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Centre Pompidou

Art et Liberté – Brassai, deux expositions au Centre Pompidou

Je vous présente deux expositions qui sont à voir en ce moment au centre Pompidou et dont le lien pourrait être le surréalisme. Lire la suite

Murakami, Calle, Toguo, une fin de journée particulière

Hier soir j’étais invitée par le Centre Pompidou à une visite guidée de l’exposition de Jean-Luc Moulène (dont je doutais que je serais follement intéressée mais sait-on jamais). Et comme je voulais absolument voir l’exposition Takashi Murakami à la galerie Perrotin et celle consacrée à Gregory Crewdson à la galerie Templon (le tout se tenant presque dans un mouchoir de poche autour du Centre Pompidou), j’avais prévu de faire d’une pierre trois coups.  Mais le hasard (que je l’aime celui-là) avec beaucoup d’humour et de bonté allait un peu changer mon emploi du temps. Lire la suite

Anselm Kiefer, une rencontre enivrante

0316Kiefer5322« L’art est comme la prière, une main tendue dans l’obscurité, qui veut saisir une part de grâce pour se muer en une main qui donne. » Franz Kafka

C’était hier soir (10 mars) au Centre Pompidou, une rencontre avec Anselm Kiefer. Je suis arrivée à 18h15 et la file d’attente était déjà bien conséquente. La rencontre avait lieu à 19h dans la grande salle du sous-sol (la dernière photo vous donne une idée de la salle). La surprise (bonne et même très bonne parce que j’aime les écrits accessibles de cet homme érudit) fut que l’un des intervenants était Marc Alain Ouaknin (Lire aux éclats, C’est pour ça qu’on aime les libellules, Bibliothérapie). Nous avions donc deux érudits sur scène, l’un catholique, l’autre juif, cela a son importance. Je dois dire que la présence du troisième homme, le médiateur, a été très vite oubliée. Celui-ci 0316Kiefer5334a fait une longue (et assommante) présentation de l’artiste. En avions-nous besoin ? A voir les têtes de MM Kiefer et Ouaknin, cela présageait d’une heure trente d’extrême sériosité. Il faut dire  que l’oeuvre d’Anselm Kiefer est assez hermétique et que j’étais loin, très loin d’imaginer ce que j’allais entendre, vivre et ressentir pendant cette conversation.

Je crois que je n’ai pas autant ri à une conférence depuis que j’ai été écouter André Brahic nous parler du système solaire en 2000 dans le cadre de l’Université de tous les savoirs, en l’école des Arts et Métiers, conférence que vous pouvez retrouver ici mais qui n’a rien à voir avec le sujet d’aujourd’hui.

Nous avons donc en face de nous deux bonhommes passionnés et passionnants, qui savent jouer de leur passion.

Anselm Kiefer se voit comme un mauvais peintre dont il manque la légèreté dans la création artistique. C’est vrai qu’on ne peut pas dire qu’il fasse dans le léger. Et le débat s’annonçait lui aussi loin d’être léger « Il est très difficile de parler de l’oeuvre d’Anselm Kiefer, tellement riche qu’on peut l’interpréter infiniment », mais voilà M. A. Ouaknin0316Kiefer5337 qui nous livre une longue citation d’Henry Bauchau (dont je ne conseillerai jamais assez la lecture – d’Antigone à L’enfant bleu en passant par… tous ses romans). Là, déjà, je m’installe dans les mots, et tant mieux, parce que les mots, il allait en être question tout au long de ce débat.

