nullement l’intention de fermer les yeux, de peur que tout disparaisse. … « Mina », il savait comment elle s’appelait.

– Mais tu sais bien qui je suis moi, c’est normal que je te connaisse, non ?

Sans en être vraiment persuadée, elle acquiesça doucement de la tête. C’était étrange mais elle se dit que tout ici était normalement étrange. L’endroit qui l’entourait était à la fois tout petit et immense, comme s’il s’ajustait à son regard.

– Si tu bouges tout le temps, tu ne verras rien. Restez un peu tranquille, mademoiselle. Ta venue a mis en route le tracteur céleste et ce n’était pas l’heure de son réveil. C’est pourquoi tu as été tellement secouée. Tout le monde ne s’improvise pas laboureur du cosmos…

Il partit d’un grand rire qui arrondit d’étonnement le regard de la fillette dont le visage, ne résistant pas longtemps au rire contagieux de cet étrange personnage, s’ouvrit largement sur un sourire épanoui.

– Voilà, c’est mieux ainsi. Un joli sourire et les rêves seront plus beaux ce soir. C’est gentil d’être venu me voir. Rares sont les enfants qui trouvent le chemin jusque chez moi.

– Mais… faudrait pas que je ne revoie plus ma maman et mon papa, assura l’enfant d’une petite voix soucieuse.

– Ne t’en fais pas, tu ne resteras pas toujours ici, ce n’est que temporaire. Je suis bien content d’avoir de la visite. Bon, et si tu goûtais à mes délicieuses spécialités ? veux-tu manger un bout de tarte aux étoiles ? Regarde comme elles sont belles. Ensuite je t’emmènerai semer les rêves.

Mina ne comprenait pas grand chose aux mots de l’homme, mais il l’avait rassurée sur son retour et elle se sentait baignée d’une sensation merveilleusement agréable.

– On peut pas manger les étoiles, dit-elle… sauf…

– Sauf ?

– Ben, dans ton livre…

– Et où est-on en ce moment ?

– …

– Exactement, et crois-moi il ne faut pas travailler l’estomac vide, surtout dans les sillons cosmiques, tu risquerais de te laisser absorber par l’obscurité.

– Mais ce n’est pas ça… maman, elle veut pas que je mange des choses de n’importe où …

– oh, bien sûr… mais je ne suis pas de n’importe où, depuis le temps que tu me regardes pêcher les étoiles… tu sais que mon histoire ne peut être que jolie.

Heureuse d’être rassurée par la douceur du regard de l’homme plus que par ses paroles, la fillette lança un « c’est vrai », exprimé d’une voix claire et déterminée.

– Tiens, goûte ce morceau de beignet, il est juste à bonne température, tu m’en diras des nouvelles.

Mina décida que le beignet que lui tendait son nouvel ami paraissait bien appétissant, elle en croqua un morceau de bon coeur… et eut l’impression de ne rien avoir dans la bouche, juste un peu de chaleur qui se répandit dans son corps. Elle croqua un autre morceau, et cette fois sur sa langue, elle sentit comme un pétillement doucement sucré qui ne tarda pas à s’évaporer en lui laissant un arrière-goût de bonheur…

– Alors ? demanda le Traceur.

Mina réfléchit quelques instants et assura :

– C’est comme je m’imaginais en lisant le livre. Ma soeur me disait que je parlais de n’importe quoi, mais c’est bien comme je m’imaginais.

– Oui, je sais, lui répondit le Traceur, satisfait.

– Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda la fillette qui prenait de l’assurance. Pourquoi c’est si petit chez toi ? Il n’y a même pas de porte. Comment tu fais pour acheter les étoiles pour les gâteaux ?

– Ce n’est pas écrit dans mon livre ? demanda le Traceur.

– Je ne sais plus, je ne me souviens que le début. Mais, je vais te dire un secret, je ne crois pas que le livre dise toujours la vraie vérité.

