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les oiseaux dans le bocal

ou comment les poissons rouges ont pris la clé des champs

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Araki au musée Guimet

Pour entrer dans l’exposition Araki, au musée Guimet, on longe d’abord un long mur d’étagères qui exposent ses livres de photographies, il en a fait paraitre plus de 500. Lire la suite

De la légèreté

vyenfant09J’ai retrouvé un vieux film que mon père avait fait de moi à neuf ans (merci à ma fille de l’avoir mis sur cd). C’était les vacances, une location à Thésée dans le Loir et Cher avec mes parents, mon cousin plus âgé que moi, ses parents, mon grand-père. Je me croyais invulnérable comme tous les enfants et j’avais beaucoup de mal à comprendre les effets des lois gravitationnelles. Je faisais facilement le pitre quand l’occasion m’était donnée et ce jour-là j’avais choisi le rebord de la fenêtre où je donnais un numéro de voltige, voir simultanément mon cousin rire et ma mère s’affoler ne manquait pas d’exciter le petit diable que je portais en moi. Je me souviens encore du visage et des cris de ma mère qui m’intimait de descendre… je me souviens des encouragements et des applaudissements de mon cousin… je suis descendue, certes, mais pas du bon côté, ma pauvre mère a longtemps parlé de la vision traumatisante de mes pieds qui basculaient dans le vide… ce qui me valut une fessée très méritée lorsqu’elle constata que j’étais toujours vivante, et une clavicule cassée, un évanouissement de ma tante, une dispute entre mes parents qui se renvoyaient ma désobéissance à la tête, et quelques gentillesses de la part de mon cousin qui avait reçu sa dose de reproches. Autant vous dire que je ne suis jamais remontée sur le bord d’une fenêtre… juste un peu sur les toits. Je vous rassure, je me suis beaucoup assagie depuis, un jour la peur est entrée dans ma vie et me l’a sûrement sauvée. Sur ces images de gif, je suis « dans » la cabane que je m’étais construite à l’aide de trois bâtons qui tenaient par compassion pour la gamine adorable que forcément j’étais et de quelques fougères pour faire le toit. Ma cabane, mon refuge… je me souviens combien j’étais satisfaite de ce toit éphémère. J’ai le sourire en écrivant ces mots parce que le lendemain j’affolais encore ma mère lorsqu’elle vit son éclopée de fille flottant dans un canot pneumatique au gonflement très incertain au milieu de la rivière qui nous emportait moi et mon cousin qui non seulement ne savait pas nager mais entrait en panique lorsqu’il était plongé dans l’eau.

Aujourd’hui, voilà que je me retrouve avec un autre toit « à moi ». « Ma » maison… il faudra que je m’habitue à ce pronom possessif qui risque de mmaison5553e posséder plus que je ne sais posséder les choses. Et j’ai la sensation qu’une page se tourne. Et que je me retrouve devant un cahier vierge. Une forêt intime à déflorer. Quelque chose qui m’a toujours échappée par décalage. Ma maison des feuilles… le coeur de mon labyrinthe… l’antre du Minotaure… tous mes essentiels, me restera à caser les miroirs, je ne me fais pas de soucis, ils se trouvent toujours une place pour me faire tanguer d’un côté ou de l’autre. Fichtre, je me passerais bien d’Ariane mais l’arachnide fileuse risque d’être difficile à déloger. En ce moment, je la trouve magnifique ma maison, un peu inhabitable, mais elle est sans contrainte, encore modelable, pleine de promesses, tout en lumière… elle est un peu ma fiancée secrète, mon nouvel amour… enfin, faut voir comment ira notre relation. J’ai l’impression de tenir une page en équilibre, je sais bien qu’elle va finir par tomber sur la gauche et que je vais voir ce qui se cache derrière. Le grand blanc à noircir, l’alpha et l’oméga, ma possibilité. Mon nouveau départ – il était déjà le sujet de ma nouvelle, L’îlot, toujours à lire en haut du blog, je devais emménager dans un studio au coeur d’une ville de bord de mer, à côté de ce drôle de voisin que j’avais croisé une fois et dont on m’avait dit qu’il était bizarre, j’avais aussitôt lu notre avenir possible dans les lignes de quelques cahiers volubiles. Tout est dans le possible. Je me traine un bagage d’amour d’une puissance inaltérable. Alors je sais que tout m’est possible. Peut-être ma maison est-elle un vaisseau… elle l’est. Aujourd’hui, je ne me sens pas différente d’hier si ce n’est que j’ai la sensation d’avoir égaré le mot rêve comme s’il m’était devenu inutile puisque dorénavant j’ai la sensation d’avoir atteint la réalité. Je vais la toucher, je vais l’explorer, je vais faire un pont entre l’enfant et l’adulte, une conversation infinie, ouvrir notre monde, le temps est une succession d’instants éternels passés et à venir et dans lesquels nous pouvons puiser infiniment. Je sens mes peurs s’envoler, et si, parce que je n’y vois plus d’intérêt, je ne monte plus sur les rebords de fenêtres, je ne monte plus aux arbres… il y a une force nouvelle qui s’éveille en moi. Je n’ai jamais autant eu l’impression de tenir mon avenir entre mes mains, et s’il me reste un rêve dans ma boîte pandoresque c’est que cette autre que j’envisage sache utiliser le je et m’étonne, ne cesse de m’étonner…