Du passé lourd de l’Allemagne à la philosophie menant tout naturellement à la cosmologie, à la Kabbale, aux mythes, Kiefer fouille dans les livres, dans l’histoire. Le livre qui étend toujours plus loin la connaissance en optant pour le questionnement permanent, l’ouverture sans frontière. Et ce questionnement de ces deux homm0316Kiefer5348es a créé devant nous une sorte de maelström de savoir dans lequel le public pouvait s’engouffrer avec ivresse par la porte de l’humour. Je comprenais tout et tout m’échappait dans la minute qui suivait, mais j’en garderai quelques séquelles précieuses. Il fut question de plasticité psychique, de perspectives, de frontières (que Kiefer déteste), et d’écriture, puisque celle-ci est partout présente dans l’oeuvre d’Anselm Kiefer.  Ouaknin lui parle des mots qu’il place dans ses tableaux, dans les sillons de la terre, la terre avale les mots… et Kiefer de rétorquer que les lettres vont se mélanger sous la terre et il en ressortira d’autres mots à la prochaine récolte. L’histoire du Golem, évidemment est évoquée. Et moi, ça me donne des frissons d’entendre et de percevoir en moi leurs mots labourer mon pauvre savoir et y faire naitre une infinité de perspectives.  Ouaknin explique à Kiefer la signification de ce qu’il fait dans ses tableaux, à partir de là, les voilà partis tous les deux dans une sorte de ping pong à bâtons rompus. Le peintre avoue doucement à l’autre : « Il ne faut pas trop parler de la Kabbale, (étonnement de Ouaknin), tu es tellement érudit que tu m’éclipses. » Ce à quoi Ouaknin répond : « Chez vous (Kiefer tutoie, Ouaknin vouvoie), il y a une Kabbale murmurée.  » oooooh, nous filons dans la traduction du mot « murmuré » et dans ses interprétations. Très vite l’un commence une phrase que l’autre termine. C’est excellent !AK-beaub1215-1850

De l’interprétation. Voilà, le mot qui nous fait entrer dans le monde de l’anagramme. Kiefer met des anges et des serpents dans ses tableaux (comme dans Seraphim où on voit l’échelle de Jacob), le mot seraphim est le même en hébreu pour ange et serpent (de là vient une conversation sur un boa, le petit prince, la phobie des serpents, le beau A dessiné à l’école, un retour à la lettre donc au mot). Seraphim, donc, dont on intervertit les lettres (ah ces anagrammes jubilatoires !) et qui devient Seph0316Kiefer5341arim qui signifie Livre… la boucle n’arrête pas de se boucler. Et l’oeuvre de Kiefer est pleine de ces anagrammes.  Replongez-vous dans ses tableaux, dans leurs sillons, dans les labours de la pensée… la votre en retour, n’oubliez pas que les oeuvres de Kiefer vous regardent autant que vous les regardez…  Ouaknin à Kiefer : « Le murmure de la Kabbale, la langue que vous coupez en morceau. »

Nous arrivons à la poésie, principalement celle de Paul Celan, Ouaknin propose à l’artiste un poème de Celan « oh, c’est bien que tu proposes celui-là, je n’ai jamais compris, tu vas m’expliquer »… Les deux hommes sont partis dans le jeu de leur passion et ne semblent absolument pas être conscients du temps qui passe. Pourtant il passe et le troisième homme sort de sa réserve et leur dit brusquement qu’il faut finir et passer aux questions. … Un homme demande ce que signifie les lettres en haut d’une toile qui nous a été montrée au début de la rencontre. On retrouve l’image dans l’ordinateur. Kiefer ne comprend pas, il s’approche pour mieux voir, et s’exclame interloqué : « Mais ce n’est pas de moi ces lettres » Il regarde encore… « Non, ce n’est pas de moi », il éclate de rire et dit « C’est le Pompidou qui a ajouté, ça ! Ce n’est pas moi ! » Sur ce mystère enjoué, je me lève, il est déjà tard, je dois malheureusement m’éclipser pour regagner ma banlieue qui craint un peu le soir. En arrivant en haut des marches, je jette un dernier regard à la salle, allez, je ressors mon appareil photo pour une dernière… dans le RER, je repense avec bonheur à tout ce que je viens d’entendre, de voir… monsieur Kiefer, je vous aime toujours autant.

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« Etre libre, c’est garder une interrogation devant le monde et être capable de voir en lui, à chaque fois, l’aube qui recommence. «  Marc-Alain Ouaknin, C’est pour cela qu’on aime les libellules ((points essai).