– Alors tu vas venir avec moi, nous allons sortir par l’oeil de ma maison et tu essaieras d’attraper la vraie vérité, et de ne jamais l’oublier.

C’est en se levant que Mina ressentit de nouveau cette affreuse sensation de vertige nauséeux. Elle titubait, perdait l’équilibre, se sentait basculer dans tous les sens à la fois, sans pouvoir donner consistance à l’espace où elle se trouvait.

– Heps, deux mains la remirent droite sur ses jambes. Concentre-toi. Ici, il faut apprendre à se tenir.

– ooooh, c’est comme si j’avais joué à la toupie et que je ne savais plus tenir debout. J’ai mal au coeur.

– Allons, ouvre les yeux, ton déséquilibre n’est qu’une illusion, parce que tu n’as pas l’habitude. Laisse ton corps flotter sans résister, sans vouloir contrarier les sensations qu’il reçoit. Allez, ouvre tes jolis yeux. Sinon, comment veux-tu savoir où tu es ?

Les mains du Traceur d’Univers relâchèrent un peu les bras de la fillette, restant prêt à la rattraper au moindre faux mouvement. Mina desserra ses paupières, osa un regard. Elle ne compensa pas lorsque son corps voulu partir à la renverse et celui-ci sembla se stabiliser. Elle se détendit tout à fait et oublia tous ses vertiges devant la vision d’immensité qui s’offrait à elle.

– Où on est ? où sont les murs de ta maison ? où… ? comment … ?

– C’est beau, non ?

– On est dans les étoiles…

– On peut dire ça, oui, on est dans les étoiles.

Mina essaya de faire un pas puis quelques autres sur ce drôle de sol indéfini qui semblait accepter de la soutenir. Sa démarche était un peu incertaine mais elle se débrouillait bien.

– Je ne sais pas sur quoi je marche. C’est de la terre de rêve ?

– En tout cas, c’est un endroit où les rêves aiment se reproduire.

– C’est aussi là qu’on vient quand on est mort ?

– Pourquoi penses-tu à cela petite Mina ? C’est plutôt là que la vie commence.

– Quand Patou est mort, on m’a dit qu’il était parti pour les étoiles. Et ce serait bien que ce soit dans un endroit comme ici.

– Oui, ma puce, alors on peut voir les choses comme ça, c’est là qu’on vient quand la vie s’achève sur Terre.

– Mais c’est très grand et ça bouge tout le temps, je ne risque pas de retrouver Patou là-dedans.

– A-t-on besoin de les voir pour avoir ceux qu’on aime à côté de soi ?

– Mais j’aimerais bien le revoir Patou, affirma Mina.

– Et ne crois-tu pas que tu peux le voir avec autre chose que tes yeux ?

Mina parut pensive et subitement désappointée. Son ami le Traceur parlait un peu comme maman quand elle voulait la consoler de la mort de son Patou, et elle décida qu’il était préférable de s’abandonner à son propre regard, qui d’ailleurs n’en finissait pas de l’emporter dans des visions plus ravissantes et impressionnantes les unes que les autres.

– C’est si grand que ça me fait un peu peur. Ça doit être bien loin de ma maison, ici. Je crois que Maman pourrait s’inquiéter. Et puis il ne faudrait pas qu’elle s’imagine que je suis partie pour les étoiles. Elle aurait trop de peine.

Mina se retourna vers le Traceur qui ne disait mot, et vit une larme couler sur sa joue. Elle glissa sa petite main dans celle de l’homme.

– T’es triste ?

– Non, je ne suis pas triste petite Mina. Je suis au contraire très heureux de t’avoir près de moi. Allez viens, nous avons du travail, il nous faut semer les rêves maintenant.

Il lui tendit une petite grappe qui ressemblait à du raisin dont chaque grain brillait tellement que s’y reflétaient en maints exemplaires toutes les galaxies qui trainaient à proximité. Il entraîna Mina à planter chacun des grains dans un sillon dès que l’un d’eux s’ouvrait devant elle. Elle apprit vite à reconnaître les petits trous affamés qui bâillaient sur son passage. Elle ne comprenait pas bien où passaient les graines de rêve car aucune trace ne subsistait, mais le Traceur lui avait dit qu’elle avait très bien travaillé et que la prochaine récolte serait bonne.