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La nature de l’amour

Une légende 230216filarbrepf2raconte qu’un arbre et une femme se sont aimés d’amour fou. Chaque nuit la femme sortait de sa maison telle une somnambule quittant son tendre amour pour s’en aller retrouver son amant lignifié, un grand charme bien âgé néanmoins vigoureux. Un lierre ami et complice qui protégeait le vieil enraciné des froidures de l’hiver s’enroulait délicatement mais non moins fermement autour de l’ampleur charnelle de l’audacieuse femelle, lui élaguant le corps des tissus synthétiques et l’offrant ainsi desquamée à son ami le charme. Part à deux dans les yeux de la belle qui emplissait ses sens de leurs profonds soupirs. Mais bien vite le lierre prit du recul quand il sentit entre l’arbre et la femme naitre une attirance fébrile. Chaque nuit elle dansait tant et tant pour son charme qu’au petit matin, on avait bien du mal à les dissocier. Le lierre débrouillait la chevelure de l’une et rendait à l’autre, l’ami très mâle à point, l’écorce dont celui-ci avait tendance à consteller la sylphide ondoyante. Cette ronde d’amour dura près d’un siècle jusqu’au jour où le lierre lassé de leurs ébats ne les sépara point mais au contraire laissa aller sa nature à les lier à jamais consacrant ainsi les amants de la forêt dans un cocktail de sang et de sève pour une nuit d’amour éternelle résonnant des murmures des lianes, feuilles, herbacées de passage qui laissaient volontiers se répandre en l’âme de la forêt de vibrantes rumeurs.

Un jour, déjà adulte, j’ai croisé dans ma ville un arbre vêtu de l’obscurité lisse des fins de vie, très tortueux, tout mort un peu. Cet arbre m’a subitement ramenée à l’enfance, il ressemblait aux dessins que je passais mon temps à détailler jusqu’à en user les traits dans le livret-disque de mon histoire préférée, le petit chaperon rouge. Le dessinateur avait donné au loup famélique une ressemblance avec l’arbre mis à nu de l’hiver (pas comme mon loup ci-contre, qui a revêtu sa peau de gentlewolf). En grandissant,02164373chaperonrougepf trainant mes frasques de velours de cages d’escalier en caniveaux où ne poussait rien d’autre que nous-mêmes, gamins des cités, un peu cheftaine de bande, jouant davantage du bitume que de la chlorophylle, sauf à mâcher, j’avais laissé derrière moi loup et chaperon rouge,  jusqu’à ce fameux jour où l’arbre a capturé mon regard près d’une station service. Durant des années, il a trainé sa mort paisible ouvrant grand les portes sur mes douceurs enfantines. Chaque fois que je passais devant lui, nous nous faisions un signe invisible et nous remontions le temps d’une chaleur antérieure. Jusqu’à ce que l’homme voie en lui un objet à détruire. Mon loup, mon arbre, mon enfance furent tailladés à la tronçonneuse et jetés en pâture à l’oubli déjectable. Si aujourd’hui je me souviens, c’est que d’ici quelques heures, je vais, d’une sève exaltée, ancrer mon accord, et semer au plus fertile de mes labyrinthes oniriques. D’ici peu mes fantômes me rejoindront pour que je leur conte des histoires comme lorsque j’étais déjà grande enfant, que je nous faisais peur la nuit en orchestrant les grands frissons sur les rives de nos mondes dont les murs s’effaçaient devant l’innommable et que nous nous retrouvions à la merci de bien pire que les loups. Un love crash sidéral. Nous qui avons vécu cela… alors, oui, je m’en irai vivre la forêt, me délestant de toute empreinte de prédation, afin de ne pas effrayer loups, arbres ou écureuils. Petit lierre m’accompagne… Loin de moi l’idée de vivre un fol amour avec l’arbre de mes rêves, puisque le tendre m’accomplit et que je ne suis ni un être de légende ni une sorcière en mal de sabbat, mais une personne très réfléchie, réfléchie… réfléchie… alors nous chercherons celui dont le coeur s’accordera au notre, et quand nous le trouverons ou qu’il me désignera, nous veillerons en notre approche un peu friponne à lui demander humblement l’autorisation, avant de faire méli-mélo de nos essences respectives.