Vous pouvez retrouvez les articles de ce blog concernant la rétrospective Anselm Kiefer au Centre Pompidou et à la BNF (les deux dernières étaient terminées, vous avez jusqu’au 15 avril pour visiter la première :

Anselm Kiefer, une rétrospective – Centre Pompidou (novembre 2015)

Anselm Kiefer – plomb et images en déroulés (Centre Pompidou – novembre 2015)

Anselm Kiefer – L’alchimie du livre (BNF – novembre 2015)

 

Je vous rappelle que vous trouverez la liste de tous mes articles concernant les expositions que j’ai vues sur la page Les expositions au fil des mois

Museum Live

fontaine4000C’était le 14 janvier au Centre Pompidou, une invitation à jouer la vie parmi les oeuvres du musée d’art moderne au 5ème étage du paquebot. J’étais un peu en avance alors je me suis d’abord égarée dans les coursives pour découvrir le Cuba d’Agnès Varda* dans la galerie des photographies au sous-sol. De milliers de photographies prises en 1962, Agnès Varda en a fait un film d’une trentaine de minutes intitulé « Salut les Cubains », elle y est la voix off en compagnie de Michel Piccoli. Ces images prises en rafale mises bout à bout s’animent sur l’écran et me font penser à du gif animé avant l’heure.

Après avoir retiré ma contremarque pour le Museum Live qui doit faire la part belle à la performance, je me suis hissée sur le haut mât afin d’observer le mouvement dans le hall. Bientôt 19h, le musée est tranquille, extérieur nuit, le monde semble s’apaiser. J’aime les lumières des musées, leur tons feutrés à certaines heures, et puis ce hall m’est comme un univers intime.

Abandonnant mon point de vigie, je me dirige vers les grands tubes élévateurs transparents et j’entre dans les coulisses du musée. J’y survole l’espace que je connais déjà un peu, repérant les numéros des salles où auront lieux les performances. Certains bancs sont déjà fort occupés, je passe, repasse, croise les mêmes regards, je salue certaines oeuvres, en découvre de nouvelles, je connais mieux l’étage du dessous qui hébergent davantage les collections contemporaines. Ici, c’est l’étage du XXème siècle, Picasso, Picabia, Duchamp, Breton, Chagall, Léger, Mondrian, etc etc. Dans certaines salles il y a foule, bruits, flashs, discours, dans d’autres les oeuvres se reposent, attirent à elles quelques visiteurs curieux. Subitement, les « modèles vivants » arrivent, figures sorties des tableaux, elles prennent la pose durant deux heures, changement chronométré toutes les cinq minutes. Nombreux sont les carnets de croquis qui vont se noircir ou se colorer au fil des heures. Je fais partie de ceux qui ne s’attachent à rien, veulent tout voir, tout entendre, tout capter, les oeuvres, la musique, les dessinateurs appliqués, quelques mots ici et là sur la peinture de Delaunay, sur les collections d’André Breton. Je m’applique à peser, prendre la température, ausculter les lieux, l’ambiance. Je photographie, j’enregistre des sons,SC4130 parfois les deux à la fois avec deux appareils différents, jonglant un peu maladroitement avec deux ou trois mains. Les pieds en bascule, les yeux errants un peu verdâtres, le corps étiré, le teint blafard, la bouche au bord du smile, j’entends le brouhaha de certains, la concentration des autres, le piano qui s’accorde sous les doigts crocheteux de la belle pianiste, les visages qui passent et repassent, toujours les mêmes, tout comme les oeuvres, à peine étonnées de ce désordre. Etre oeuvre est un art. A l’heure de la lecture des poèmes, il faut en choisir un, on ne peut être partout à la fois, c’est une affaire sérieuse, ce sera La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, de Blaise Cendrars, une lecture collective, doublée par quelques notes de contrebasse. Trente-cinq minutes d’attention face aux lecteurs qui s’installent dans le texte au fil du trajet, des mots qui restent un peu plus longtemps que les autres entre les deux oreilles, les feuillets qui s’envolent, chutent, se récupèrent. Je retiendrai « Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre ? », quelques mots répétés venant de derrière le monde qui s’est agglutiné autour des voix sous le micro. Applaudissements.