– C’est un peu magique ici, lui dit Mina, toute maculée de poussières cosmiques.

– Comme partout, non ?

– Un peu plus que partout. Mais…

– Mais quoi ?

– Je me demande comment tu fais pour attraper des étoiles pour les gâteaux, on les voit, on est dedans, mais je n’en ai touchée aucune.

– Tu crois ? moi je les vois briller dans ton regard, pourtant.

– C’est vrai ? un large sourire illumina le visage de l’enfant.

– Maintenant que tu as plein de petits morceaux d’étoiles en toi, il faudra en prendre bien soin et ne jamais les perdre.

– oh, je ne les perdrai jamais. Promis !

– Bon, maintenant, il est temps que tu retournes chez toi. … Pourquoi fais-tu cette tête tristounette, petite demoiselle ?

– Est-ce que tu vas rester tout seul longtemps ?

– Jusqu’à ce qu’un autre enfant voit autre chose que les mots dans mon livre, alors il viendra connaître « le secret de la vraie vérité ». Allons, Mina, ne sois pas contrariée, d’abord il ne faut pas croire que je sois seul, et puis tous les enfants qui viennent ici repartent avec quelque chose mais me laisse aussi quelque chose de très beau. L’histoire n’est jamais la même et un jour je suis certain que le livre s’écrira autrement.

– Tu fais tout ce qu’il y a écrit dans ton livre ?

– Je laisse les enfants l’écrire, c’est bien plus surprenant et amusant.

– J’y ai écrit moi aussi ?

– Bien sûr, le livre est bien plus épais qu’il n’en a l’air, il contient des centaines de pages invisibles. Beaucoup sont déjà écrites, beaucoup sont encore à écrire. Si on écoute le coeur du livre, on entend sourdre les ruisseaux de la voie lactée qui transportent toutes les histoires au fil des pages. Certains enfants comme toi ont su écouter. C’est pour que ces voix ne se perdent pas que je continue à tracer les secrets de l’Univers, pour les regards ouverts.

Mina ne comprenait pas tous les mots de l’homme au regard d’ailleurs, mais elle savait au fond de son petit être qu’un jour ces mots prendraient une signification, parce qu’elle était là aujourd’hui et que jamais elle n’oublierait. Par contre elle avait bien entendu que le livre contenait beaucoup de pages invisibles déjà écrites. Elle aurait voulu lui poser bien des questions encore, mais son jeune âge l’empêchait de formuler la plupart d’entre elles.

– Mais si d’autres enfants sont venus ici avant moi, peut-être certains sont devenus des grandes personnes ?

– En effet, répondit l’homme avec un sourire complice, il y a dans ton monde, des adultes qui connaissent « le secret ». Certains ont perdu ou simplement égaré les étoiles qu’ils avaient emportées avec eux, mais la plupart savent les garder encore toutes chaudes dans leur mémoire. Quand tu rencontreras une de ces personnes, tu le sauras au fond de ton coeur. Et elle le saura aussi, même si vous n’en parlez pas. Ce sera comme une lumière intérieure qui sera attisée et chacun de vous saurez.

Voilà ma jolie petite Mina, je dépose maintenant sur ton sourire ce petit grain de rêve, il te suivra partout tout au long de ta vie.

– Et moi je dépose sur toi mon plus joli bisou.

– Il me suivra tout au long de ma vie, sois-en certaine.

Les parois de la maison champignon commençait à s’estomper dans l’ailleurs. Mina cria :

– Je pourrai revenir te voir ?

La réponse de son ami se perdit dans le brouhaha des enfants de la bibliothèque.