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Une magnifique photo illustre fort bien la légende de la femme et de l’arbre en amour, à voir sur La vibration des dissonances.

Cet écrit est à mettre en parallèle avec deux autres de mes textes : Débauche de vie au paradis ou encore Ma dernière logeuse

Et une petite info : histoire d’y voir un peu plus clair dans l’imbroglio du blog, j’ai mis en ligne une page où vous retrouverez tous les articles que j’ai commis ici sur les expositions que j’ai visitées. C’est sous le titre du blog : EXPOSITIONS au fil des mois.

Anomalisa, un film – Persona, une exposition

anomalisaAffIl me faut bien l’avouer, les films d’animation (ici il s’agit d’une animation en stop motion, les figurines sont animées image par image) ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Et quand les premières images d’Anomalisa sont apparues, je me suis dit que c’était pas gagné. T’as vu les tronches découpées au scalpel ? et voilà que je me braque, j’aime les vrais acteurs, moi. Et puis, je me sens glissée doucement dans l’illusion, faut croire qu’ils sont forts les réalisateurs Charlie Kaufman et Duke Johnson, parce que voilà que je craque aux regards, aux expressions étonnamment vivantes, aux différents plans des scènes… je m’approche (ou bien c’est la caméra), pour mieux regarder ces deux petits points reflets non symétriques dans les yeux, voilà par où ça passe, où ça se passe, du personnage à nous. D’image en image, je dois bien reconnaître, je me surprends d’apprécier ici un geste nonchalant, là des pauses qui en disent long, je me prends à aimer l’animation, et je m’étonne… et puis voilà qu’on chante sous la douche, alors là, toutes les réticences qui me retenaient encore partent avec l’eau du bain. Je m’habitue à ces personnages imparfaits qui se ressemblent tant, je m’interroge sur les voix, je regarde partout, je m’interroge (arrête de penser et regarde le film), je m’imprègne et je me dis que tout ça c’est exactement ce qui convient au film et ce qui me convient au moment où je le vois. Et voilà que je me surprends à être émue devant la nudité du personnage, je me surprends à sourire, et je me dis « c’qu’il est beau, c’qu’il est vrai, c’qu’il est plus beau que vrai » et devant la scène d’amour si réaliste dans ses maladresses, délicatesse, émotion, qu’elle est vivante et belle. Voilà que je me dis que si on me demande qu’elle est votre scène d’amour préférée au cinéma, je répondrai celle d’Anomalisa. Parce que, la sincérité et l’émotion… On y est tellement. Bien sûr, c’est un peu noir comme peut l’être la vie d’un être que la panique à ne plus savoir qui il est, quanomalisaImi ils sont, percute de plein fouet. « Ça ne va pas, non ça ne va pas » Qui ne s’est pas retrouvée avec ces lambeaux dans la tête en ne comprenant plus le monde ? Qui ne s’est pas cherché dans l’autre ? Trouvé puis perdu ? Rien ne va plus, mais il y a ce petit souffle d’air pur, la voix de Lisa dans le regard de Michael, une pureté si ténue qu’elle me fait frémir en bout de chanson, comme un gémir intérieur.  Je me dis, elle chante pour elle-même, alors sa voix est au plus vraie de son coeur. C’est ce qui trouble Michael, c’est ce qui trouble. Il nous faut jongler entre ce qu’on voit, ce qu’on entend, ce qu’on ressent à penser en même temps que le personnage, et tout le reste.