Montmartre, je le vois en sortant, représenté, illuminé par le Sacré Coeur qui s’échappe dans le ciel. D’ici, nous n’en sommes pas bien loin. Un vol d’oiseau à peine. Allez-vous vous envoler, monsieur ? J’ai suivi un homme sur une coursive extérieur. Il va au plus loin et pose ses affaires sur le pont. « Allez vous vous envoler, Monsieur ? » Il sort un appareil photo et plonge jusqu’à la lune en croissant entre la tour Eiffel et la tour Montparnasse. Nos prises de vue se croisent, sans un son.

Envie de feuilleter l’album ? cliquez sur une image…

 

0116MusL4142fontStraJe marche dans la nuit, il me faut rejoindre le métro, la fontaine Stravinsky est au repos, doucement vidée de ses eaux, la place m’est pleine de souvenirs, tant de choses ici, de rendez-vous manqués à des éclats de rire, des fantômes d’années qui pourraient défilés si je leur demandais de venir me hanter, mais je ne sais regarder en arrière sans perdre l’équilibre, alors je marche droit devant, je pourrais bien me diluer dans quelques pas de danse, je souris à ces ombres qui me tirent à elles, je marche et j’aime la nuit au froid qui la déshabille de sa vie tumultueuse.

Je voudrais me perdre un peu ici que je ne le pourrais, ces rues je les connais, je les enveloppe de mon désir d’y être seule, et j’imagine dans le désert du soir que cette rue pourrait se travestir en celles des forfaits de Jack the Ripper… allons Whitechapel était bien moins éclairé, bien plus glauque, et puis la bête ne s’en prenait qu’à… ton ventre en vaut bien un autre s’amusent à murmurer les chants intérieurs auxquels je réponds que j’ai une arme infaillible, mon appareil photo, il décuple mes forces, annihile les peurs, et puis, faut dire que j’y suis bien dans ces rus de Paris silencieux, clapotant de la semelle, bruitant mes pas en résonance sur les bord de la nuit tombée, seule… seule… je pourrais faire durer l’instant éternellement et convoquer ici toutes les histoires de nuit.

0116MusL4147rue

  • Ceux que ça intéressent, le Cuba de Varda, exposition à la galerie de photographies du Centre Pompidou, est en entrée libre jusqu’au 1er février 2016.

Anselm Kiefer, une rétrospective au Centre Pompidou

AK-beaub1215-1737« Je suis peintre et sculpteur. […] Je n’ai foi que dans l’art et, sans lui, je suis perdu. Seuls les poèmes ont une réalité. » (Anselm Kiefer, in L’art survivra à ses ruines – leçons inaugurales au Collège de France – ed. Collège de France/Fayard) et entendu lors de l’ émission Hors-Champs : « Je ne sais faire que de l’art, je ne sais pas si je sais faire la vie. Si on confond l’art et la vie, c’est le chaos »

Voici donc que s’ouvre au public l’exposition rétrospective de celui que Daniel Arasse appelait Le maître du labyrinthe, et qui précise, « un labyrinthe sans fil, non dirigé ». C’est à Barjac, dans une ancienne filature qu’Anselm Kiefer a créé une oeuvre d’art totale, construisant une cinquantaine de bâtiments, traçant des chemins, créant un circuit  souterrain où sont posées (cachées ?) ses oeuvres, parfois dans des « chambres d’oubli » que l’on peut apercevoir par des trous au hasard du cheminement. L’artiste se dit fasciné par le mot « secret ».

« Je ne suis pas seulement monumental », dit-il encore dans l’entretien de Hors-Champs (à écouter ici). Et pourtant, c’est souvent ainsi qu’on le voit (ainsi que je me rappelle de la première exposition que j’ai vue de lui, la Monumenta qui inaugura magnifiquement le cycle du Grand Palais), et la taille de ses tableaux exposés à Beaubourg ne le dément pas.