Sur son coeur, Mina serrait très fort le livre du Traceur d’Univers, il lui semblait entendre un ruissellement joyeux… « les ruisseaux de la voie lactée »… des grosses larmes coulaient sur les joues de la fillette. Violemment le livre lui fut arraché des mains.

– Arthur, tu n’es vraiment pas gentil. Allez, viens Mina, c’est pas la peine de pleurer. Et puis, tu le connais par coeur ce livre, tu devrais passer à autre chose maintenant.

Mina regarda sa grande soeur, elle aurait voulu lui expliquer, mais elle pensa qu’elle n’avait jamais été chez le Traceur d’Univers et qu’elle ne comprendrait pas. Quand elle rentra chez elle, elle se précipita vers sa mère pour lui raconter ce qu’elle avait vu. Des larmes mouillaient encore ses yeux dont le vert brillait comme une émeraude. Avant qu’elle ne dise une parole, sa mère l’embrassa et lui dit :

– oh mais on dirait que tes yeux ont avalé toutes les étoiles du ciel, et c’est ce qui te donne ce gros chagrin ?

– C’est Arthur qui l’a encore embêtée, cria la soeur.

– Je crois que ta soeur a autre chose dans la tête que les sottises d’Arthur, répondit la mère.

Mina laissa son regard errer longtemps dans celui de sa mère, puis elle se serra très fort contre elle. Son petit grain de rêve s’agitait doucement au creux de son coeur. Il était si bon de croire que Maman connaissait aussi le Traceur d’Univers.

– Dis maman, quand je serai grande je pourrai écrire des histoires moi aussi ?

– Bien sûr ma chérie.

– Alors j’écrirai les pages invisibles… dit-elle dans un murmure avant de tomber dans un profond sommeil.

*

… en souvenir de partages de beignets, de tartes aux étoiles et autres gourmandises stellaires dont je me suis régalée avec mon ami le traceur d’Univers – cette histoire fut écrite en 2003

Et puisqu’hier, ils t’aimaient tous…

et que tu ne sais pas dire l’émotion, je le ferai pour toi.

Car ils étaient venus, architectes, dessinateurs, ingénieurs, entrepreneurs, constructeurs, etc, tes deux administrateurs (dont celle qui écrit ces mots) un peu loufoques il faut dire ces deux-là, la concierge de l’immeuble, et surtout L. votre si précieuse secrétaire… tous ceux qui avaient pu venir pour ce jour de non fin (la retraite, dit-on), te dire combien ils t’estiment et qu’ils apprécient le fait que tu ne te retires pas.

L’occasion surtout d’être là, tous ensemble.

Ce que tu ressentais, on ne le saura pas vraiment, j’imagine de la joie de les voir tellement présents à toi. J’imagine… Mais tu diras juste Merci, parce que les mots de l’émotion, tu ne les connais pas… alors oui, j’imagine, car je les entends, moi, je les vis, moi, je les pense et je veux les dire, moi, toutes ces paroles que j’entends des uns et des autres et qui me vont droit au coeur. Tant de reconnaissance. On me met bien en garde contre tes excès de travail, « il devrait ne travailler que 40h par semaine, depuis que je fais ça, ma femme va mieux, mon couple aussi ». Mais je vais bien, mon couple n’a jamais été autant au mieux, peut-être parce que je suis passée au-delà, que notre vie est déroutante, sans habitudes mortifères. Et cette phrase redondante « il s’arrêtera bien un jour ». On vit tant qu’on peut. Faut-il trainer ses temps ensemble pour s’aimer ? Que non ! Et non, je ne reste pas le soir à regarder le plafond et à compter les heures. Je râle un peu parfois, c’est vrai, quand quelqu’un est achrone et inépuisable il faut bien l’aider un peu à se remettre dans les rayons du temps, même si cela est peine perdue. Eternelle optimiste que je suis, j’y crois toujours.

Et puis il y a le discours de l’un que tu côtoies chaque jour et qui dit l’admiration pour le travailleur infatigable, l’homme de coeur, sa valeur, sa disponibilité, sa force, son énergie.