Et maintenant, je vais vous dire, ce film je ne serais pas allée le voir si notre célèbre pousseur de cailloux, le bien nommé Sizif ne l’avait conseillé fortement ici. Alors, bien sûr, je me suis renseignée, j’ai écouté La Dispute sur France Culture, mais pour le coup l’émission était un peu floue, un des intervenants défendait le film avec enthousiasme : « un cauchemar éveillé… qui m’a littéralement envoûté. » Envoûté, il y a de ça, n’est-ce pas ? « Un travail photographique magnifique », oui oui. Pendant le générique de fin, je me disais, j’ai adoré, hein, oui, il faut que je leur dise que j’ai adoré. Tout simplement, parce que tout ça, c’est un peu en nous que ça se passe, que ça résonne, que ça parle et que ça chante, que rien n’est idéal. Parce que ça chavire un peu aussi. Et quand vous vous retrouvez dans le métro après le film, vous regardez les gens d’une autre façon avec ce que vous portez de chaud en vous, j’aime quand un film me laisse son aura autour de moi, une sorte d’émerveillement… une sorte d’osmose, un peu de nous dans le film, un peu des personnages en nous… et on se prend encore à sourire de connivence, parce que c’est comme ça.

Ah, oui, j’aime beaucoup l’antiquité japonaise que Michael… enfin, je ne vais pas tout vous dire.

Le synopsis et puis la bande annonce : Michael Stone, mari, père et auteur respecté de « Comment puis-je vous aider à les aider ? » est un homme sclérosé par la banalité de sa vie. Lors d’un voyage d’affaires à Cincinnati où il doit intervenir dans un congrès de professionnels des services clients, il entrevoit la possibilité d’échapper à son désespoir quand il rencontre Lisa, représentante de pâtisseries, qui pourrait être ou pas l’amour de sa vie… 

Après le film, et le métro, j’entrais au musée du Quai Branly.
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C’est cette rencontre que se propose de nous faire traverser l’exposition Persona. Des objets d’expérience, des objets de communication entre vivants et morts, des objets toujours plus perfectionnés, jusqu’à ces robots qui ressemblent tant à l’homme que ça en devient perturbant, occasionnant un rejet ou un attachement profond. La culture occidentale a dressé un rempart entre l’homme et la matière inanimée, alors que dans d’autres cultures, l’objet peut avoir un statut proche d’une personne. L’exposition est loin d’être statique, des animations d’objets, des extraits de films, ça bouge beaucoup comme j’ai essayé d’en donner un aperçu dans l’album ci-dessous.
A l’entrée de l’exposition, une vidéo visible ci-dessous : l’homme invisible interprété par Denis Lavant.

 

Attention, page bruyante !

bouilleOeil7Ce pourrait être après une chubouilleOeil-5te de mots, l’esprit dans l’escalier qui s’est laissé aller, par abandon ou volonté d’abstinence, une remise par niveau, un entrelacement de dérives qui peu à peu t’ont éloignée de ce qu’ils appellent la raison. Touchée-coulée, tu joues, tu jongles, tu dérapes et les mots balbutient leur incompétence avant de prendre la fuite. Casser l’image te parle. C’est pas que je l’aime pas la fille qui te sert de modèle pour mes expériences, mais je lui couperais bien le sifflet de temps à autre. J’ai la tête en déformation, tout s’égare, s’éparpille, les poissons vadrouillent, les oiseaux jettent du lest, le bocal perd de l’altitude. J’ai du bruit entre les lignes comme des petits grains de poussière jetés sur le revers des mots. Pourtant, je m’exercise,  je me vide de mes turbulences,  j’avale le silence et je crie simultanément. Gobant et m’envolant, parfois mon mutisme bocalise et je bulle de navritude… Oups ! j’vous dis, j’ai la tête à l’envers, mon langage s’époumone, l’ambiance est au silence pressurisant. Mais que l’image se taise !

bouillevy2Une effraction, un vol à la tire-moi de cet au-delà, et voilà qu’on s’espère encore à écrire comme pour ne pas tout arrêter, se faire croire qu’on s’y fait prendre sur le vif de dessiner le chemin pour ne pas le perdre. Les mots vidés de la substance qui devrait les relier aux pensées, les souvenirs se taisent pour ne plus faire ruisseler les émotions, buccale invective, le souffle cogne et ton âme chavire. Tu nous enrhumes avec tes courants d’air de fariboles. Je m’enroule, m’enrobe, me griottise à l’ivresse des rives à venir, je me dis qu’il restera toujours un petit orifice qui laissera passer les sons la lumière et les rêves. Mon charnel tailladé par tous ces bris de verre à l’entour comme des simulacres échoués de bouteilles à la mer lancées par le fragment d’un monde en étourdissement. Le conditionnel n’est pas de mise ici, il est inutile de se boucher les oreilles, tu sais que le son vient de l’intérieur. Il suffit d’un écart, il suffit d’un infime dérèglement pour briser une perception.