De l’inspiration par l’Histoire, la mythologie, la kabbale, la philosophie, le cosmos et la poésie (Ses oeuvres sont traversées par les mots de Paul Celan ou d’Ingeborg Bachmann), aux matériaux de prédilection : acrylique, huile, émulsion, shellac, argile, plomb,  fil de fer, verre, paille… le monumental se situe aussi dans une certaine érudition et recherche de l’artiste sur des sujets qui le passionnent et un travail de construction dans la déconstruction.  Ses tableaux qu’il ne signe jamais sont soumis à l’interaction de la nature, exposé à l’extérieur par tous les temps.

On trouvera au centre de l’exposition, une pièce dédiée aux vitrines qui, chacune, raconte une histoire, un personnage, un lieu, parfois aux allures de maquettes comme ces modèles réduits des gigantesques tours exposées sur le terrain de Barjac ou à la Monumenta de Paris.

AK-beaub1215-1880Pour vous donner une idée de la taille d’un tableau comparé à l’échelle humaine, voici Lilith (qu’on voit mieux dans l’album), que j’apprécie particulièrement, le « regardeur » a l’impression de survoler l’oeuvre.

J’ai pris de nombreuses photos pour donner une idée de l’exposition à celles et ceux qui ne pourront s’y rendre. Une photo parait ici une piètre reproduction, trop plate alors que la matière sort de la toile ou s’y enfonce, trop virtuelle alors que l’oeuvre est une présence à part entière (pour ceux qui verront de leurs yeux, vous pouvez vous amuser à chercher le petit trou en forme de crochet dans une des toiles Interieur… en hauteur… partie droite…), mais elle a l’avantage de donner à entrevoir.

Cliquez sur une image pour ouvrir l’album… et toujours plus d’agrandissement avec le « full size » à droite en bas de chaque photo.

 

Vous avez jusqu’au 15 avril 2016 pour voir cette exposition au Centre Pompidou, Paris.

D’autres articles sur ce blog vous parle d’autres évènements Anselm Kiefer qui ont lieu actuellement :

Anselm Kiefer, plomb et images en déroulés (installation dans le forum du Centre Pompidou)

Anselm Kiefer, l’alchimie du livre (exposition à la BNF)

A signaler un dvd très intéressant qui permet de visiter l’atelier de Barjac  et de voir l’artiste au travail ou en entretien, un film de Sophie Fiennes, Over your cities grass will grow.

 

Anselm Kiefer, plomb et images en déroulés

AK-Beaub-1215-1960    Une grande structure, il en fallait bien une. Je me demandais… je me doutais qu’ils utiliseraient le forum. J’en ai vu pousser, pendouiller, s’agiter, se tourner des choses dans ce trou au centre du hall de Beaubourg. Aujourd’hui, ces caissons de tôle galvanisée ouverts au public moyennant quelques dizaines de marches à monter forment un espace qui donne un autre aperçu de l’oeuvre d’Anselm Kiefer présentée au sixième étage. Ai-je la capacité d’accueillir une telle oeuvre en moi pour vous en parler bien ?  Je suis sortie de cette grande expo la tête dans la matière, de l’odeur de peinture en AK-beaub1215-1918mémoire et le très beau tableau de Lilith en fond dans le regard. J’avais des mots qui flottaient dans la tête, ils écrivaient une lettre qui commençait en disant combien je vous aime… non, c’est inconvenant… alors plutôt cet autre combien j’aimerais visiter un de vos ateliers, me perdre dans vos dédales oeuvresques. Et combien je suis heureuse de pouvoir revenir, retourner, revoir cette exposition, un bien beau cadeau de fin d’année. Et la prochaine fois, je ne prendrai pas de photos, je me poserai, je regarderai les oeuvres, les visiteurs, les regards, les liens qui se tisseront, les pensées qui s’échapperont.