Alors je pense à nous qui ne possédons rien que nous-mêmes. Rien que nos libertés de faire ce que nous aimons. Et de nous aimer par-dessus tout. Et je t’apprends sans cesse à te détacher un peu de moi, car il n’est pas toujours facile d’être ton autre bulle passionnelle (ne change surtout rien), bien plus petite que celle du travail, mais j’en suis certaine bien plus brillante. Parce que du vilain petit canard que j’étais, tu fus le pygmalion qui fit de moi ton égérie et je n’en ai jamais fini de jouer les métamorphoses d’une éternelle chrysalide qui t’étonne toujours puisque j’ai été toutes les femmes amantes de ta vie. Et si j’ai toujours refusé d’être ta mère, tu es souvent comme un éternel enfant que je protège telle une lionne son petit.

Et puisqu’hier, ils t’aimaient tous si sincèrement, j’y ai ajouté mon amour et j’en ai fait une bulle de mots que tu liras sûrement et qui te tirera sans doute un sourire, ce sourire que j’aime tant embrasser du regard et qui ouvre le mien.

Si on chantait

Hier. Je quitte mon port aux livres du 6ème arrondissement de Paris et remonte le boulevard Saint Michel jusqu’au jardin du Luxembourg où je vais attendre mon rendez-vous galant. Des chaises vertes partout formant groupe, et là toute seule une petite solitaire qui m’offre son assise. « Si tu le permets, chaise, je vais d’abord installer mes livre0915_680pfs et faire quelques photos ». Contrairement aux autres chaises, celle-ci est installée au soleil et abreuve mes livres de lumière. Elle doit être sucrée, une guêpe la survole, la colle, la suce de sa trompe dans une sorte d’euphorie instable. J’en approche mon objectif, elle me brandit son dard, échange de politesses, je dois être sucrée, elle change d’objectif et me colle un peu trop, je veux la chasser la voilà colère qui se pose sur ma main. Juste goûter l’insecte, pas de pique à la dame. ffffffff, il suffit maintenant, mon souffle la perturbe, elle disparait, le champ est libre.

Deux livres tout frais sortis des presses. L’un d’eux s’appelle Physique de la mélancolie (ed. Invervalles). Un titre qui me met en appétit. Il trainait dans les romans – un roman vraiment ? l’intérieur est bizarre, disparate – je tombe sur cette phrase d’Ernest Hemingway « Le lecteur est libre d’accepter ce livre comme un roman » (in Paris est une fête).  L’auteur est bulgare, s’appelle Guéorgui Gospodinov. Un auteur phare de la jeune génération des écrivains bulgares. Des prix, des traductions de par le monde. Le livre est un objet compact qu’on tient bien en main, avec des photos dedans. A le feuilleter j’aperçois tout un bric-à-brac, en fait. En fête ? Un livre qui parle de mélancolie ?

Tout de même MELANCOLIE  écrit en rouge. N’est-ce pas un non sens ? J’ai relu le mot plusieurs fois pour m’assurer que je ne me trompais pas, je l’ai dé com po sé. La réponse est peut-être dans la préface de la traductrice du roman, Marie Vrinat-Nikolov « Je raconte, donc je suis » : « Pour conjurer la mélancolie, nous dit Gospodinov, il faut… la raconter : « je pense que, lorsqu’on raconte une mélancolie, elle devient plus lumineuse. C’est la mélancolie non racontée qui est u0915_681pfne mélancolie pesante. » Raconter la solitude, raconter l’absurdité d’un système et d’un régime, raconter la peur. Mais aussi que de tableaux lumineux dans le texte, qui laissent une impression durable sur ses lecteurs. » « La langue calme et dompte la mélancolie »

C’est par un prologue de deux pages que nous entrons dans le texte, l’auteur y prend de façon fort légère et poétique forme de « nous », bravant le temporel dépassant forme humaine. On dirait un chant qui commence par une voix à laquelle s’ajoutent d’autres voix qui s’unissent pour devenir un choeur, entonne un « Je sommes nous » qui me donne des frissons.