Le brouhaha des pensées est plus effrayant que le grincement des mots rouillés, fourvoyés, noyés par les suintements des doutebouillevysatures qui m’ensongent au gré des simulations.  L’horrible son tente de se frayer un chemin dans l’épave fracassée de nos réalités.  Il me suffirait pourtant d’en sortir un de cette absence que les autres aussitôt nous feraient lever l’ancre et repeindraient le décor en pays des merveilles. A un fragment de seconde près, l’histoire apparait différente. De l’ignorance ne nait aucun ailleurs où tu pourrais te réfugier, seulement des tentations. Tenteras-tu ? Essaie encore… Saisiras-tu les bords de la question avant de t’endormir dans les chimères de la tranquillité ?

Il suffirait d’un mot, un seul, un seuil, tu promets ce sera le dernier, le bon, le juste, celui qui crèvera l’écran d’opacité, qui remontera le fil à l’envers, te redressera, fera de la chute une ascension.

Mais qui parle au juste ? Qui agite le shaker des désirs ? Qui gagnera au jeu de la vérité du mot ou de l’image ?

…maintenant chut.

Joie et sérénité pour 2016…

et puisque le mouvement est nécessaire à la vie tout comme la liberté, voici une courte animation pour vous souhaiter le meilleur pour cette nouvelle année.

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Débauche de vie au paradis

B-P1090337Ensuite, en suite… ce serait un début, pas une fin, un peu quand même, tu t’y vois… sans les musées… sans le bitume… sans le métro… sans la promiscuité autre que celle des arbres… dis, tu t’y vois ? le paradis… Géricault a peint Le radeau de la méduse, tu te souviens qu’il s’était enfermé des semaines avec des cadavres pour en capter le vif, être au plus près de l’histoire vraie, Delacroix, lui, il t’a montré Dante et Virgile debout dedans leur barque voguant sur l’Archéon dans leur traversée des Enfers…  tu t’y vois au paradis, dis ? Ton corps bouffé par le manque et l’esprit s’accrochant à la main du destin… chut ma voix, chut… ton cerveau est en phase de réaménagement, ça formate, ça nettoie les cookies d’addiction, installe de nouveaux programmes, toute une merveilleuse chimie opère, tu es la reine de la manipulation synaptique, tu t’fais une nouvelle ‘vy. Et puis la mer est là tu te dis, tu l’entends faire frire les galets roulés, sa puissance enivrante, ce pourrait bien être toi entre ses mains de jardinière labourant la surface de la réalité… tu t’y vois… le Paradis… non… juste le paradis, sans majuscule, sinon, je me débine, tu penses… Et puis tu te dis, rien n’est fait encore, encore faut-il tremper ta plume dans le sang nouveau pour que l’ami Pierrot t’ouvre les portes. Monsieur Saint-Pierre, il te la baille belle avec ses clés en suspension au-dessus de ton âme et sa main tendue.  Ton âme, justement, t’y mets une condition suspensive, jamais tu ne te risquerais au paradis sans tes amis démons, bien plus sympa que toute la bande des anges & co. Encore que, faut voir, mais tu n’oublies pas la blessure que ceux-ci peuvent infliger alors que les démons, ma foi, resteront à jamais la preuve de ton humanité en équilibre précaire sur le fil de tes errances. Bohémienne, les arbres t’aimeront. On te l’a assuré. Pourquoi m’aimeraient-ils ? Parce que l’amour. En attendant, ce n’est ni enfer ni paradis, juste des harmonies ou des désaccords stimulants. Un lâcher-prise qui t’étonne, ton coeur a cessé de battre la chamade, l’oeil du cyclone ? tu guettes, tu épies le moindre frémissement qui peut ruer en toi avant de déferler et d’emporter toutes tes résolutions d’humilité, d’abnégation, d’oubli de ta nature contre une autre nature que tu ne connais pas encore, tu ne vois que pétales fragiles face à la tempête qui pourrait t’enflammer. cise-vagueredUn claquement de doigts, un simple claquement de doigts suffirait pour allumer la mèche, imploser en toi le calme, la paix, la joie. Mais qui claquerait des doigts pour te réveiller, alors que ceci n’est pas un rêve. Tu te dis qu’il a déjà hurlé ce NON en toi, tu penses que tu es arrivée à un point de non retour et que tu as modelé ton esprit et que jamais il ne reviendra sur la question. La question… on l’utilisait antan pour pilonner les diables innocents de fautes imaginaires. C’était ça l’enfer. Aussi ça. Là, ce n’est qu’un sommeil, une attente, un petit purgatoire. Tu attends sagement dans un hall de gare romanesque qu’on écrive la suite de ton histoire, que la page se tourne, que le livre brûle du désir de faire de toi son héroïne. Fille de papier mâché, tu attends le moment pour t’emparer du crayon et n’en faire qu’à ta guise. Tais-toi, ma voix, tais-toi… Du moment qu’on ne te promet pas l’éternité,  tout rêve en toi s’oublie et glisse sur les parois lisses de ton insouciance éveillée. N’oublie pas, le paradis serait proche de l’enfer si tu te mettais à bayer aux anges et croire que tout s’arrête ici. Rien ne se ferme, jamais, tout se rassemble. Tu pourrais bien un jour te trainer à leurs pieds avec la pancarte « heureuse débauchée » et tu les ferais danser les anges. Justement, parce que l’amour.