Mais n’allons pas trop vite, pour l’heure, c’est de ce bloc monumental dont je vais dire deux mots. J’y étais seule, libre d’y rester le temps que je voulais, peut-être les gens ne savent-ils pas qu’ils peuvent y entrer gratuitement. Steigend, steigend, sinke Nieder – En montant, en montant vers les hauteurs, enfonce-toi dans l’abîme, austère et froide à l’extérieur, touffue l’oeuvre intérieure est composée de très longues bandes de plomb qui tombent de haut dans un fond d’eau. Sur ces bandes sont collées des milliers de photographies appartenant à l’artiste. Ces bandes d’images font penser à des films déroulés, mais contrairement au celluloïd, le plomb ne laisse passer aucun rayonnement. On dirait aussi un nid de longs serpents, ce serpent qu’on retrouve dans beaucoup de tableaux. Un rapport ? Un vrai capharnaüm d’images, un régal chaotique pour mes yeux et tout ce qui s’y raccroche, mon âme, mon coeur, mon corps, la main qui tient l’appareil photo, le doigt qui appuie et vous prend un peu de ce que vous avez posé ici, le flot de vos pensées, Monsieur Kiefer ? Dedans ces grands murs métalliques, moi, je me fais des rêves… les rêves me font.

Alors voilà, un tout petit album avant l’autre qui sera bien trop grand. Il suffit de cliquer pour entrer dedans, etc… et que l’image soit.

 

Cette installation est visible au Centre Pompidou en entrant face à la porte.

Autre article sur Anselm Kiefer : l’alchimie du livre, une exposition à la BNF, ici

Et bientôt des photos de l’exposition rétrospective.

 

 

7 pleasures – de la sexualité

(appuyez sur ‘play’ ci-dessus pour entendre le son)

J’étais arrivée à l’avance pour être au plus près de la scène. La file d’attente s’allongeait. Lorsque nous sommes entrés dans la grande salle de spectacle du Centre Pompidou, le rythme du tambour s’est emparé de nos peaux.

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Le Centre Pompidou s’est paré d’une grande affiche illustrée au titre de Liberté j’écris ton nom.

Je me suis assise au deuxième rang, à seulement quelques mètres de la scène. Le rythme de la percussion s’accélère au fur et à mesure que la salle se remplit.

Soudain une femme se lève au premier rang, elle se déshabille,  l’homme derrière moi, laisse ses vêtements sur son siège, ils sont bientôt douze, sept femmes, cinq hommes à s’extraire du public et entrer sur scène.  L’une d’entre eux se couche sur un fauteuil, les autres forment un amas de corps pyramidal souple et moelleux au fond de la scène.  Les corps sont indissociables les uns des autres.

Les percussions s’arrêtent, silence et immobilité.

La masse charnelle proche de l’animal se déplace comme une sorte d’entité rampante et voluptueuse roulant sur elle-même très lentement et va rejoindre la partie manquante épandue sur le fauteuil.  Les obstacles sur son parcours (canapé, table) sont comme absorbés par la forme qui continue sa progression toujours avec la même lenteur, la même extraordinaire souplesse. Extrême ralenti, c’est beau, humide, sensuel. On dirait une vague charnelle, ça n’a plus rien d’humain, ce déplacement dans le silence est juste magnifique.
Pendant une heure trente, les danseurs conduits par la chorégraphe danoise Mette Ingvartsen, vont nous transporter dans un continuum dédié à la sexualité.

Subitement un des danscène du spectacle seurs s’agite,  son corps est secoué de toute part, violemment, les percussions reprennent,  les autres corps vont suivre, se mettre dans un état vibratoire intense. Est-ce moi ou les autres spectateurs sont-ils possédés eux aussi ? Ça bouge, je me sens emportée, j’ai du mal à ne pas me secouer moi aussi, je sens le bas de mon corps vibrer, le tambour, les danseurs, ils m’entraînent, longuement, la scène se prolonge, c’est douloureux, c’est jouissif, et ça ne s’arrête pas, ils sont en transe, entrainant le spectateur dans leur jeu…je jette un oeil à mon voisin… impossible que je sois la seule a ressentir ces effets. Et ça dure, ça dure… on veut que ça s’arrête et que ça continue, se remplir encore de la vision des corps que nous assimilons au notre par quelque pouvoir hypnotique. Ils sont en nous.