La 4 de couv dit : « J’imagine un livre dans lequel on trouve chaque espèce et chaque genre. Du monologue à l’épopée en hexamètres en passant par le dialogue socratique, du conte à la liste en passant par le traité. De l’Antiquité aux arrêtés concernant les abattoirs. Tout peut être réuni et transporté dans un livre de ce genre. »

Si le contenu tient les promesses de la préface et du prologue, j’en reparlerai.

*

L’autre livre est un petit ouvrage de Pascal Quignard. Princesse Vieille Reine (Galilée). Il s’agit de cinq contes, histoires de femmes, de déshabillages, de cinq robes modifiant le corps à chaque fois complètement. Un petit livre de métamorphoses d’amour. On y chante plus qu’on s’y ensilence puisqu’il s’agit en fait d’une Sonate de cinq contes, qui fut créée par Marie Vialle le 03 septembre 2015, au théâtre du Rond-Point, à Paris. Donc à lire à haute voix en pensant musique, tant chère à Pascal Quignard.

Le si talentueux Pascal Quignard  plonge là encore sa plume dans l’Histoire pour la réinventer avec tant de doigté, en jouer les arabesques nous en envelopper. De Charlemagne à Aurore Dupin en passant par le Japon, il nous conte le destin des femmes. « Ce n’est pas le besoin qu’éprouvait George Sand de s’écarter le plus possible des siens, des domestiques, du groupe, de se réfugier dans un coin de l’espace qui me paraît constituer une aspiration extraordinaire, c’est le nom qu’elle donnait à ce refuge : elle l’appelait « l’absence. » […]

Toute sa vie on cherche le lieu d’origine,le lieu d’avant le monde, c’est-à-dire le lieu où le moi peut être absent, où le corps s’oublie. » Mais dans cette dernière phrase, j’y vois plus que le destin des femmes, plutôt une référence au Jadis. Il faut lire Quignard, se laisser pénétrer en son dernier royaume.

« Elle tient toujours son livre imaginaire ouvert, qui n’est que ses deux mains.

Elle lit en silence.

Noir »

*

Je suis donc sur ma chaise, photos dans la boite à lumière, du temps restant je batifole avec mon ombre.

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Le temps passe et je pars à l’assaut du paquebot Beaubourg. Direction la cale, une salle pour moi toute seule, vaste, délimitée par des draps noirs, avec une grande baie de lumière ouverte sur le monde. Je me replie au fond, m’assois au sol, j’ouvre mon Quignard. J’enlève mes lunettes pour mieux lire, je vois exactement comme on verrait sur une photo avec un premier plan et une profondeur de champ confuse d’être si faible. Je suis dans le livre que je lis, le monde flou en toile de fond. (profitez-en ceux qui se demandent comment voient les myopes, la photo ci-dessous vous en donne une idée plutôt juste – « les plus beaux yeux du monde », selon Edgar A. Poe, je ne sais plus dans quelle extraordinaire histoire (scarabee d’or ? lettre volée ? autre…?). Si quelqu’un retrouve la référence, qu’il se manifeste)

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Livre terminé, je le range, je reprends mes longues-vues pour tester le défilement du monde, qui erre, se perd un peu parfois. J’entends de l’autre côté du rideau noir des grésillements et des rires, j’imagine un jeune homme (facile, je l’ai aperçu lorsque j’étais encore dans le monde) branché sur sa tablette. Je gigote, je m’impatiente, je regarde l’heure, je me rends compte que mon téléphone n’a qu’un faible signal là où je suis. Hein ? Et si on t’appelle, tête de linotte, sors de ton trou immédiatement. Les contes Quignard et moi remontons sur le pont. Accoudée au bastingage je regarde la petite foule entrer dans le paquebot, une autre s’en extraire. Et puis la suite en symphonie discrète quelques paroles échangées des rires des mots… le reste n’est que littérature.

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