Je les ferais danser… le paradis n’est pas la mort. La mer me sépare de l’enfer et je me sentirais pousser une queue avant que de devenir un ange. Entre les écailles et les plumes, l’apnée ou l’envol, je créerai une terre de vie. Je le ferai, tu verras. Le parafer, il est sur terre. Et je m’y vois…

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Cet article peut -être relié à Ma dernière logeuse

Intime aux Territoires – h0

Animation du dessin de l’article précédent

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Tu dois changer ta vie – Lille Renaissance – Tripostal

lille1115_0381J’avais feuilleté ce livre de Peter Sloterdijk à sa sortie, je comptais bien le lire, mais j’attendais qu’il sorte en format poche. Et puis, ça m’était sorti de la tête. Et là, ce titre, tout de suite ça fait tilt, bien sûr, et le livre est sorti en poche… Tu dois changer ta vie, c’est même devenu une exposition.

Il suffit d’un pas, d’une rencontre… de vous en fait, une action, un mouvement. La vie est changement perpétuel, non ? Je me rappelle cette phrase lue je ne sais plus où « ce qui n’évolue pas, meurt ». Alors vivre. L’exposition part d’un côté ou de l’autre, vous êteslille1115_0479 responsable de votre parcours, à moins que vous ne choisissiez de vous fier à la couleur de votre ticket. D’un côté comme de l’autre, de l’autre comme de l’un puisque les deux se croisent à un temps T de l’exposition, on est trimballé dans un univers complet. Complexe ? C’est comme vous voulez, là encore. Amusant aussi. Ravissant, certes. Enivrant, parfois. Laissez-vous aller à réfléchir. Les thèmes ? Explorer le monde, regarder, sentir, écouter, envisager le vivant, vivre plusieurs vies simultanément… Oh, et puis, laissez-vous porter et n’oubliez pas de prendre soin de vous. Rendez-vous est pris pour une Renaissance…

Il y a des informations sous les images, il suffit de cliquer pour ouvrir l’album.

Comme vous pouvez l’imaginer cette exposition est très touffue.

Tu dois changer ta vie, c’est au Tripostal, à Lille.

*

Autres articles sur le même sujet : Renaissance, à Lille

Qu’est-ce qui vous rend heureux (introduction)

Joie de vivre : exposition au Palais des beaux-arts

Séoul vite, vite ! – au Tripostal

Séoul, vite, vite ! au Tripostal – Lille – Renaissance

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Cosmos – Choi Jeong Hwa – pop art coréen

Pour son nouvel opus artistique, dans le cadre de Lille 3000, l’agglomération lilloise met sur le devant de la scène cinq villes qui ont connu des périodes difficiles et qui aujourd’hui sont en plein développement : Phnom Penh, Détroit, Rio, Eindhoven et Séoul.

C’est donc de Séoul dont je parlerai aujourd’hui.