Des scènes très fortes, d’autres plus interrogatives se succèdent. Il y aura des moments sans équivoque de plaisir, de jouissance heureuse, de découverte, de domination, d’humiliation,  on essaie de s’y retrouver, de donner un sens à ce qu’on voit, et puis on lâche tout et on se laisse simplement emporter.

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aquarelle faite d’après photo spectacle Mette Ingvartsen

La scène finale est très puissante aussi. Elle commence sur un canapé, des corps nus de dos ont été placés par des corps rhabillés. Un bruit de gorge se fait entendre, suivi par un autre alors que la percussion reprend,  puis toutes les gorges vont exprimer un son en rythme, en décalage, bouches ouvertes, bouches fermés, des cris. De l’animal rampant du début, il ne reste rien, les danseurs sont debout à quelques mètres de nous, ils nous défient du regard, ils s’avancent plus près encore, enjambent les sièges,  grimpent parmi le public lui lançant leurs multitude sonore comme une provocation, ou un encouragement, allez savoir ce que vous ressentez face a l’animalité que vous absorbez avec jubilation. Car c’est à la fois insoutenable et délectable.
Noir.
Ils furent puissamment applaudis par un public rayonnant d’enthousiasme, ces corps ruisselant de sueurs, ces visages parfois décomposés par la  fatigue de nous avoir tant donné.

Avant de reprendre le métro, nous finissons la soirée dans une crêperie devant la fontaine Stravinski, il fait encore bon ce soir à Paris, les terrasses que nous longeons sont joyeusement sonores. C’est bon la vie.

*

Je me suis essayée à faire des aquarelles d’après une photo d’un des spectacles de Mette Ingvartsen – j’ai utilisé différents papiers, dans la première j’utilise de l’aquarelle en tube (avec plus d’eau), dans la seconde de la peinture en godets. Je ne maitrise pas bien les techniques, je tâtonne, je fais des essais. Pour la photo, elle est ici : https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-54b65a7f86a1396e345bf98e24cd280&param.idSource=FR_E-54b65a7f86a1396e345bf98e24cd280

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Wifredo Lam – Centre Pompidou (30 09 2015 – 15 02 2016)

Lam0915_999_12portrait21h mercredi, premier jour de l’exposition de la rétrospective de l’oeuvre de Wifredo Lam, peintre cubain (1902-1982). Je suis toujours surprise de découvrir encore des artistes du XXème siècle aussi prolifique. A croire que certains noms ont trop absorbé mon attention. Il y avait eu Martial Raysse dont (voir ici), toujours en rétrospective à Beaubourg et dont j’avais mis le niveau plaisir-de-voir immédiatement très haut, et maintenant Wifredo Lam.

Ce soir, c’est sur invitation, on a droit à des conférenciers. Comme d’habitude je fais le cabri, je saute d’un groupe à l’autre, attrapant au vol quelques paroles. Mais allons, je me calme, je regarde autour de moi, et ce sont les oeuvres qui me font signe, plus que les paroles. C’est graphique, j’aime. C’est presque monochrome, j’aime. C’est couleur, j’aime, c’est courbe et raide et nu et embrouillé, j’aime, j’aime, j’aime. Je voltige d’un mur à l’autre.

L’exposition nous entraine au fil des lieux que l’artiste a habités, des influences qu’il a subies, Miro, Picasso, Matisse.

