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les oiseaux dans le bocal

ou comment les poissons rouges ont pris la clé des champs

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histoires gravées dans la pierre

Le drôle de rêve de quelque part

Sur les galets, la plage ensoleillée, le corps salé. Sous mes yeux fureteurs, elle apparait. J’ai cru qu’il s’agissait d’Esméralda tant elle dansait gracieuse dans sa longue robe tournoyante, cheveux volants et corps offert. Le souffle tourmenté de la tornade me murmura : Elle s’appelle Dorothy. De ce moment s’échappa une voix délicieusement délicate Somewhere over the rainbow,… skies are blue…   Je regardais les cieux qui se révélèrent être bien au-delà de l’arc-en-ciel tant ils étaient bleus, profonds. Attirants. J’y tombais volontiers entrevoyant la face perturbée d’une sorcière revêche.

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And the dreams that you dare to dream really do come true.  Mes pensées s’enroulaient autour de la berceuse. Le tableau était presque complet, en son coeur, la tempête grossissait, emportant dans une farandole onirique arc-en-ciel, sorcière et Dorothy.

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Le rire ravageur de la sorcière éclate soudain. L’histoire est écrite. Elle nous aspire, nous catapulte vers sa propre destinée. …Somewhere over the rainbow, bluebirds fly… Les goélands se métamorphosent. Les galets deviennent nuages, ils s’animent d’images. Je plonge mes mains dans le sac à rêve. Ils sont là, compagnons de fortune de Dorothy : l’épouvantail décervelé, le grand coeur de l’homme métal rescapé, pour ce qu’il lui reste de chair, d’une guerre trop grande, trop longue, trop meurtrière. Les voilà, collés les uns aux autres tel un puzzle indissécable sur une table d’opération.

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…tout de fer blanc reconstitué… Nick Chopper…

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De l’histoire de Frank Baum, je vertige, bifurque et chute appesantie dans le roman de Claro. Cosmoz, ma mémoire s’allège, écarte les brumes, je me souviens de la tragique histoire de Dorothy qui commençait si banalement « Tu t’appelles Dorothy, tu es une petite fille et tu vis au Kansas » et continuait dans le délire forcené au pays des humains. La berceuse revient à la charge sous fond d’orage, douceur, roulement de guerres et d’hommes assaisonnés sauce corrosive, la robe de peau virevolte tant et plus, les goélands crient kao kao kao chaos. Mon cerveau s’enroule sur lui-même, j’ai dépassé le ciel.
Somewhere…. way up high… le fil de la berceuse s’enroule, légère contrainte, autour de mes poignets, son moulinet me ramène en surface. Mon rêve ballote inconscient contre les brisants. Sur fond de pupilles dilatées le corps de Dorothy dévoré par les mots s’enlise dans la dissolution. Je feuillette les galets, nous voulons la sauver, détourner les pages de leur fatalité. Coeurs à vif, les amis traversent les temps délétères, de ceux qui donnent une majuscule à l’Histoire et fondent l’homme en minuscule. Unis dans la fiction, inséparables tant que les mots se soutiennent les uns les autres.
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Réveille-toi, ‘vy, reveille-toi. Noyée dans la chaleur féroce que contre l’humble courant d’une mélodie …Somewhere over the rainbow skies are blue  And the dreams that you dare to dream really do come true… j’atteins la fin du rêve. Ai-je fait un voeu avant d’ouvrir les yeux ? Dans mes mains quelques petits galets s’entrechoquent doucement, battant contre mon coeur un rythme tempéré. Je sors d’une origine, d’un monde que les mots recomposent sans cesse. Demain il pleuvra et je guincherai dans tous les Somewhere qui se présenteront….
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(photos d’une journée estivale)

Références utilisées pendant ce rêve : principalement la voix de Judy Garland (qui me trotte souvent dans la tête) et le roman de Claro, Cosmoz (que je vais relire).

D’autres histoires gravées dans la pierre, ici.

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Des histoires gravées dans la pierre

Je marchais sur les galets lorsque l’un d’entre eux attira mon attention. Me baissant pour l’observer de plus près, j’y vis d’étranges dessins. En fouillant le sol autour de moi, j’en trouvais d’autres. J’oubliai le monde alentour pour entrer par cette petite porte ouverte sur un autre univers d’où s’échappaient des chuchotis, des bouts d’histoire. J’ai détourné les galets de la plage comme on tourne les pages d’un livre d’images.

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Ainsi j’ai vu monsieur Girafe se promener débonnaire sous le ciel étoilé, son cou était si grand qu’il dépassait la plus haute des étoiles. Et il levait la tête, plus haut, toujours plus haut, croquant ici ou là les fruits d’un paradis céleste, se désaltérant à l’occasion de quelques larmes de voie lactée.

Pendant ce temps, Serein le chat sommeillait sous les provocations d’une souris bien dodue. Vole inconscient rongeur, le chat attend son heure. Follette, elle minaudait avec son ventre tant gonflé d’air, certaine de planer trop haut pour un félin gravé dans la pierre. Je n’y parierais pas tes moustaches, Souricette, un simple coup de griffe dans la bedaine et le minet fera un festin de tes pauvres entrailles dégonflées. Triste fin.

Grrrrr, marmottait le fantôme en se débattant dans sa gangue de silex trop serrée. Aide-moi à sortir, je t’accorderai un souhait. Désolée de ne pouvoir attendrir la pierre entre mes mains, Phantasme râleur, il faudra te faire à l’idée de rester couché là encore quelque mille ans.

De leur côté, Joséphine Brebis et Annabelle Vache barbotaient dans la mare aux canards se racontant des histoires de poulailler. Une vraie cacophonie dont je ne pipais mot.

C’est alors que dans le souffle d’une bourrasque je vis Cheveux aux vent la plus jolie des sorcières filer sur l’horizon à cheval sur son balai turbo.

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Elle s’en allait délivrer les victimes tombées les unes après les autres dans le gosier du terrible tétardorus des abysses.

Le cri strident d’un goéland me ramena à la réalité. La marée remontait, il était l’heure de replier les rêves, je ramassai ma précieuse collection de galets-conteurs et je rentrai.

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