Pourquoi « vite, vite » accolé au nom de la ville ? vous demandez-vous. C’est la traduction d’une expression très souvent utilisée en Corée : « Seoul, bbali, bbali ». Séoul, actuellement une des plus grandes et plus denses métropoles du monde, connait un développement très rapide, ce qui ne se fait pas sans poser nombre d’interrogations.

L’exposition est au Tripostal. Un endroit que je me fais toujours un immense plaisir de retrouver tant j’y ai vu de superbes expositions.

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Objets en plastique – Choi Jeong Hwa (1961-)

On arrive dans le hall pour prendre les billets d’entrée (petite info si vous comptez visiter plusieurs expositions dans la journée, il y a des pass journée… attention quand même, certaines expositions sont gratuites).

Dans le hall, un mur de perles de couleurs en plastique qu’il faut traverser pour arriver dans la première salle où je me prends un coup de chaud. Dépaysement de soi-même assuré. L’artiste a déménagé sa maison-atelier de Séoul au Tripostal. Ça me fait un peu mal aux yeux tout ça et une fraction de seconde je crains le pire pour la suite.

Le contraste estlille-machine5 puissant lorsque je passe le seuil de la salle suivante, plongées dans une douce obscurité apparaissent des petites merveilles robotisées qui dégagent une poésie de lumière, de mouvements, de formes. C’est magnifque !!! Les oeuvres métalliques de Choe U-Ram sont des fleurs qui s’ouvrent, des insectes prêts à s’envoler, c’est totalement fascinant. L’artiste a créé le laboratoire U.R.A.M. (United Research of Anima Machine) où se mêlent l’art et la science.

Nous continuons la visite. D’autres surprises nous attendent. Sans doute éprouvons-nous encore une sensation d’émerveillement lorsque nous arrivons devant une vaste salle recouverte entièrement de miroirs qui renvoient des reflets plus ou moins tordus. Le pied est d’abord hésitant, l’équilibre précaire une fraction de seconde. C’est surprenant et exaltant lorsqu’on découvre l’entrée d’un labyrinthe où il amusant de se perdre dans les couloirs étroits. Et vos reflets partout qui se rient de vous ou qui se perdent eux-mêmes.

Je vous laisse découvrir quelques unes des oeuvres de l’exposition en cliquant sur l’album ci-dessous.

Il y a une autre très bonne exposition en ce moment au Tripostal : Tu dois changer ta vie que vous trouverez ici.

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Articles précédents concernant Renaissance à Lille :

Qu’est-ce qui vous rend heureux (introduction)

Joie de vivre au Palais des beaux-arts

Tu dois changer ta vie, au Tripostal

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Séoul, vite, vite ! au Tripostal

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La Fiac aux jardins

Il faut bien le reconnaitre, j’ai raté la Fiac, vous savez cette grande foire parisienne de l’art contemporain qui devient aussi importante que celle de Bâle (Basel) en Suisse, parait-il. Erreur d’une semaine, erreur fatale. On la disait pourtant plutôt bonne cette année. Quatre ans que je zappe l’évènement. Alors on essaie de regarder par le petit trou de la serrure en allant fouiner dans les jardins parisiens où quelques oeuvres sont sensées s’être égarées.  Ainsi dimanche au Jardin des Plantes, des petites choses « pas mal pas mal » comme disait mon prof de chinois. Je vais m’y remettre au chinois, surtout après avoir dîné avec deux Chinois, l’un d’eux ne parlait pas français, je lui ai dit en partant, La prochaine fois qu’on se voit vous parlez français et moi je parle chinois, ce qui fut traduit évidemment… je suis une misérable, je n’ai pas remis le nez dans mes bouquins. Honte à moi, si si. Surtout que j’aime les langues, mais c’est plus de l’ordre du machouillage, les parler, les comprendre, c’est une autre histoire, l’anglais, l’allemand, l’italien, le chinois, j’en effleure juste la musique et la sensualité du dire et de l’entendre. Heureusement, le français me donne aussi ses petits plaisirs, par exemple cucurbitacée, drôle de mot à tiroirs, qui, hop, me permet de revenir dans le sujet et de me sortir de ce baiser linguistique. Donc là, j’ai kiffé gr… j’ai bien aimé la station de bus. le nid d’abeilles (parait que ça représente une météorite) et les cucurbitacées. Mon côté Cendrillon, sans doute. Il y a quinze ans j’aurais dit mon côté sorcière… Bon, on n’est pas là pour se laisser emporter par les souvenirs.