« Parce qu’il porte en lui le secret du souffle, du germe, de la croissance,

Wifredo Lam a mis les pieds dans les plats académiques et des conformismes

Wifredo Lam, le premier aux Antilles, a su saluer la liberté. Et c’est libre

De tout scrupule esthétique, libre de tout réalisme, libre de tout souci

Documentaire, que Wifredo Lam tient, magnifique, le grand rendez-vous

Terrible : avec la forêt, le marais, le monstre, la nuit, les graines volantes,

La pluie, la liane, l’épiphyte, le serpent, la peur, le bond, la vie. »

Aimé Césaire, Cahier d’art, n°21, Paris 1945-1946

Lam0915_999_13composicionAu début des salles on découvre ces deux compositions, dans lesquelles il marque fortement son engagement en faveur des républicains espagnols, et où il s’attarde sur les figures de paysans.

Des compositions un peu semblables et assez classiques encore, joliment colorées, si vous vous approchez de la toile de gauche qui, a première vue, est une tranquille scène maternelle, vous verrez des actes de cruauté évidents.Lam0915_999_28

Le peintre fuira l’Espagne après la victoire des armées franquistes et se réfugiera à Paris.

Il y côtoie les avant-gardistes, influencés par la statuaire africaine. Il va alors dépouiller et géométriser les visages. « Il tire cette violence expressionniste du drame intérieur qui l’habite depuis sont récent exil et le décès de sa famille. »

En 1940, il s’exile à Marseille où il rejoint Breton et les surréalistes. L’exposition montre quelques oeuvres collectives. Wifredo Lam remplit des petits carnets de dessins à l’encre. Ils sont peuplés de figures hybrides où l’érotisme et le monstrueux révèlent la libération psychique et formelle à laquelle il aspire.

Lam0915_999_17En Martinique où il débarque avec Breton, il rencontre Aimé Césaire. Il retourne à Cuba où la corruption, le racisme et la misère l’affectent douloureusement. Ses tableaux se peuplent alors d’un monde végétal, animal et humain qui fait écho à l’énergie et aux mondes spirituels propres aux culture caribéennes.

Lam0915_999_4duoWifredo Lam reviendra à Paris et sera exposé dans le monde entier.

Je retiens aussi ces planche I, planche VI et planche IX, exécutées en 1971, ces gravures font parties d’un ensemble de dix planches pour l’ouvrage Visible invisible de Carlo Munari,

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Bien d’autres choses à voir sur ce parcours. Sur la fin de l’exposition, ces neuf petits tableaux eau forte et aquatinte sur papier, datées de 1969 qui nous racontent des histoires dans lesquelles on veut bien se poser tant qu’elles nous parlent. En voici quelques titres : Genèse pour Wifredo, Insolites bâtisseurs, Façon langagière, Nouvelle bonté, Que l’on présente son coeur au soleil… Connaître, dit-il.

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Une belle exposition qui peut ravir petits et grands. Et pour ce qui est de l’ambiance, une dernière image.

Et cette photo en pied qui est juste bien pour glisser ici. Prise par mon mari qui est souvent très flou de moi.

Lam0915_999_61groupeEt pour ceux qui veulent voir, on peut cliquer cliquer sur les photos pour les agrandir.

Nocturne en là majeur

En attendant que j’écrive un article sur la belle exposition que j’ai vue hier soir au Centre Pompidou, je vous emmène faire un petit tour dans le Paris nocturne autour de Beaubourg, parce que j’aime l’ombre parce que j’aime la lumière et que le jeu des deux m’enivre de sensations contraires.

ParisNuit0915_999_69Ci-dessus, ce qui la nuit ressemble à un tunnel du temps au sixième étage du Centre Pompidou, puis une vue du parvis de Beaubourg, avec l’église saint-Eustache illuminée et la petite Tour Eiffel (je dis petite depuis qu’une amie québécoise est venue à Paris et s’est écriée en voyant la Tour Eiffel « mais elle est toute petite »… tout est relatif, ‘ce pas ? Et la troisième photo la fontaine Stravinsky au repos devant l’église Saint Merri et au loin les tours de Notre-Dame. Paris m’est une fête.

Et puis une photo prise de l’extérieur de la nouvelle exposition de Dominique Gonzalez-Foerster dont je parlerai certainement une fois que je l’aurai vue. Ce miroir déformant absorbant le bâtiment qui fait face à la baie vitrée excite beaucoup ma curiosité.

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