Cette étrange structure ressemblant à une station de bus très colorée, de Sean Raspet  : Le spectateur (en l’occurrence mon mari dont on voit les chaussures dépasser) à l’intérieur est plongé dans un environnement lumineux immersif et changeant ; il apparaît de l’extérieur comme une forme devenue abstraite. Pour les autres oeuvres, je vous laisse lire les indications sur les photos.

1015b_015jdpmulti1015b_0310multiEt cette ci-dessus deuxième partie fut photographiée au jardin des Tuileries. Je vous évite les poubelles brûlées, à ce régime là, ma ville deviendrait presque une galerie d’art.

La grosse bulle flottafiacTuileriebullent sur l’eau avec un lustre qui tourne à l’intérieur est de Vivien Roubaud. Ça flotte, ça tourne, c’est transparent, c’est rond, forcément ça ne pouvait pas me laisser indifférente. (vous pouvez retrouver une bulle similaire illustrant la nouvelle HRAESVELGR sur le blog de la Revue des moments perdus, à lire si ce n’est déjà fait).

L’oeuvre de Xavier Veilhan : Rayons, est celle que je préfère, parce les fils tendus donnent une légèreté à l’ensemble tout en paraissant être une structure stable, et puis la géométrie asymétrique est harmonieuse :

« Mon travail avec les rayons est une tentative de traiter des espaces en conservant leur transparence.

Je cherche à connecter les lignes géométriques de l’architecture dans laquelle l’oeuvre est installée, ou encore à confronter la géométrie des fils tendus à la nature environnante. Ici, l’objet installé est monolithique mais multiple comme une hélice, alors que sa forme sans fonction est dictée par les forces (ou contre forces) des fils tendus qui le constituent. Leur trame insaisissable se superpose au dessin rigoureux des jardins à la française comme une gravure qui épouserait son motif. Comme une fenêtre de Dürer ou une camera obscura, les rayons divisent, sans le représenter, l’espace derrière eux et deviennent outil d’optique autant qu’oeuvre d’art. » (Xavier Veilhan)

Ensuite, j’aime bien le mannequin de bronze de Heimo Zobernig qui me parait sorti du magicien d’oz. J’ai un faible pour les mannequins, les marionnettes et les épouvantails.

Dans le bassin près de la Concorde, on trouve le Circle of animals de Ai WeiWei qui a recréé douze têtes d’animaux en bronze conçues au 18ème siècle par deux Jésuites européens qui servaient à la cour de l’empereur Qianlong. Ces têtes d’animaux du zodiac chinois ornaient la célèbre fontaine horlogère du Yuanming Yuan, le palais d’Eté de Pékin, mis à sac en 1860 pendant la seconde guerre de l’opium.

En réinterprétant ces objets à plus grande échelle, Ai Weiwei s’intéresse aux questions du pillage et du rapatriement, tout en poursuivant son exploration du faux et de la copie par rapport à l’original. Cette oeuvre témoigne également de la conviction de l’artiste que l’art doit s’adresser au plus grand nombre.

Et puis, les chaises vertes que je ne me lasse pas de photographier tant elles sont expressives selon qu’elles soient en solitaire, en couple ou en groupe. Elles en racontent des histoires les chaises vertes.

Danseuse de la vie

M’est souvenir de cette femme dont le charme irradiait, le regard enivré de vie, le corps un peu fragile mais pourtant si présent. Je la voyais danseuse. Et si sa peau était parcheminée  des caresses douces ou âpres des temps dépassés, elle habillait son être d’un épuré de grâce et de beauté. Combien de douleurs combien de joies derrière ce masque de la vie ? Combien de pages avaient-elle détournées pour s’émarger des heures dévastatrices ? Rien ne transparaissait de cet intime pudiquement voilé,  rien que les traces du temps généreux et féroce à la fois. La tête haute elle dominait l’à venir d’un sourire effronté.  Je la revois fascinante fraicheur de sérénité aboutie à jamais tendresse gravée en filigrane de mes ondes de vie. Et lorsque mon coeur s’inonde des crues du désarroi, que les images sombrent et que les mots s’égarent en un chaos diffus, je repense à ces apparitions enchantant mon chemin, ces illuminations comme un don du destin.

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mouettes au jardin des Tuileries – octobre 2015

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